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Aritcle tiré du Fanzine Let There Be Light numéro 5 (Février1993)

PARIS - Lundi 5 Octobre 1992

22 H 30 : Nous apprenons de source sûre qu'Angus donne actuellement des interviews à Dusseldorf pour promouvoir le " Live ".
23 H 30 : Nous décidons de nous rendre en Allemagne dès que possible. Pourtant, nous ne savons pas dans quel hôtel trouver le guitariste d'AC/DC.

Dusseldorf - Mardi 6 Octobre

17 H : Nous atterrissons à Dusseldorf. Il pleut à verse. La nuit commence à tomber …
19 H : Après maintes déconfitures, nous trouvons enfin le repaire d'Angus situé dans un hôtel au cœur du vieux Dusseldorf. Ouf !
19 H 15 : Après avoir laissé un message à la réception, nous sommes chaleureusement accueillis par Jacqueline LEDENT-VILAIN, responsable européenne de Warner Music, qui nous apprend que Malcolm est là, lui aussi. (Ndlr : Ce 6 Octobre, les Boys ont répondu aux questions successives de Hard Force, Hard Rock Magazine et Giga pour la France, mais aussi de Tempo et Metal Hammer pour l'Allemagne, et de Rock Power pour l'Angleterre.
19 H 30 : Jacqueline, après s'être renseignée auprès de Malcolm et Angus, nous explique : " Ce soir, ce n'est pas possible de les voir. Ils vont finir les dernières interviews vers 23 heures. Actuellement, ils sont au téléphone avec le Japon et l'Australie. Par contre, ils acceptent de se lever plus tôt demain matin pour vous accorder une véritable interview … 10 H 30, ça vous va ? ".
19 H 45 : Suivant les recommandations des frères Young, Jacqueline nous fait monter dans sa chambre, et s'explique : " Angus et Malcolm m'ont demandé de vous faire voir " Live At Donington ". Moi, je dois les rejoindre en bas. Le film dure 2 heures. Faites comme chez vous. Laissez simplement ma clef à la réception et n'oubliez pas demain matin : 10 H 30 ! ".

Mercredi 7 Octobre

Le début des hostilités, prévu originellement à 11 heures est donc avancé de 30 minutes afin de mettre en place notre entrevue.
Le retard constitue un de nos traits particuliers mais, là, l'excitation nous pousse à être sur place à 10 heures ! Nous retrouvons la pièce de la veille. " Je les ai réveillés à 9 heures ", nous confie Jacqueline.
Le premier à se manifester est Stewart Young, le Manager d'AC/DC ! Le Boss, les cheveux mouillés (Ndlr : Il doit sortir de la douche), semble bien entamer la journée en se dandinant sur le morceau " Back in Black " car, déjà, la vidéo " Live At Donington " défile sur la télé. Les protagonistes, eux, ne se font pas attendre : Angus d'abord, Malcolm ensuite. Comme convenu, et histoire de nous mettre en train, nous consacrons quelques Bonnes minutes à la présentation du Fanzine et de quelques photos personnelles.
L'interview ne se déroulera pas sans Stewart Young. Derrière un bureau, il feuillette des coupures de presse tout en prêtant une oreille attentive aux propos tenus. Mister Stewart est bien là pour " contrôler " et observer nos faits et gestes.
Malcolm rigole en découvrant " le coin du collectionneur " de notre numéro 3 …. " Stewart, j'ai un nouveau titre pour l'album live … " Homefucking Kills Prostitution " ! (rires) C'est le nom d'un pirate ! ". Angus ne se fait pas prier pour en rajouter : " En Australie, ils ont un service spécial qui te permet, lorsque tu es au travail, de savoir ce que ton mari ou ta femme fait à la maison pendant ce temps ! J'ai lu leur annonce ! (rires) ".
Les Young sont en grande forme. Nous rentrons donc sans trop tarder dans le vif du sujet ….


Let There Be Light : On n'a pas su grand chose du concert de Moscou. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ? On a été mis au courant trop tard et avec les problèmes de visas …
Malcolm : On n'a pas eu beaucoup de temps nous non plus ! (rires). On a su que le concert de Moscou allait avoir lieu 7 à 10 jours seulement avant l'événement.
Angus : Heureusement que tout cela s'est décidé rapidement, car si je l'avais su plus tôt, j'aurais été très nerveux. Il y avait tellement de monde ….
Malcolm : Le pays lui-même est très pauvre. Tout ce qu'on peut lire dans les journaux est vrai. Ils ne mentent pas. Quand tu te rends là-bas, tu constates, de tes propres yeux, que c'est un véritable gâchis. Mais les Kids étaient exceptionnels. Ils fabriquent leurs propres pochettes d'albums et leurs posters. Ils se les dessinent car ils ne peuvent pas avoir les vraies pochettes. (Malcolm, visiblement très touché, insiste) …. Ils les dessinent eux-mêmes ! Tu es obligé de te sentir désolé pour eux. Ils n'ont que des cassettes pirates … mais pas de " vrais " pirates ! Non, simplement des copies de copies de copies d'albums officiels. Ils n'ont rien…. Ils n'ont même pas de walkmans pour écouter quoi que ce soit.

On parle de la sortie d'une cassette vidéo filmée à Moscou par la Time Warner et qui contiendrait des titres d'AC/DC ? (Ndlr : Rappelons que l'interview a lieu le 7 Octobre 1992).

Malcolm : Ouais, il y aura peut-être aussi quelques extraits d'interviews.
Stewart : Elle contiendra 4 morceaux d'AC/DC. C'est très bien ficelé. Ca va s'appeler " Let There Be … ", euh, non, " For Those About To Rock ".
Malcolm : C'est pas mal du tout.

Savez-vous précisément combien de spectateurs il y avait ce jour-là car les chiffres varient dans les journaux ?

Malcolm : Je ne sais pas. Personne ne sait. Personne n'a pu compter, il y avait trop de monde. C'était énorme (pas comme à Donington où il y avait des barrières) et c'était gratuit. Les Kids venaient de partout. La foule s'étendait sur plus d'un mile ou un mile et demi (Ndlr : environ 2 km). Sur scène, on n'en voyait pas la fin.
Angus : Je crois me souvenir que, tôt le jour du concert, un militaire m'a dit qu'il y avait 800 000 personnes. Pour moi, on peut dire 800 000. Si l'on considère le nombre de spectateurs, il s'agit du concert le plus important qu'on ait jamais donné.
Malcolm : Sur place, il y avait pas mal de cameramen anglais qui disaient (Malcolm prend un accent épouvantable) : " J'ai déjà assisté à des matchs de foot au milieu de 100 000 spectateurs ". Nous avons donc eu des chiffres qui oscillaient, selon les sources, entre 100 000 et 2 millions ! (rires). Il s'agit en tout cas de la foule la plus dense devant laquelle nous ayons jamais joué, de loin !

Il paraît que vous êtes entrés dans le " Guinness Book des Records " avec ce concert ?

Malcolm : Je ne le savais pas. Par contre, je connais bien la compagnie qui s'occupait du son. Le système d'amplification était le plus puissant jamais utilisé lors d'un festival en plein air. C'était un véritable four à micro-ondes : les câbles avaient une telle puissance et étaient si longs que les sons étaient comme passés au four à micro-ondes lorsqu'ils parvenaient au fond de l'enceinte.
Angus : On aurait pu y faire cuire de la nourriture ! (rires)

Suite au concert de Moscou, vous vous êtes rendus en Australie. Là aussi, l'ambiance a dû être dingue ?

Malcolm : C'est le cas à chaque fois que nous y allons. Cela faisait trois ans qu'ils ne nous avaient pas vus.

En avez-vous profité pour voir la famille ?

Malcolm : Oui, nous avons revu les parents de Bon et son ex-femme à Perth. Ils viennent toujours nous rendre une petite visite. Chick, le père de Bon, aime venir nous dire Bonjour à l'hôtel, mais il ne vient pas aux shows.
Angus : La mère de Bon vient toujours aux concerts. Les enfants, les neveux, les frères …. Toute la petite famille vient. (rires)

Et avez-vous revu Phil Rudd ?

Angus : Oui, il avait l'air en pleine forme, il respirait la santé. Il est venu nous voir au Show d'Auckland (Ndlr : Phil habite à Rotorua).
Malcolm : Nous l'avions invité. C'était la première fois que nous jouions en Nouvelle-Zélande. Nous lui avons donc passé un coup de fil.

Il est toujours branché " hélicoptères " ?

Angus : Il nous a dit qu'il possédait toujours la compagnie d'hélicoptères, mais que ça lui occasionnait trop de problèmes. (rires)
Malcolm : Il possède un studio d'enregistrement. Ca lui permet de garder un pied dans le " business ".

Vous restez proches de lui ?

Malcolm : Nous ne restons pas en contact en permanence, loin de là. Nous vivons chacun de notre côté mais, à l'occasion, on essaie toujours de se rencontrer. Il arrive qu'on ne se voie pas pendant un bail.

La Tournée Australienne s'est achevée en Octobre 1991. Or, nous sommes en Octobre 1992. Qu'avez-vous fait durant ces 12 mois ? Vous avez pris des vacances ?

Malcolm : Des vacances ??? (rires). Si on peut appeler ça des vacances … Angus et moi continuons à écrire des chansons.

Le mois dernier, George nous a parlé d'un de ces titres inachevés qui a pour nom " Hard On". Il nous a dit : " Hard On est la meilleure chanson d'AC/DC que j'aie jamais entendue ! ". (Les 2 frères semblent très surpris de l'indiscrétion de George).

Malcolm : C'est une chanson extra, mais nous ne l'avons jamais terminée. Nous avons simplement enregistré une Bonne démo. On a commençé le travail de pré-production de " The Razor's Edge " avec George. Dans un premier temps, nous sommes allés à Dublin. Mais George avait de gros problèmes personnels et il a fallu qu'il rentre chez lui précipitamment. Ca a été une période difficile pour lui… Les mauvais ennuis au mauvais moment. Il nous a dit : " Faites ce que vous voulez, les gars. La balle est dans votre camp ". On a réfléchi pendant un moment : les Fans attendaient le nouvel album. Nous étions réunis tous les 5 (c'est pas évident de nous avoir tous ensemble). Alors on s'est envolé pour Vancouver où on a retrouvé Bruce Fairbairn. Mais, entre temps, on a enregistré un Bon nombre de titres sur maquette, et, malheureusement, " Hard On" n'a jamais pu être terminée.
A-t-on des chances de la voir figurer sur le prochain album studio ?
Malcolm : Ca m'étonnerait, mais on ne sait jamais. Si elle s'harmonise bien avec les nouveaux titres, quelque chose pourrait bien en sortir.
Angus : C'était une Bonne chanson, et lorsque nous l'avons composée, nous l'avons fait dans un certain nombre de " clés ". Nous avons ensuite essayé différentes " clés " pour, finalement, n'en retenir qu'une. Mais ça ne correspondait pas à la Bonne portée (vocale) de Brian. Certaines " clés " lui réussissent mieux que d'autres, et si on avait essayé de jouer " HARD ON " sur la portée favorite de Brian, le résultat aurait été bien meilleur. George a raison, c'est une super chanson, mais on ne veut pas la gâcher. On veut en tirer le meilleur, c'est pourquoi on l'a mise de côté et on ne l'a finalement pas retenue. Maintenant, on peut toujours la retravailler et la retranscrire avec une autre " clé ". Mais à l'époque de " The Razor 's Edge ", on a été pressés par le temps. Le dernier jour de studio, on devait l'enregistrer et on s'est dit : 'Ca a beau être une Bonne chanson, ça serait cruel de lui faire une injustice en l'enregistrant à la va-vite ". On la conserve donc bien précieusement, et si on en a envie, on la retravaillera comme cela a déjà été le cas avec certains morceaux d'anciens albums.
Malcolm : Le groupe doit être satisfait de ses compositions à 100 %. Lorsque tu es chez toi, tu peux t'asseoir et enregistrer la démo que tu veux. Mais quand tu essaies de la jouer avec le groupe lors de répétitions ou de séances de pré-production, ça ne sonne plus du tout pareil. On joue trop fort (rires) ! En studio, ton morceau est passé à la loupe, au peigne fin, avant d'être définitivement enregistré. Et c'est là que tu réalises toutes ses imperfections.

 

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