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Brian Johnson (Rock Hard n°6, Juin 2001)


Merci à son rédacteur en Chef : Philippe Lageat

Rock Hard : Comment résumerais-tu ce Stiff Upper Lip Tour 2000/2001 qui s'est achevé en Juillet dernier ?
Brian Johnson : Vraiment fantastique ! Ca peut sonner un brin forçé et pourtant, c'est la vérité : cela faisait des années que je ne m'étais pas autant marré sur la route. J'ai du mal à expliquer pourquoi. Quoiqu'il me suffise par exemple de repenser, sans être démago, au concert que nous avons donné au Stade De France... Sans déconner, quelle ambiance ! C'était purement génial ! Je me souviens, lorsque je suis monté sur scène, être resté abasourdi par la vue qui s'offrait à moi. Quel spectacle que ce stade bondé communiant avec nous comme un seul homme ! Ca reste très certainement l'une des grandes images et l'un des meilleurs souvenirs que je garde de cette tournée. J'étais tellement excité par l'énergie qui se dégageait de la foule que j'avais du mal à reprendre mon souffle entre les morceaux. Qui plus est, il faisait un temps vraiment magnifique. Et puis, nous avons fait le tour du périphérique en moins de dix minutes, escortés qye nous étions par la police. Jamais il ne m'avais été donné auparavant de me déplacer aussi rapidement dans Paris. Maintenant, je sais ce que ressent votre président Jacques Chiras, ha ha ha ! Il peut débouler de l'Elysée à l'aéroport en moins d'un quart d'heure. Zouuuum !!!

Peux-tu nous dire un mot sur votre grand retour live au Japon après 19 ans d'absence ?
C'est marrant, avant de monter sur scène pour le premier show à Tokio, on nous a dit : "souvenez vous qu'ici le public est très calme, reste assis et n'applaudit qu'à la fin des morceaux. Il est très poli". Quel ramassis de conneries ! Comme partout ailleurs dans le monde, le public a pété les câbles dès que nous avons joué la première note ! (rires) Sinon, j'ai noté que le pays avait énormément changé. Ne serait-ce qu'au niveau démographique. Incroyable le nombre de gens qu'on voit dans la rue, une vraie fourmillière. Où qu'on aille, il y a du monde, partout. Lorsque nous nous sommes rendu au Japon pour la première fois, en 1981, nous avons pris le train pour aller de Tokyo à Nagoya, je me souviens être passé devant le mont Fuji : il n'y avait là que des champs et de petits villages à perte de vue. Aujourd'hui, la ville s"est étendue jusque là. Il y a des habitations et des bâtiments partout, c'est la folie. Sans parler de cette brume marron qui flotte dans l'air, ces nuages de pollution... Il y a tellement d'usines là-bas. Beurk, je n'ai jamais rien vu de tel. C'est bien simple, Los Angeles à franchement l'air clean à coté de Tokyo. C'est dire... Pour le reste, c'est un pays fantastique et remarquable pour son paradoxe tradition/modernité. Il ont des tas de trucs hyper modernes qui n'arriveront en Europe que d'ici quelques années, ces monstres minuscules avec des écrans de télé, etc...

Sur votre récente tournée d'été vous avez joué de titres qu'on ne s'attendait pas à voir dans votre setlist : "Problem Child", "Up To My Neck In You", What Do You Do For Money Honey", "Gone Shooting", etc. Les avez-vous joués pour "remercier" vos fans ls plus fidèles ?
Oui, absolument. Comme tu le sais, nous avons joué à Paris un titre que je n'avais chanté auparavant, "Ride On". J'étais terrifié à l'idée de le jouer live. Malcolm m'a demandé :
- "Ca te dit, Brian ?"
- " J'adorerais... mais je ne pourrais jamais la chanter comme Bon (Scott) car je n'ai pas le même type de voix."
Et Mal m'a répondu : "chante la comme tu le sens". Nous n'avaons joué ce morceau qu'en France car le public, chez vous, l'adore plus que quiconque au monde. Et il se trouve que c'est également mon titre préféré d'AC/DC. Putain, l'émotion était palpable lorsque nous l'avons joué. C'était un moment tel que nous ne voulions pas nous arrêter. J'aurais bien continué à chanter "Riiiide Oooon" comme cela pendant des heures. Tout le public reprenait le refrain en choeur. J'étais quasiment en larmes quand j'ai quitté la scène. Gé-ni-al ! J'avais la chair de poule... Et John Lee Hooker nous avait quitté la veille. C'était aussi un hommage qui nous lui rendions. Quelle soirée ! Nous avons immortalisé ce concert en vidéo. Nous avions déja décidé de filmer le show de Munich pour le DVD mais Malcolm, qui a du flair et qui sentait que le concert parisien allait être spécial a demandé que ce dernier soit également filmé. Et je suis trop contant qu'il ait eu cette idée. Bref, nous avaons ça sur bande et j'éspère qu'un jour, nous le sortirons d'une manière ou d'une autre. C'était tellement spécial... Au fait, quand j'y repense, il faut que je dise quelque chose au public français au nom de Malcolm, lorsque nous sommes revenus dans les loges, Malcolm était vraiment emmerdé car il avait oublié de mettre le maillot de foot de l'équipe de France pour jouer l'ultime appel, il était d'autant plus déçu que, lorsque nous étions au backstage avant de jouer le morceau, il était venu nous voir un par un :
-"N'oublie pas ton maillot ! N'oublie pas ton maillot ! Etc."
- "Ouais, ouais, c'est bon, je l'ai !"
Il était tellement énervé à l'idée qu'on puisse oublier nos maillots... qu'il a oublié le sien !! (fou rire). Et il n'a pas réalisé jusqu'à ce qu'on remonte sur scène : "Et merde !". Par la suite, tous les fans qu'on a croisés nous ont demandé pourquoi Malcolm avait été le seul à ne pas porter le maillot : "il n'aime pas l'Equipe de France ? C'est quoi son problème ?" (rires). Cette question va lui être posée jusqu'à la fin de ses jours, je crois... Le truc avec Malcolm, c'est qu'il est toujours en train de réfléchir car il veut que tout soit parfait. Alors, franchement, ça m'a fait pisser de rire. J'en rigole encore d'ailleurs !

Avant la tournée, vous avez également répété des titres comme "Touch Too Much", "Can't Stand Still", "Let's Get It Up", "Given The Dog A Bone", etc., des morceaux que vous n'avez malheureusement pas joués par la suite. Après l'expérience Stade de France ("Ride On") et les diverses surprises à Munich ("Shot Down In Flames") et Cologne ("Gone Shootin"), ne pensez-vous pas désormais que le fait de changer un ou deux titres de la set-list chaque soir est quelque chose de terriblement excitant tant pour vous que pour vos fans ?
C'est plus délicat qu'il n'y paraît car il n'y a pas que le groupe sur scène. Il y a également toute l'équipe lumière (qui est entièrement informatisée) ainsi que les techniciens son et nous ne pouvons nous permettre de ne pas tenir compte de ces gens-là. Je ne dit pas que ce n'est pas possible... C'est tout à fait jouable. Mais il faut faire des choses dans les règles et ne pas foutre la pagaille à la première occasion.

Ceci dit, il est tout à fait possible d'improviser puisque vous l'avez fait à Madrid le 11 décembre 2000 en décidant, pendant le set, de jouer "Sin City" au culot...
Oui, je me souviens. Je ne savais même pas, en montant sur scène, que nous allions la jouer. Jamais je n'oublierais. Au milieu du show, voilà Malcolm qui me dit que nous alions improviser sur "Sin City". Paniqué, je lui réponds que je n'ai pas chanté ce titre depuis 10 ans et que je ne me souviens même pas des paroles... Et Mal me sourit et glisse : "Bah, on s'en fout, on va la jouer quand même !". Du coup, me voilà en train de chanter en yaourt et d'improviser de nouvelles paroles. Comment Mal a-t-il pu me faire ça ? Je lui jette un coup d'oeil pendant le morceau et je m'aperçois qu'il a ce petit regard malicieux qui en dit long. Clairement, il est en train de prendre son pied à me voir patauger ! Petit bâtard ! On s'est bien marrés après coup, dans les loges. Du coup, le lendemain après-midi, j'ai réécouté le titre à l'hôtel histoire de me rafraîchir la mémoire et le soir, lorsque nous avons remis ça, j'étais au point cette fois. Je me souviens avoir annoncé le morceau de la manière suivante, histoire de me moquer de moi-même : "Vu le désastre d'hier, voilà "Sin City Part 2" ! "

Parlons du nouveau DVD que vous avez filmé à Munich. Pourquoi ne pas avoir choisi le concert de Prague (comme originellement prévu) ou celui de Paris ?
Honnêtement, je suis bien incapable de répondre à cette question. Peut-être est-ce tout simplement dû au fait que le stade de Munich est une merveille d'architecture. Ou encore le fait que les emplois du temps de l'équipe de tournage et de l'ingé-son coïncident avec cette date. Oui, je pense que ce choix a été fait de manière à faciliter le côté technique de l'affaire. (Ndlr : En fait, renseignements pris auprès de Malcolm, Munich a été choisi parce que le concert a été le premier complet de l'ensemble des dates d'été. Le groupe voulait jouer devant un stade archi-bondé. La prochaine fois, en France, il faudra qu'on achète nos billets plus rapidement...)

 

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