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Brian, Hard Rock Mag Février 1988

BACK TO THE TOP

Douze ans après avoir gravé ses premiers riffs avec “High Voltage”, AC/DC est de retour avec un treizième album, qui semble être à même de replacer le groupe au sommet. Angus et ses comparses nous ont délégué l'ineffable Brian Johnson pour nous expliquer leurs projets, et nous faire partager l'excitation qui bouillonne en eux …

« Hello, you Frenchies out there ! This is “rosbeef” .. Johnson speaking ! I just want to say thanks very much for making this new album so easy to do, especially the people in the village of Leval : we love ya and we'll be back to see you soon, bye bye !” Tel est le message que l'ami Johnson nous envoie via cette voix pleine de gouaille qui, il y a sept ans déjà, s'est immiscée au sein d'AC/DC. L'homme à la casquette est on ne peut plus fier, en 87, d'éructer à fond, à corps et à cri avec ce grand combo semble-t'il un peu moins chéri dernièrement… Mais tout ça n'est que passé, et si vous n'êtes pas las de vous en gaver, AC/DC déboule avec un opus (pas encore intitulé) tout frais : avant qu'ils ne nous l'assènent sur scène (le 6 Avril à Paris), l'avis de Brian vous est conté ici, et qu'à c'la n'tienne !

HARD-ROCK MAGAZINE : Comment se porte Brian Johnson ces derniers temps ?
Brian Johnson  : Pas trop mal ! En fait, ma préoccupation principale du moment, c'est bien sûr le nouvel album, dont l'enregistrement est maintenant terminé.

UN ALBUM ENREGISTRE EN FRANCE

Justement ! Ce nouvel album, vous l'avez enregistré … au studio Miraval, à environ 1 heure de Marseille, « In la belle France » ! Le studio se trouve aux abords d'un petit village, Leval.

Derrière les manettes, il y avait du français aussi ?
Il y avait deux ingénieurs du son : l'un est américain, c'est Tommy Swift, originaire de New York, et l'autre est français, il s'appelle Jean-Jacques. Je ne sais plus son nom. Les boys te le diraient. C'est un foutu ingénieur du son, un grand ! Il nous charriait en nous appelant les « rosbeefs », et nous, en retour, nous l'appelions « frog legs ». C'était fantastique, il y avait comme un « rapport » (dit en français) entre nous, et l'équipe était très soudée.

UN AVIS SUR LE PASSE

Finalement, avec ce groupe, tu as tout connu : la mégacélébrité de l'époque post-« Back In Black », cette magie un peu perdue à travers « Flick Of The Switch » et « Fly On The Wall ». Ce petit « creux » a-t-il eu des retombées au sein du groupe ?
Well, le groupe n'y a jamais vraiment réfléchi et ne s'est pas réellement préoccupé de savoir si oui ou non ces albums avaient été appréciés de la critique « Flick Of The Switch » était un album composé de chansons qui formaient un tout ; aucun single n'en a d'ailleurs été tiré, car nous ne le voulions pas. Mais pour ce qui est de nos propres sentiments, ce sont deux albums que nous avons fait avec exactement le même plaisir que pour les autres, même si les chiffres de vente en ont pris alors un coup. Au contraire, ça nous a plutôt fait du bien, tout en démontrant qu'AC/DC ne courait pas après la publicité. D'ailleurs, nous avions refusé tout clip pour ces deux albums, pour ne pas trop investir dans « cette chose » dans laquelle on finit néanmoins tous par plonger ! C'est peut-être vrai que l'atmosphère y était moins explosive que d'habitude, mais cela ne nous avait pas empêché d'y mettre autant de cœur qu'à l'accoutumée, et c'est le principal !

EN DEHORS DES MODES

Aucune « remise en question » ne s'est donc opérée parmi vous ?
Pas du tout : il semble simplement que les goûts varient selon les époques, et qu'à ce moment-là, par exemple, le monde craquait plus sur Michael Jackson, ce genre de trucs plus « soft ». C'était la tendance générale, les gens en avaient alors peut-être un peu marre du rock'n'roll … Mais cela ne nous a pas affectés, au vu des concerts notamment, car les kids ont continué à venir, et nous nous sommes donnés à 100% comme nous le faisons à chaque show.

Alors AC/DC aujourd'hui, c'est « rage hard » ?
Sans aucun doute ! Je crois même que nous nous amusons encore plus. Nous avions vraiment besoin de ce break de six mois, où nous avons cessé toute tournée. Ca a été merveilleux ! Nous nous sommes retrouvés avec Angus pendant les mois de Juin et Juillet, et il y a eu comme une atmosphère toute neuve et fraîche entre nous, non pas cette terrible pression de la part des médias qui s'est exercée après le succès de « Back In Black », par exemple. Avec ce nouvel album, ça a été magique du début à la fin, l'emplacement du studio Miraval était idéal, les gens là-bas étaient tellement chaleureux …

L'ENERGIE EST DE RETOUR

Les producteurs ne se nommeraient pas, par hasard …
Ils sont deux, George Young et Harry Vanda

La bonne vieille recette ! On refait ça en famille ….
Tout juste ! Et ça marche à la perfection !

On dirait, car sur trois des quatre titres que j'ai pu entendre, la cadence m'a l'air d'avoir été bottée là où il fallait !
Tout l'album est, je crois, de cette trempe.

Comment se fait-ce ? Vous vous êtes dit : « Allez, passons la vitesse supérieure » ?
On a juste voulu revenir aux « tripes », repartir sur la route avec un album bien costaud, réagir contre toute cette merde qui se présente actuellement comme étant du hard-rock. On s'est dit : « Hey ! Qu'est-ce que c'est que ça, qu'est-ce qui arrive à notre musique favorite ? »

Parce que, quand même, pardon, vos précédents albums « Flick On The Switch » et « Fly On The Wall » n'ont pas été de ceux dont on a gardé un souvenir impérissable ; z'étaient un peu mous du collier, non ?
Peut-être, oui. Mais nous n'en avons probablement pas pris conscience lorsque nous les avons enregistrés ; alors que là … un morceau comme « This Means War » (le quatrième de la demi-démo). Fuck ! J'en suis fou !

C'est vrai, on se croirait revenu aux morceaux les plus sulfureux, « Riff Raff », « Beating Around The Bush » …
Il a été composé dans cet esprit, avec cette notion de « passer la vitesse supérieure » ! Il y a aussi le premier morceau, « HeatSeeker ». Je pensais que « That's The Way i wanna rock'n roll », le deuxième, serait le premier single tiré de l'album mais finalement ce sera « HeatSeeker », pour lequel nous tournons le clip ici, à Londres, en y faisant participer des membres du fan-club. Nous devions choisir parmi trois ou quatre bons morceaux pour les deux premiers singles, et ça a été très dur. Si cela n'avait tenu qu'à moi, ils seraient tous sortis en même temps !


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