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Propos de Bernie Bonvoisin, le chanteur de TRUST, sur Bon Scott
(Novembre 1982 - Energy Paris)

(Nous tenons à préciser que les propos de Bernie contiennent ici quelques erreurs de date. Nous indiquerons entre parenthèse, le cas échéant, la rectification adéquate)

 

" On a rencontré AC/DC, c'était aux Studios Pathé, on était entrain de faire le premier 45 tours, et sur ce 45 tours, il y avait un morceau qui s'appelait " Prends pas ton flingue ", et il y avait une reprise d'AC/DC qui s'appelait " Love at first feel ", qu'on avait fait, on avait uniquement changé le texte, ça s'appelait " Paris By Night ". A la même époque où on faisait ce 45 tours, il y avait les Rolling Stones qui était entrain de faire, je crois, " Some Girls ". Le peu de temps que l'on ait resté dans les studios, il y a eu quelques plans de copinages comme ça, avec les gens qui étaient avec les Stones, avec quelques Stones aussi, particulièrement aussi avec le type qui s'occupait des guitares de Keith Richards. J'étais entrain de discuter avec ce type et il me dit " J'ai un ami qui est chanteur dans un groupe de Hard Rock. Si tu veux, je peux vous le présenter ! ". Il y avait un type qui était à une dizaine de mètres de là, qui discutait avec une fille, qui était très belle. Le type avait, lui, une espèce de moumoute de hippies, blanche, un truc de brebis un peu crade. Un mec avec des cheveux un peu décolorés, assez longs. Il me dit " Tiens, je te présente Bon Scott, chanteur d'AC/DC ! ".

Bon alors, ça n'a pas fait ni " une " ni " deux " dans ma tête. Bon, à l'époque, AC/DC n'était pas très connu, puisqu'ils avaient uniquement assuré les premières parties de Rainbow et Black Sabbath à Paris. (ndlr : entre autres, car AC/DC assuré plusieurs premières parties de ces groupes en France et en différentes villes) Premières parties qui d'ailleurs avaient été assez fantastiques, parce que c'était plus ou moins l'époque des vaches maigres pour eux, ce qui fait que les gens avaient été frappés par la personne d'Angus, qui à l'époque était déjà complètement fou, et voilà qu'il me présente Bon Scott. Alors, Bon Scott, je le prends, je l'emmène dans le studio et je lui dis " Voilà, on est un groupe français, on s'appelle Trust, on vient de faire un 45 tours, on a repris un morceau à vous " Love at first feel ", ça s'appelle " Paris By Night " On lui a fait écouter, sur le moment, ça la fait sourire, parce que il ne pensait pas que des gens pouvait reprendre, discographiquement, un morceau qu'ils avaient fait, ça lui a fait assez plaisir, et comme c'était quelqu'un de très ouvert et quelqu'un de très gentil, on a pu continuer à se voir pendant deux, trois jours. Lui était là de passage à Paris, et donc, on a pu se voir, deux, trois jours comme ça. On a fait du shopping sur les Champs Elysées, enfin, si tu veux, tous les plans plus ou moins touristes. Et donc, on s'est quitté comme ça au bout de trois jours, en se laissant les adresses, tu vois, mais bon, en y croyant pas trop quand même, parce que dans leur vie, de leur côté, c'était dix mois de tournées par an, un mois de repos, un mois pour faire l'album, et en se promettant de s'écrire.

Et arrive Octobre 1979 (ndlr : en fait, il s'agit surtout d'Octobre 1978, puisque c'est cette année là que trust a ouvert pour AC/DC au Stadium de Paris, le 24 Octobre 1978) me disant " Voilà, on est en tournée en ce moment en Allemagne, ça marche vraiment fort pour nous. On doit jouer à Paris dans une salle qui s'appelle le Stadium et on a personne pour ouvrir ". Donc, on envoie une bande avec trois quatre morceaux que le manager écoute. Après ils arrivent à Paris, on se présente et tout. " OK, y'a pas de problèmes, vous faîtes la première partie ! ". Bon, on arrive Au Stadium ! Stadium, matos d'enfer et tout! On se dit " Merde ! " On avait jamais joué devant quelqu'un comme ça tu vois ! Alors, si tu veux, groupe fétiche de Trust, tu te retrouves à jouer devant tes idoles. Et je me souviens, tout le concert, Angus est resté sur scène de façon à ce que l'on ait des retours potables, de façon à ce que l'on ait quelques éclairages, en plus que la moyenne. Et Bon Scott faisait l'aller-retour entre la scène et la console en façade pour que l'on ait un son propre. Je dois dire que ce concert s'est vraiment bien passé en notre faveur ! Un peu grâce à eux aussi, parce qu'ils s'étaient démerdés de façon à ce que l'on ne soit pas massacré comme la plupart des groupes qui ouvrait pour quelqu'un d'autre.

Ils reviennent à Paris c'était donc en 80 (ndlr : c'était surtout en 1979, pour la première partie de la tournée française du " Highway To Hell " Tour !). Eux avaient commencé leur tournée ici en France. Moi, j'ai rejoins la tournée en cours de route. Je suis monté, là haut dans l'Est et on arrive au Palais des Sports à Reims (ndlr : 07 Décembre 1979) avec cette espèce de salle avec les gradins sur les côtés, avec un son épouvantable. Salle pleine à craquer ! Et puis bon, la magie quoi ! La magie AC/DC ! Parce que les gens qui n'ont pas vu AC/DC avec Bon Scott n'ont pas vraiment vu AC/DC ! Je veux dire, même au niveau de la rythmique de groupe, que ce soit Malcolm, Cliff, Phil et les autres. Si tu veux, du jour où Bon Scott est mort, la magie est partie vis à vis de ce groupe sur scène ! Il m'avait dit une chose avant de monter sur scène au Stadium, mais il était très sérieux dans ce qu'il disait car il adorait chanter, c'était vraiment son plus grand kiff ! C'était un type qui était batteur avant et il me disait " Ouais, avant quand j'étais batteur, ça me faisait chier d'être batteur ! " Je lui dis " Mais pourtant, batteur, c'est quand même un truc énergique ! " Il me disait " Ouais, mais y'a un truc d'emmerdant quand t'es batteur, c'est que bon, t'es batteur, t'es là sur place, tu peux pas bouger, tu joues ; alors que quand t'es chanteur, tu peux te ballader sur le devant de la scène et tu peux voir les gonzesses.. et ça, ça le branchait bien ! ".

Bon, ils font ce concert à Reims, on se voit après, bon, c'était les retrouvailles au bout d'un an, presque un an tu vois (ndlr : et même un peu plus d'un an Bernie !) Tout le monde content ! Il me dit " Ecoute, ça serait bien que tu restes là, on va faire le voyage ensemble, les villes sont pas trop éloignées et tout ". Bon, moi, je pars tout de suite, tête baissée ! J'avais amené, genre " petit sac, brosse à dents " et un peu de trucs de rechange. On reste le soir à l'hôtel ; on s'est levé le lendemain matin vers 11 heures. On est allé prendre un déjeuner. Nous voilà parti faire du shopping. A 11 heures et demi, on descend dans un bar, et il se prend trois double-whisky, comme ça d'entrée, le matin. Déjà, ça, ça m'a paru bizarre ! A cette époque, il avait largué cette nana avec qui il était, donc, il était complètement à crocs. Je crois qu'il a eu un choix à faire, genre le plan nul entre " Tu choisis entre moi ou le groupe ". Bref, ça n'a pas fait l'ombre d'un truc, parce que ils avaient quand même six piges de galère derrière ! Il y a des trucs qu'ils faisaient au début, au départ AC/DC quand ça s'est monté, ça leur arrivait de faire cinq, six concerts par soir. Ils couchaient dans un petit camion qui n'avait pas de fenêtres, ils avaient le matos à l'intérieur, avec la sono, avec les amplis et tout ! Ils jouaient dans des bars, ils allaient jouer dans des conventions, dans des trucs comme ça ! Mais plus ils jouaient, plus ils savaient que ce serait payant ! Bon Scott faisait un peu figure de " grand frère " dans le groupe parce que les autres étaient assez jeunes et c'était, disons, la personne qui avait tout le temps le dernier mot, vu que c'était le type qui avait le plus d'expérience dans le groupe et il avait un avis qui comptait énormément ! Donc, le fait de boire, comme ça le matin, moi, ça m'a paru bizarre, et je dois dire que les mecs qui étaient dans le bar quand ils l'ont vu s'enfiler ses whiskys, les mecs l'ont regardé ! Il y avait des mecs qui étaient déjà bien accrocs au bar, on est arrivé, et il a mis tout le monde d'équerre !

On se barre à Lille. (ndlr : 08 Décembre 1979, Foire commerciale. Sold out !) On est rentré au concert avec tous les mômes, avec tous les mecs et on marchait avec eux ! Il y avait plein de mecs autour de nous, on arrive à un moment aux portes. IL y avait, je sais pas, trois, quatre milles mecs qui attendaient pour rentrer. Il commence à chopper le mecs autour et il dit "Vous avez vu, c'est Bernie, le chanteur de Trust ! " Alors, les mecs commencent à s'approcher, à s'agglutiner, et moi, en retour, je leur dis " Attendez deux secondes ! Avant de sortir vos trucs, vos papiers, vos crayons, allez voir plutôt ce type, parce que ce type, c'est Bon Scott, c'est le chanteur d'AC/DC ! " Et là, c'est devenu l'enfer ! Après le concert de Lille, c'était le concert de Paris ! (ndlr : 09 Décembre 1979.. Mais faut-il vous le rappeler ?) Je crois que c'est l'une des plus grosses gifles que j'ai prise au niveau de ce groupe sur scène. Au bout de quatre morceaux, ils avaient assassiné la salle, c'était bourré à craquer, il y avait 10 000 personnes (ndlr : ?????) et c'était à l'époque de l'album " Highway To Hell ".

Deux trois mois passent ! On se tire à Londres ! Eux avaient commencé à travailler sur un nouvel album avec des nouveaux morceaux. Le groupe répétait l'après-midi, et lui, l'après-midi, il passait son temps soit à écrire, soit à flâner. Je me souviens quand on a fait le morceau " Antisocial ", l'idée de faire les chœurs en fin, c'est une idée qu'a eue Bon Scott !
Le lendemain, c'était le 18 (ndlr : Février) On venait de faire le disque d'or pour notre premier album. Si tu veux, c'était le plus beau jour de notre vie ! On se tire dans Londres ! On va bouffer ! On laisse un mot au studio parce que Bon Scott devait rappeler ou devait passer. En fait, il a appelé et il a dit " Voilà, je suis au Music Machine. Si vous voulez m'y trouver, j'y serai à partir de onze heures. ". Il était avec un pote à lui qui s'appelait Alister. Nous, dans la folie de la nuit ou de quoique ce soit ou même ne serait-ce que dans la folie d'avoir ce disque et de faire la fête avec les gens avec qui on était ! On est allé dîner, on est allé boire ! On est rentré complètement défoncé pendant que lui était entrain de passer de l'autre côté !
J'avais fait la connaissance d'un type, c'était un pote de Bon Scott. Le lendemain, je descend vers une heure de l'après-midi avec une tête " comme ça " avec la fête que l'on avait fait ! Je descends au Drink Bar, le mec vient me voir et me dit " Tu sais, j'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer ! " On venait d'avoir ce disque, on venait de faire la fête ! Les mauvaises nouvelles t'y penses pas trop ! Il me dit " Voilà, Bon Scott est mort ! "………. L'effet que ça m'a fait….. même à décrire comme ça, c'est pas assez fort ! Je me souviens, j'étais dans l'escalier et je me suis appuyé contre le mur ! C'est comme si j'avais pris un gros coup de barre de fer derrière la tête ! Tu es entrain de parler avec quelqu'un et t'as un mec qui arrive par derrière et qui te frappe ; ça m'a fait le même effet ! Je suis remonté, mais sans trop y croire. Je suis remonté à la salle où l'on pouvait prendre les breakfasts et j'ai commencé à bouffer un peu automatiquement, vraiment en pensant à autre chose. Je me suis tiré au studio, en y croyant toujours pas ! J'arrive au studio, à Scorpio ! J'ai ouvert la porte du studio et j'ai compris tout de suite. J'ai vu la tronche des mecs qui étaient dans le studio.. Les mecs étaient blêmes, mais vraiment blêmes…. Avec des tronches comme ça, parce que, c'était dans tous les journaux. Ils m'ont rien dit, je suis rentré dans le studio, je me suis assis et j'ai pleuré. Bon, ça a été la dépression comme ça pendant une semaine ! Et puis, on a fait cet album (ndlr : " Répression ") Cet album qu'on lui a dédié ! Moi, après j'ai cogité pendant un an et demi au moins avant de faire " Ton dernier acte ", parce que c'est un morceau que je voulais faire, que je voulais écrire pour lui !


(transcription : EirKa)

 

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