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« Phil Rudd : Un retour en forme »

Article publié dans le Hors-série n°2 du magazine « Hard Rock » en décembre 1996.

Pour le moins inattendu ce retour au sein d’AC/DC ?
Oui, j’ai été surpris. Pas parce que je pensais qu’ils ne voudraient plus jamais de moi, mais tout simplement parce que beaucoup de temps s’était écoulé depuis mon départ, et les choses avaient changé : pour eux comme pour moi. Ceci dit, si j’excepte les moments passés avec ma famille, ce coup de fil de Malcolm est l’un des moments que je n’oublierai jamais. Mes pieds ne touchaient plus terre, j’essayais tant bien que mal de trouver un stylo pour noter le numéro de Malcolm.

Après douze ans d’absence, ça n’a pas dû être très facile de repartir en tournée.
Non, il a fallu que j’y pense très sérieusement, car nous jouons deux heures et quart chaque soir. C’est plutôt long, surtout si l’on considère que, lorsque je jouais dans le groupe de 75 à 83, les shows duraient quasiment une heure de moins. Et à l’époque, j’étais plus jeune et donc en meilleure forme. Enfin, tout s’est très bien passé car le groupe a fait en sorte de me mettre dans le bain petit à petit, très progressivement. Nous avons tout d’abord enregistré l’album puis, fin 95, nous avons commencé à répéter progressivement en Angleterre pour préparer la tournée. Par la suite, nous nous sommes rendus près de Tampa, au Thunderdome de St Petersburg, où nous avons effectué les dernières répétitions avec toute la production. Au début, j’ai eu quelques problèmes de tendons mais j’ai retrouvé la forme assez rapidement.

Quand as-tu sérieusement pensé à revenir dans le groupe ?
Au fil des ans, j’y ai énormément pensé. Ce groupe a été si important pour moi pendant tellement d’années. C’est d’ailleurs pour cela que je me suis barré en 1983. Je commençais à me ruiner la santé pour dire les choses franchement et j’avais besoin d’un break. Au bout d’un moment tu commences à ne plus voir le bout du tunnel et tu ne vis que pour le prochain concert, dans une sphère. Or, je suis quelqu’un d’assez pépère, le genre de mec qui aime, de temps à autre, avoir une certaine stabilité. Les tournées incessantes ont donc commencé à me peser. Il fallait que je respire. J’avais plein de trucs en tête auxquels je voulais me consacrer mais le temps me manquait. Là, au moins, j’ai eu le temps de lancer ma compagnie d’hélicoptères, j’ai également fait des courses de bagnoles pendant trois ou quatre ans. C’est l’une de mes nombreuses passions. J’ai participé à des concours de tir au pistolet où j’ai d’ailleurs rafflé des places de choix. Et puis, j’ai acheté une ferme, je me suis lancé dans la culture, les vergers… En fait, dès que j’ai quitté le groupe, je suis parti m’installer en Nouvelle Zélande. Ça m’a fait un bien énorme car c’est un pays très calme qui me changeait du brouhaha de Melbourne. Là-bas, personne ne me connaissait, ça m’a permis de repartir sur des bases saines.

Et tu as continué à jouer pendant tout ce temps ?
J’ai construit mon propre studio 24 pistes et j’ai travaillé avec quelques groupes dont je produisais les enregistrements. Mais je n’ai pas joué de batterie pendant près de six ans. J’ai toujours joué parce que j’aimais ça, et je ne voulais pas continuer à jouer si je m’y sentais obligé. Finalement, avec deux de mes potes, j’ai monté un groupe, genre petit groupe de club, et nous avons écrit de quoi faire un album. Nous avons alors enregistré ces morceaux dans mon studio et nous les avons fait écouter à plusieurs personnes qui ont été impressionnées. Mais le vrai problème - en tout cas en ce qui me concerne - c’est qu’à ce moment précis, je n’étais pas prêt à revenir dans le milieu, à recommencer les tournées.

Comment es-tu de nouveau rentré en contact avec les mecs d’AC/DC ?
Je suis allé les voir jouer à Auckland sur la tournée The Razors Edge (NDLR : le 16 novembre 1991, dernière date de la tournée), et nous avons passé un moment à ressasser le bon vieux temps et tous nos souvenirs jusqu’à trois heures du matin dans les loges ! C’étais la première fois que je les revoyais depuis que j’avais quitté le groupe et on s’est vraiment bien marrés. Ça m’a fait tout drôle de les voir jouer ce soir-là et de faire partie du public, pas du groupe. La seule fois auparavant où cela m’était arrivé remontait à 1975, un batteur (NDLR : Colin Burgess) avait pris ma place le temps d’un concert car je m’étais cassé la main.

Lorsque Malcolm t’a demandé de revenir dans le groupe, ça n’a pas dû être une décision facile à prendre. Tu avais ta famille, un nouveau style de vie … ?
Oui, ma femme et moi en avons longuement discuté. Mais je suis un batteur. Ça ne m’a jamais quitté. J’ai toujours pris mon pied à jouer avec AC/DC et je ne voyais pas comment j’allais pouvoir refuser une telle offre. Et puis, je ne souhaitais pas que mes enfants grandissent en entendant que j’avais été. Je pensais que ce serait une bonne chose qu’ils me voient jouer pendant que j’en avais les possibilités. Au fait, tu sais que mon fils, Thomas se met à la batterie ?



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