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AC/DC : AUTOPSIE D’UN SUCCES

L’objectif de cet article n’a nullement pour but de proposer une quelconque apologie d’AC/DC, mais d’essayer, et nous insistons sur cette notion de tentative, de comprendre et de mettre en évidence certains paramètres ayant pu favoriser le succès et la réussite du gang australien. Bien sûr, dans la forme, les analyses présentées pourraient ici, en une certaine manière, s’appliquer à d’autres groupes, mais, inéluctablement, elles ne peuvent que diverger sensiblement par le fond. Chaque groupe possédant son propre destin et les différents épisodes le constituant. Enfin, d’aucuns clameront avec ferveur qu’AC/DC, c’est du Rock & Roll point barre et qu’il n’y a aucune raison, voire d’intérêts, à comprendre le pourquoi du comment de cette réussite. A ceux-ci, nous rétorquerons non seulement que ce qui est bien fait paraît toujours facile, mais également, qu’en dépit de sa simplicité, AC/DC est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Derrière ces quelques 35 années d’existence et de carrière, se cache un savant dosage stratégique et savamment étudié.

Le rôle de George Young et d’Harry Vanda

Le talent, le génie et autres inventivités sont des notions distinctes les unes des autres. Elles peuvent être l’apanage d’un individu, tant communément qu’indépendamment, mais elles ne sauraient rencontrer leur pleine dimension sans le concours de circonstances favorisant leur totale efficacité ; s’entend, leur révélation publique. En d’autres termes, il est sans aucun doute des Edward Van Halen, des Jimmy Page, des Richie Blackmore, des John Pettrucci et consort en herbe dont la notoriété ne dépassera jamais le cadre de la chambre, dans le meilleur des cas, celui du petit groupe local. A bien y réfléchir, l’histoire d’AC/DC, et plus précisément des frères Young, aurait pu se résumer à ce type de circonstances. Le destin en a décidé autrement et il n’est pas exagéré de souligner que le succès du groupe commence, indirectement, avec la célébrité des Easybeats. Formation ayant rencontré un succès considérable en Australie dans les années 1960 et au sein de laquelle on retrouvait George Young et Harry Vanda (1). Mais les deux compères n’en resteront pas là, puisque une fois le groupe dissout, ils travailleront en étroite relation avec les Alberts Studios basés à Sydney et produiront bon nombre de d’artistes. (2) On comprendra aisément qu’un tel statut servira les intentions d’AC/DC en leur faisant gagner un temps précieux ou bien encore en leur permettant d’ouvrir des portes qu’un autre groupe, sans aucun support, n’aurait pu franchir avec la même facilité. Preuve en est que le premier single Can I sit next to you girl (1974) avec Dave Evans au chant, est loin d’être un standard incontournable du groupe. Pourtant, cette première tentative studio rencontrera un succès d’estime et affolera quelque peu les charts australiens. Honnêtement, si la carrière d’AC/DC s’était arrêtée ici, qui se souviendrait aujourd’hui de l’événement ?

Il serait malhonnête et on ne peut plus réducteur de considérer le rôle de Vanda et Young comme de simples synapses visant à établir des relations opportunistes entre le groupe et le monde des médias. Lorsque AC/DC a vu son line-up se stabiliser, les deux compères ont su à merveille tirer le meilleur de chacun des membres pour créer la marque de fabrique que l’on connaît tous ! En somme, face aux divers tempéraments constituant la formation, il revient sans aucun doute à Harry et Vanda d’avoir su structurer une matière bouillonnante pour qu’elle devienne une forme cohérente.

Bien sûr, on posera la question de savoir pourquoi les autres groupes produits par le duo Vanda et Young n’ont pas rencontrer le même succès interplanétaire ? Pourquoi Rose Tattoo (et ce n’est qu’un exemple), même si jouissant d’une renommée internationale, n’a-t-il pas rencontré la même notoriété que les Boyz ? C’est sans doute là qu’apparaissent les paramètres commerciaux et stratégiques ayant contribué au succès d’AC/DC ! Car il ne faut pas croire, même si le gang des Young Brothers proclame haut et fort que ce qui importe pour eux c’est de jouer et uniquement jouer, derrière la machine AC/DC, se cache tout un système visant à tirer partie de l’image du groupe en faisant en sorte que celle-ci puisse servir sa musique.

(1) Citons pour exemple les tubes que furent Friday on my mind et A peculiar hole in the sky.
(2) Cold Chisel, Rose Tattoo, Choirboys…

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