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HARD FORCE Décembre 1987



Interview réalisée par Arnaud Durieux (www.ac-dc.net) publiée dans le (très) regretté magazine HARD FORCE, N° 13 de décembre 1987. Brian parle de la genèse et de la sortie à venir de Blow up your video et de la prochaine tournée. Et de beaux souvenirs de la " douce France ", où fut enregistré cet opus ! Bonne lecture et merci à Someday pour les visuels rattachés à l'article. Sydney 76.

H.F : Cela faisait longtemps que nous n’avions pas de nouvelles. Alors, quand avez-vous commencé à travailler sur ce nouvel album ?
Brian Johnson : Eh bien j’ai d’abord retrouvé Angus et Malcolm à Sydney, il y a environ 10 mois. Nous avons parlé de cet album avec Harry Vanda et Georges Young, puis nous avons composé les nouveaux morceaux, répété d’avril à juillet en Australie et enfin enregistré à partir du 10 août je crois. Nous sommes descendus dans le sud de la France, afin d’enregistrer au studio Miraval où tout s’est réellement bien déroulé. Les gens que nous avons côtoyés ont été formidables avec nous. Nous avions emmené Tom Swift et Roy Cicala, résidents à New York, qui devaient travailler comme ingénieurs du son. Chacun avait déjà collaboré sur " Who Made Who ". Les types de Miraval nous ont vraiment filé un gros coup de main, particulièrement Patrice Quef et Jean-Jacques LEMOINE qui avaient bossé sur l’album de Chris Rea. Nous avons eu un temps superbe et moi qui aime bien manger, j’ai été véritablement gâté.

S’agit-il des seules raisons pour lesquelles vous avez enregistré en France ?
Oh non ! En fait le studio en lui-même a très bonne réputation. Nous avons pris du bon temps à enregistrer cet album. De toute façon, le groupe n’a pas eu l’occasion de profiter du beau temps, il était là pour travailler. Nous avons juste pris un " day off " et un week-end, pendant lequel nous sommes allés à Cannes. On arrivait le matin à 10h, et on finissait à minuit tous les jours, parfois même à deux heures du matin. Nous n’avons cependant jamais eu autant de plaisir à faire un album ; les gens du village Le Val, dans lequel le studio se trouve ont été formidables. Nous étions souvent fourrés dans ce troquet, le " Café des Sports ". Nous tenons à remercier tous ces gens. L’album fut très facile à réaliser grâce à ces personnes, et par conséquent il n’en est que meilleur, en d’autres termes excellent. À mon avis, il s’agit d’un des meilleurs d’AC/DC. À noter qu’il s’agissait aussi de mon premier album avec Vanda et Young.

Quelles sont leurs actuelles activités ? Je crois qu’ils ont reformé les EASYBEATS l’année dernière.
Oui c’est exact, ils ont fait une série de concerts en Australie, couronnée par un triomphe. Ceci ne faisait pas partie de leurs projets, mais il y a eu une telle pression pour eux sur ces dates qu’ils ont finalement accepté. Cette réunion n’en était pas pour autant définitive, ils sont trop occupés avec FLASH & THE PAN, Ce groupe est en quelque sorte leur enfant. Par contre ce qui me rend dingue est de voir qu’ils n’obtiennent pas la reconnaissance qu’ils méritent avec ce groupe. Leur dernier album " Early Morning wake up call " est un de mes albums préférés.

Ils ont eu quelques hits en France avec celui-ci.
Vraiment ? Cela me rassure un peu. Le problème est qu’ils refusent de tourner pour promouvoir leurs albums. Ils sont vraiment trop occupés à produire d’autres groupes en Australie, et ils n’arrêtent pas de composer. Donc en permanence en studio.


Pourquoi avoir choisi de les reprendre comme producteurs ?
Nous avions été très satisfaits de leur travail sur " Who made Who " et nous nous entendons très bien avec eux depuis toujours, même lorsqu’ils avaient décidé d’interrompre la production d’AC/DC en 1978. Nous entretenions toujours d’excellents contacts. Harry et Georges sont des producteurs très " rock’n roll ", et je crois que l’on retrouve un peu ce son caractéristique des vieux AC/DC dans le nouvel album.

Quelle particularité ont-ils que l’on ne retrouve pas chez d’autres producteurs ?
Ils comprennent le rock n' roll mieux que n’importe qui. Si nous avions travaillé avec Mutt Lange cette fois-ci, je pense que nous aurions eu le même son que tous ces groupes qui, pour moi, sonnent de façon identique : Def Leppard, Bon Jovi, Mötley Crüe , Withesnake. Je crois que les kids attendent désormais quelque chose de plus simple, de plus spontané. En fait, chacun de nous était très motivé et très en forme, car nous n’avions pas tourné et enregistré depuis longtemps. Ce repos volontaire de quelques mois a été très bénéfique pour tout le monde. En ce moment nous apportons la touche finale aux morceaux. Malcolm est ici à New York avec Georges et Harry pour le mixage final depuis le 12 octobre, et je suis arrivé, il y a quelques jours. Angus est actuellement en Australie. Le mixage est toujours la partie la plus délicate dans la réalisation d’un album : tu dois rester toute la journée dans un studio concentré au maximum et c’est très éprouvant. Il s’agit d’une des raisons pour laquelle nous avons pris deux semaines " off " après l’enregistrement afin de reposer un peu nos oreilles.

Cela faisait longtemps que vous n’aviez pas mis plusieurs mois pour enregistrer.
Oui, cet album a nécessité tout juste six semaines d’enregistrement, mais nous avons en contrepartie réalisé 16 morceaux au total. C’est la première fois que nous en réalisons autant. Maintenant, nous devons choisir lesquels inclure sur le disque. On ne peut pas en mettre plus que 10 car certains sont assez longs et la qualité du disque s s’en ressentirait. Par contre on pourra ajouter des titres " inédits " en face B des singles. Le seul problème c’est que tous les titres sont trop bons pour être de simples faces B ! Le CD contiendra sans doute deux titres de plus que sur le disque car sur le CD nous n’avons pas ce problème de durée. (Brian change subitement de sujet et me lance)
Quand sommes nous venus en France pour la dernière fois ? J’aimerais bien y revenir pour y jouer.

En septembre 1984.

(Très surpris en gueulant) 84 ? ! C’est pas vrai, tu déconnes ?

Non, non ! La dernière fois, vous n’êtes pas venus. Vos fans n’étaient pas vraiment contents.
C’est vrai, je m’en souviens à présent. Nous n’avons pas joué chez vous (n’en revenant pas). Holy shit, 1984 ! Il va falloir rattraper le coup cette fois-ci. La France a cependant été toujours un pays très difficile et AC/DC a eu de la chance d’être bien accepté là-bas. Jésus-Christ 1984. Mais pense aux pauvres kids australiens qui n’ont pas vu AC/DC depuis 7 ans. Il y a trois jours, lors de l’ouverture pour la vente des billets, 63 arrestations, c’était l’émeute. Tous les tickets sont partis en un heure. C’est incroyable de voir la demande que l’on a eu pour jouer, et pas seulement en Australie. Dans ce business, on t’oublie facilement si tu ne fais pas parler de toi pendant un an. Nous avons été très surpris de voir à quel point les gens voulaient encore de nous. !

Alors, vous tournerez également en Australie ?
Oui, la première date de la tournée mondiale aura lieu dans ce pays le 4 janvier 1988 et nous y resterons deux semaines. C’est une bonne chose de retourner là-bas, car les fans commençaient à en avoir marre et la presse qui, cela est compréhensible, a été très dure avec nous. De plus, Malcolm qui habite encore Sydney, n’osait presque plus sortir de chez lui. On jouera aussi en Nouvelle-Zélande pour la première fois, juste pour une date. Seulement voilà, nous avons un problème majeur : nous n’arrivons pas à trouver un avion assez grand pour transporter le matériel. Il va falloir qu’on loue un 747 juste pour cela. Ensuite, nous attaquerons en Mars (dates confirmées + la France le 6 avril) puis l’Allemagne et la Scandinavie. Nous prendrons juste une semaine de repos avant de partir pour les USA. Nous avons tous hâte de repartir sur la route, mais il va falloir réapprendre à jouer live. Cela fait plus d’un an que nous n’avons pas donné de concert et ça nous manque sérieusement, car la préoccupation principale d’AC/DC a toujours été et reste la scène.

Allez-vous tourner au Japon où vous ne vous êtes pas produits depuis 82 ?
Non, là c’est un peu différent. Nous ne nous sommes jamais trop occupés de ce pays, et c’est peut-être pour cela que nous n’y sommes pas très populaires. Le Japon est un pays assez spécial, les groupes y vont souvent plus pour prendre des vacances qu’autre chose. Les salles sont petites, la plus grande étant le Budokan avec tout juste 6000 places. Une ruine pour un groupe de tourner dans des salles de 2000-3000 personnes lorsqu’il doit se déplacer aussi loin.

Pourquoi avez-vous juste tourné aux States pour " Who made who " ?
À l’origine nous n’avions pas du tout prévu de tourner pour cet album, mais il a été si bien accueilli là-bas (rappelons qu’il est devenu platine avec un million d’exemplaires vendus en quelques mois) qu’il y a eu une forte demande et nous avons fait 6 semaines de concerts sold out. C’était une tournée fantastique car on ne s’attendait vraiment pas à un tel accueil. Nous aurions pu jouer plus longtemps, mais nous avions cet album à élaborer.

Que penses-tu du film " Maximum Overdrive " ?
(Il se marre). Fuckin’ awful " Nul. Ce film était horrible. Je n’ai pas aimé non plus, mais on n’y peut rien. En fait je crois que beaucoup de gens sont allés le voir pour sa BO. Ce n’est vraiment pas un des meilleurs films que j’ai vu mais tant pis. On s’est bien marré à en faire la musique. D’ailleurs tu as pu remarquer qu’Angus a réalisé plusieurs soli qui n’apparaissent pas sur l’album. Il a tout improvisé en regardant les séquences du film afin d’en faire une musique d’atmosphère.

Revenons à l’album, parle-moi un peu des titres qui y figureront.
C’est toujours du bon vieux AC/DC dans la tradition. Il n’y a pas de keyboards ou autres trucs de ce genre. Jamais Angus ou Malcolm n’autoriseraient ces instruments dans le groupe et en plus, je n’arriverais jamais à chanter avec ça à côté. On a toujours joué et l’on continue à jouer du rock’n roll. Cependant, nous avons composé beaucoup de titres beaucoup plus rapides que sur les deux ou trois derniers albums. Il y en a presque aussi rapide que " Riff raff ", et je crois que ce genre de morceaux manquait un peu aux fans. J’ai composé tous les titres avec Angus et Malcolm. Nous avons été très motivés pour cet album parce que nous avons entendu tellement de merdes à la radio ces dernières années que nous nous sommes dits " Allez, on va leur montrer qui est le patron ici " (il éclate de rire).

Et Cliff et Simon dans tout cela ?
Simon joue de mieux en mieux, il a un jeu très solide maintenant. On peut toujours compter sur lui comme sur Cliff, et c’est très important, surtout en concert. Cliff a déménagé récemment et habite à côté de chez moi, en Floride.

J’ai lu qu’il voulait faire un album solo l’année dernière, c’est vrai ?
C’est plus ou moins vrai. Il vient de construire un studio à côté de chez lui, comme bon nombre de musiciens je crois. Il veut juste voir s’il peut écrire quelques titres tout seul et faire son truc à lui, mais pas forcément pour un album solo. C’est un très bon musicien ; en dehors de la basse, il chante fort bien et a débuté comme guitariste soliste dans ses premiers groupes.

Vous avez un titre pour l’album ?
Franchement, on vient seulement de commencer à y réfléchir, il y a quelques semaines. C’est dingue ! Nous allons finir le mixage et nous n’avons pas encore de titre pour l’album ! Nous essayons d’en trouver un à l’heure actuelle, mais ça ne vient pas comme ça. C’est la même chose pour la pochette, nous regardons ce que nous propose la maison de disques mais nous choisirons quand nous aurons trouvé un titre (le cercle vicieux !). Tout cela a l’air superflu, mais en fait c’est relativement important : il ne faut pas choisir n’importe quoi à la va-vite.

Avez-vous eu le temps de sortir un peu à New-York ?
Oh non, on est ici pour travailler. En plus demain il y aura trop de monde dans les rues avec ce marathon. Et même si je pouvais sortir, je ne le ferais pas ici : cette ville me rend fou, le bruit, la pollution c’est horrible.


Avant de te quitter, peux-tu me donner des nouvelles du Newcastle United FC ? J’ai lu que tu avais racheté une partie de l’équipe…
Heu, je crois que cela va un peu mieux pour eux. Enfin ils sont toujours dans le milieu du classement de deuxième division. Quant aux rumeurs selon lesquelles j’aurais fait partie d’un colloque pour racheter l’équipe, elles sont totalement fausses. Je ne vis plus à Newcastle, alors je ne pourrais pas m’intéresser de très près à quelque chose de si lointain. Cela dit je le ferai peut-être un jour car j’adore le foot comme tous les types du groupe, d’ailleurs. Quand on était en France, on suivait les matchs du PSG et de Marseille. En foot, vous n’êtes pas mauvais du tout en France.


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