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Philippe Manoeuvre 24 avril 2008

C'est un ami du site et un fan d'AC/DC qui nous a reçu un lendemain de Prime de l'émission télévisée de la Nouvelle Star, dans son bureau du célèbre magazine Rock'n'Folk. Philippe Manœuvre en personne, qui a accordé à H2ACDC.COM une interview exclusive, en toute simplicité et avec l'esprit passionné qui est le sien, le 24 avril dernier.

H2acdc.com: Philippe bonjour, nul besoin de vous présenter aux fans d'AC/DC qui connaissent déjà beaucoup de choses sur vous, sauf peut-être si votre grande passion pour le rock vous vient de la pratique d'un instrument; êtes vous vous-même musicien ?

PM: Non non pas du tout, je joue de l'électrophone comme disait Charles Trenet. Comme pour beaucoup de la génération du Baby Boom - je m'excuse de la platitude de mon explication, mais c'est vrai - nous sommes venus au monde au moment d'Elvis Presley et nous nous sommes tout de suite identifiés à cette musique. Fallait quand même voir le contexte ! La France des années 60, on jouait de l'accordéon partout, c'était la musique nationale, Aimable, André Verchuren, des noms complètement oubliés aujourd'hui mais qui étaient les rois à l'époque et qui vendaient énormément de disques. Il y avait quelques crooners à voix, dont Tino Rossi, mais qui ne vendaient pas grand-chose et d'un coup, la guitare électrique arrive et ça, c'est vraiment le choc d'une génération : on entend ça et on est comme les enfants du joueur de flûte de Hamelin, on sait de suite que cette musique est à nous.

H2acdc.com: l'identification est donc immédiate ?

PM : Immédiate. On entend un son qui nous correspond et qui correspond à une recherche de modernité qu'on avait tous en nous. On en pouvait plus en fait, on était dans un pays sclérosé, très traditionaliste avec un Général à sa tête et des gens qui sortaient victorieux d'une guerre contre un ennemi qu'on arrêtait pas de nous diaboliser et très franchement nous, on en avait rien à foutre, nous on voulait vivre, on en avait marre. Je me souviens des dimanches, les repas de famille où dès qu'un enfant ouvrait la bouche, on lui disait "tais-toi, écoute ton grand père, lui, il a fait la guerre", sous entendu nous, on a rien fait du tout, on est bons à rien. Et il y avait toute une jeunesse issue du Baby Boom qui souffrait de ça et la libération s'est faite pour certains avec Elvis, pour d'autres avec Johnny Hallyday ou les Stones, mais pour tous, c'était la guitare électrique le fédérateur.

H2acdc.com: Vous souvenez-vous du premier disque "guitare électrique" que vous achetez alors ?

PM : Oui très bien, Baby Come Back des Equals. Je trouvais ça formidable qu'il y ait un groupe avec des blancs et des noirs, moi ça me plaisait toute cette énergie ensemble. C'était ni plus ni moins que du Stones amélioré avec ce riff très pop, 3 minutes de plagiat de Satisfaction mais la pop est faite pour ça. Mon deuxième disque? Jenny Jenny, Jerry Lee Lewis avec un solo de guitare ! Puis se sont créées certaines affinités. Etre adolescent dans les années 60 c'était incroyable, il y avait tant de groupes... un copain à moi, c'était les Yardbirds, parce qu'ils avaient des cols roulés (rires..), moi c'était plutôt les Stones parce qu'ils avaient l'air méchant, mon meilleur copain, c'était les Beatles et on allait tous à l'école avec nos disques sous le bras. Il y avait d'énormes scoops, je me souviens d'un jour où un copain était venu vers nous hors d'haleine en nous disant "venez voir venez voir les gars, regardez !" il nous sort un disque de "Cream" et nous dit "y'a un solo de batterie !" (rires). On écoutait ça en cours d'anglais sur un Teppaz, le morceau s'appelait Toad, ca durait 8 min et on était fous ! Chacun décortiquait le morceau, on avait l'impression qu'il se passait des choses incroyables.

H2acdc.com: Avez-vous souvenir d'une révolution musicale et sociale d'une aussi grande ampleur que celle liée au rock'n'roll ?

PM : Non. Y'a eu la révolution de 68 mais moi j'avais 14 ans alors pas de barricades pour moi, ma révolution était essentiellement musicale. Mais les révolutions sociales sont souvent liées aux révolutions musicales, comme l'arrivée du punk et de l'outrage. Mais de toute façon, les arguments ne changent pas et on se rend compte que les critiques faites envers le courant punk et d'autres sont les mêmes que celles qu'on fait aujourd'hui aux bébés rockeurs: trop jeunes, pas de mélodie, ça joue trop sur l'énergie etc.. On a l'impression que les cycles se reproduisent. Et puis les plus anciens défendent leur territoire et voient toujours les nouveaux courants d'un mauvais oeil, j'ai vu des gens défendre leurs courants de manière très violente, même physiquement. Certains se battent comme moi pour que des choses existent et d'autres pour qu'elles n'éclosent jamais.

Philippe Manoeuvre
Né le 1 janvier 1954 à Sainte-Menehould (51)

Aujourd’hui rédacteur en chef du magazine Rock & Folk, Philippe Manœuvre est un journaliste reconnu. Référence en matière de musique, le personnage reste controversé. La réussite agace souvent…

Diplômé de l’École française des attachés de presse, sa première publication est un dithyrambe du Raw Power des Stooges (son album préféré de tous les temps, c’est Fun House des mêmes Stooges) dans le courrier des lecteurs de Rock & Folk en 1974.

Fan absolu des Rolling Stones (il écrira leur bio, Stoned – Vingt ans de confidence) et de hard rock, il est rédacteur en chef de la revue de bande dessinée de science fiction, Métal hurlant de 1979 à 1984. Il travaille aux Humanoïdes associés, une maison d’édition spécialisée dans la science fiction, aux côtés de Jean-Pierre Dionnet, Moebius (dessinateur à l’univers particulier qui a notamment participé au Cinquième Élément de Luc Besson), Philippe Druillet, Yves Chaland…

Il dirige désormais Rock & Folk et ce, depuis 1993.

La télévision

Avec Jean-Pierre Dionnet, il anime un lot d’émissions de télévision, rentrées depuis dans les annales : L’Impeccable en 1982, Sex Machine en 1984, mais surtout Les Enfants du rock qui obtient un 7 d’or en 1985.
Il s’est aussi distingué sur Canal Jimmy avec le Rock Press Club ou avec ses rockumentaires sur le blues et le rock pour Canal+.

La radio

C’est également un homme de radio. Dans les 80’s, Intersidéral qu’il co-anime sur France Inter avec Smith & Wesson fait un tabac à partir de 22h avec ses sujets consacrés non seulement au rock, mais aussi aux polars et à la science fiction.
Il persévère sur France Inter avec l’émission Les Grandes Manœuvres.

La littérature

Non content d’avoir été le 1er à publier en France Chrales Bukowski dans sa collection, Speed 17, il se pique de traduire Hunter S. Thompson (le journaliste sous substances psychotropes immortalisé par Johnny Depp et Terry Gilliam dans le film Las Vegas Parano), Hubert Selby Jr ou Harlan Ellison.
Il écrit des biopics : le sien, L’Enfant du rock, celui des Sex Pistols, de Michael Jackson ou de James Brown.

La musique

En plus de ses chroniques (dont un recueil, Dur à cuir, est paru), Philippe Manœuvre s’amuse à parodier les Beastie Boys avec Alain Chabat sous le nom de TV Boys.
Il produit aussi un 45-tours pour son ami ex-chanteur du groupe Chagrin d’amour, Grégory Ken.
(source : tele7.fr)


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