Interviews & Articles

Bon et Angus, dans le magazine australien Juke (11 décembre 1976)


Nous vous proposons la traduction de l'interview de Bon et Angus parue dans le magazine australien JUKE du 11 décembre 1976.
Dans cet article, Angus et Bon reviennent sur les nombreuses anecdotes vécues lors de leur périple européen, dont certaines ont fait la légende du groupe et sont depuis passées à la postérité.
Mais on y entend aussi parler des relations des frères Young dans le monde de la musique, du rôle du grand frère méconnu, Alexander, membre du groupe anglais Grapefruit et compositeur, entre autre, du I'm A Rebel d'Accept, et de ses relations avec Richie Blackmore. Mais aussi des liens unissant Dio à l'autre grand frère, George.

NDT : Note du traducteur

Contexte de parution de cet article :
Décembre '76, AC/DC est de retour en Australie après un long séjour en Europe et en particulier une quinzaine de dates en Angleterre durant lesquelles la Police de Moeurs anglaise a suivi le groupe de ville en ville, menaçant Angus d'arrestation s'il montrait ses fesses sur scène, en particulier à Glasgow et Liverpool.
Le groupe est en plein milieu de sa tournée australienne "A Giant Dose Of Rock'N'Roll" lorsque le magazine JUKE paraît.
Le site Electric Shock indique que de nombreuses dates de cette tournée seront annulées par les autorités locales à cause de l'image de plus en plus scandaleuse du groupe donnée par la presse australienne. Le même site rajoute que le nom du groupe sera même évoqué au Parlement où les autorités considèrent que la popularité du groupe exerce une mauvaise influence sur la moralité des jeunes.

Une : AC/DC crachent le morceau.

Article : okAC/DC : Bavardages à propos de la vie sur les champs de bataille (avec une pincée de punk-rock, de Blackmore, de bagarres et de groupies)
Par Christie Eliezer


"Nous avons toujours été confiants dans le fait que nous aurions du succès - seulement nous ne pensions pas que cela prendrait si peu de temps."
Ainsi parle le plus célèbre écolier délinquant du monde, grattant les jambes les plus photographiées du monde (catégorie "Pleins de Croûtes"), évoquant la conquête par AC/DC de la Vieille Angleterre.
Nous sommes assis dans un pub, le jeune Angus sirotant un Coca, vêtu d'un pantalon en velours défraîchi et d'un T-shirt qui a vu des jours meilleurs. Par contraste Bon Scott, en jeans serrés, bottes rouges, T-shirt noir, tatouages et boucle d'oreille se balançant bien en évidence, semble vraiment resplendissant.
Les gars sont de retour depuis trois jours, déclenchant une mini émeute à l'aéroport de Sydney, Young et Scott ayant trouvé la bonne méthode promotionnelle pour mettre tout le monde au courant de leurs faits et gestes outre-mer.
Les péripéties d'AC/DC à Londres ont été incroyables, c'est le moins qu'on puisse dire ; les rues y sont toujours pavées d'or pour quelques chanceux. Grâce au bouche-à-oreille ils y ont accumulé le plus grand nombre de disciples pour un groupe émergeant depuis très très longtemps en Angleterre, poussant l'imagerie "bière et cul" jusqu'à sa grossièreté ultime, pour en fin de compte aboutir dans le magazine Melody Maker qui les décrit comme "l'un des groupes les plus populaires tournant en ce moment".
Le magazine Sounds fait dans le plus hystérique encore : "Qui règne en '76 ? AC/DC."
Dans le même temps, A-Bomb (NDT : surnom d'Angus en Australie à l'époque) devenait une star, se faisant bien remarquer par la brigade mondaine pour ses activités de demi-lune, figurant dans le hautement prestigieux Beat Instrumental comme Musicien de l'Année, son visage bardant toute la couverture de Sounds et se faisant mettre en pièce par des demoiselles hystériques à travers les salles de concerts de l'Angleterre.
Et pourtant, le gamin ressemble au petit morveux qui traîne autour des cabinets de l'école, cherchant la bagarre, mains se baladant sous les jupes, sourire méprisant planté dans la face.
"Certains groupes ont mis cinq ans pour en arriver là. Regarde Status Quo, après leur célébrité pop initiale, ça leur a pris dix ans pour être là où ils en sont maintenant, en faisant la même chose que nous faisions - c'est-à-dire tourner à travers le pays. Nous avons seulement suivi un cours intensif."
AC/DC bien sûr était le bon groupe au bon moment à la bonne place. Ils sont arrivés à Londres juste quand le mouvement punk-rock britannique dans son ensemble commençait à apparaître, et ils ont engrangé rapidement, côte à côte avec leurs homologues mollassons de punks anglais comme Eddie & the Hot Rods et les Sex Pistols. C'est dans cette ambiance que les punk-rockers autraliens firent irruption. Billy Thorpe m'a dit un jour que le trait caractéristique des groupes australiens était la brutalité et l'intense énergie qu'ils libèrent ; et la violente exubérance de travailleurs des gars d'AC/DC, issue d'un paysage australien naturellement orienté vers une rude survie complétait le tableau.
La philosophie du mouvement punk est follement alimentée, a dit quelqu'un, par un mélange explosif de jeunesse et d'ignorance. Les "punk-rockers" américains comme les Ramones sont trop faiblards, trop conscients de leur image, trop vieux - plus clichés que acné - pour réussir. S'il y a une quelconque agression morose (NDT : dans leur musique) c'est la réaction fatiguée des perdants de toujours. Les punks anglais sont un peu plus au niveau de la rue (bien que les Sex Pistols sont tous des petits gars issus de l'enseignement supérieur !) mais encore un peu tendres.
Quand les magazines de musique anglais conçoivent l'actuelle vague punk comme étant probablement le prolongement logique de toute l'explosion musicale des années soixante (emmenée par les Stones, suivie par les Yardbirds, les Who, Pretty Things), Bon décrit l'enthousiasme de la presse avec mépris comme une simple occasion de plus de se montrer excitée d'avoir quelque chose à écrire.
"J'ai passé les trois premières semaines de notre séjour ici à simplement explorer les clubs et les pubs" dit Bon "et il n'y avait pas un seul groupe qui faisait ce que nous faisons. Ils se tiennent plantés debout comme des juke-boxes, comme ils font dans les pubs de Melbourne. Le problème avec ces putains de groupes "punks" est qu'ils essaient d'avoir l'air dur mais musicalement ils n'apportent rien, même pas une ombre d'originalité.
"Ils sont juste sortis de terre - et nous sommes arrivés à toute blinde et les avons laissés en train de bouffer notre poussière."
Il se marre à gorge déployée et commande une nouvelle tournée. Que vous considériez Bon comme un petit salaud présomptueux dépend du degré auquel vous le connaissez humainement. Pendant ce temps Angus se renfrogne au souvenir de ces Anglais prétentieux


"Il n'y a pas un seul groupe en Angleterre qui joue dans notre catégorie."

"Ils essaient d'exister comme les premiers Small Faces, tu te souviens d'eux ? Ils montaient sur scène jurant et crachant et disant à tous les présents d'aller se faire foutre. Mais au moins les Small Faces, et les Rolling Stones, ils étaient compétents musicalement. Au moins, ils pouvaient jouer. Certains de ces idiots ne sauraient même pas accorder une guitare.
"Quand nous avons commencé ici, ces Eddie & the Hot Rods, sont venus avec nous sur quelques concerts que nous avons donnés, et après ça ils ont commencé à nous arnaquer. Tu sais comment j'ai commencé ? J'ai commencé au Marquee (le club londonien où AC/DC a décroché un engagement pour tous les lundis, ce qui apparemment a provoqué de longues files d'attente et une salle comble - ndlr) il y avait une telle putain de chaleur là-dedans, les gosses se débarrassaient de leurs fringues eux aussi.
"Maintenant tu les verras EUX, faire ça aussi, courir partout en sous-vêtements !
"C'est le truc avec l'Angleterre. Ils ont dû construire tous ces groupes parce qu'ils n'avaient rien là-bas, pas de nouveau Led Zeppelin, rien du tout, personne dont ils auraient pu dire 'ah ah, nous avons quelque chose ici'. C'est pour ça qu'on a eu autant de succès."
Les signes les plus évidents de leur succès se trouvent en feuilletant les coupures de presse. Au début de leur séjour ils ont dû affronter l'inévitable cynisme et l'hostilité viscérale des magazines de musique anglais (le NME en particulier a régulièrement dit du mal des shows des Australiens).
Au début, ils ont fait les frais de remarques méprisantes du style "I Wallaby Your Man" (NDT : jeu de mots sur I wanna be your man = j'veux être ton mec, et le Wallaby = cousin du kangourou mais aussi surnom donné aux australiens) et "Plus de dégueulade en provenance des antipodes" (NDT : là-encore, jeu de mot sur "More Chunder from Down Under", et le slogan d'AC/DC "Thunder from Down-Under" = le tonnerre des antipodes). Quelques mois plus tard, les critiques étaient divisés dans leur admiration. Vers la fin, la plupart d'entre eux avaient dû admettre que, qu'importe la façon dont vous essayez encore d'étirer les inévitables critiques - la grossièreté de leurs paroles, leurs riffs réchauffés, l'essentiel de l'attraction étant Angus montrant son petit cul boutonneux - AC/DC écrivait le mot spectacle en lettres capitales. Le public arrivait en foule.
"Bon, nous n'avons jamais vraiment été considérés comme un groupe australien là-bas de toute façon. Trois d'entre nous sont originaires d'Écosse, et ils prenaient sur eux pour dire "bon, ils sont peut-être arrivés d'Australie cette année, mais ils sont originaires d'Écosse, ils sont Britanniques, ils sont comme nous, et toutes ces sortes de conneries."
"Mais ça ne nous gênait pas parce que nous faisions de l'argent là-dessus. C'est pour ça qu'on a joué le jeu, pour faire du putain de pognon."
Et à quoi ressemblaient les groupies anglaises, les gars ?
" Très bonnes." Les yeux de Bon scintillent d'un maléfique délice. "O-u-i !"
"Les miennes étaient bonnes" babille Angus. "Les siennes, non. Je ne les aurais pas touché avec une putain de perche."


Tensions personnelles

Le couteau à cran d'arrêt est une valeur sûre chez les punks et tôt ou tard on doit entrer dans le trip bagarre et voyous et AC/DC ne faisait pas exception à la règle. Apparemment il y a eu quelques tensions personnelles avec Eddie & the Hot Rods après quelques réflexions faîtes à propos de nos aventuriers des antipodes. Que s'est-il donc passé ?
"Nan, pas grand-chose. Quelques journaux ont organisé les choses juste pour faire un peu d'actualité. Ces mecs ont traîné en coulisse après notre dernier show à l'Hammersmith Odeon et tout le monde a cru qu'il allait y avoir un gros baston ou quelque chose du genre. Mais pourquoi faire de la pub à Eddie & the Hot Rods parce que nous les aurions tabassés, alors que, vois-tu (rires bruyants) c'est ce qui aurait dû se passer."
Oui, les aventures physiques de Bon ont filtré jusqu'à JUKE... la première sur le fait qu'il s'est pris un oeil au beurre noir trois heures seulement après son arrivée à Londres.
"Ouais, j'allais bien" dit-il quelque peu évasivement.
" Il est revenu dès le jour suivant et déjà il remettait ça" reconnaît Angus. "Il a réglé son compte au salaud bien comme il faut."
En parlant de règlement de compte, il y a eu quelques comptes-rendus de presse au sujet d'une certaine altercation entre Nos Héros et un dénommé Ritchie Blackmore. Il y a seulement quelques mois ce bon vieux Ritchie avait balancé dans le Melody Maker "qu'AC/DC était le degré zéro du rock'n'roll", et pourtant, alors qu'il était dans le coin récemment, il discutait des Vertues et Bontés d'AC/DC avec quiconque voulait bien l'écouter. Blackmore est-il seulement une grande gueule ou quelque chose s'est-il passé entre-temps pour le rendre plus doux? ou le faire changer d'avis ?
"Écoute, je vais te dire ce qui s'est passé". Angus s'étire en baillant dans la lumière de l'après-midi qui entre à flots à travers les fenêtres, aspire bruyamment les dernières gouttes de Coca et est maintenant prêt à se lancer. "Il a débarqué au Marquee avec un type qui s'appelle Lord Sutch (l'une des véritables excentricités de la pop anglaise - après quelques hits au milieu des années soixante, il essaya de devenir Premier Ministre, l'une de ses propositions étant que puisque les chiens devaient porter un collier et avoir un permis, il devait en être de même pour les chats et les poissons rouges). Je m'entendais vraiment bien avec Sutch, et il amenait souvent des gens comme Noel Redding et Mitch Mitchell pour nous voir car il aimait vraiment le groupe.
"Il a demandé à Blackmore de venir, et Blackmore voulait bien et souhaitait même faire un boeuf avec nous si nous faisions un rappel. Nous venions juste de finir et nous étions crevés ; c'était au milieu de l'été, il y avait environ un millier de kids, t'as pas idée de la chaleur qu'il faisait. Comme je ne pouvais même pas me lever, je me traînais sur la scène et il y avait carrément une flaque d'eau.
"En tout cas, il a sauté sur la scène, il a pris une Telecaster et l'a branchée en attendant notre retour. Seulement, nous n'avons pas fait de rappel et ça l'a vraiment fait chier.
"En tout cas deux jours plus tard, il y avait ce gars qui s'appelle Chris Welch qui écrit pour le Melody Maker - lorsque nous étions venus ici pour la première fois il comptait sur le fait que nous aurions dû être mis rapidement sur le bateau de retour. Mais il est complètement branché par les Bay City Rollers (NDT : groupe de minets pop de l'époque) tu vois le genre de mentalité ! bref - Chris Welch était là quand Blackmore est revenu et nous a demandé ce qui s'était passé, tu vois. À ce moment-là il était en train de faire une interview avec Chris Welch, et Welch essayait de lui faire dire quelque chose de controversé.
"Il a fini par débiner Jon Lord et tout le monde. Et Welch savait que Blackmore était énervé contre nous alors il l'a harcelé en voulant savoir ce qu'il pensait de nous. Au début il ne voulait pas répondre (huuuum - NdE) mais finalement, il a cédé et a dit que nous étions le niveau zéro du rock'n'roll (re-huuuum - NdE).
"Lorsque ça s'est produit, nous avions commencé à tourner avec ce mec en Allemagne. Et j'ai un frère Alexis (autrefois George Alexander du groupe Grapefruit et maintenant dirigeant d'une école de musique à Hambourg) qui avait l'habitude de taper le boeuf avec Blackmore dans les clubs quand Blackmore jouait derrière des gens comme Jerry Lee Lewis et Gene Vincent.
"Et Alex a mis la main sur Blackmore dans une petite boîte de nuit de Hambourg, et lui a dit 'à propos, les frangins font la première partie de ton groupe, et qu'est-ce que c'est que cette m... que tu leur as balancé dans le magazine ? Qu'est-ce que tu penses que tu jouais derrière Jerry Lee et Vincent, ça c'était le niveau zéro du rock'n'roll.' Et ensuite il a dit 'et je me foutrais de ce que tu pensais d'eux, je me serais plutôt inquiété de ce que eux pensaient de toi - et ils pensent que tu es un tas de m...
"Ça a failli dégénérer en bagarre mais ça c'est calmé. Les deux sont redevenus potes, déconnant pendant quatre jours après ça. Ensuite, la fois suivante où nous avons joué à Paris, Blackmore est venu et a dit à quel point nous étions bons et à quel point il aimait vraiment bien le groupe.
"Donc, tout est bien maintenant. Chose amusante, son bassiste nous aimait, tout comme le chanteur, Ronnie Dio. Comme il avait ouvert pour mon frère George dans les Easybeats en Amérique quand il était dans un groupe qui s'appelait Elf, et qu'ils avaient fait quelques chansons de George, il pensait que c'était un réel privilège que nous jouions avec eux. En fait, j'étais avec Blackmore au Speakeasy (une boîte de Londres) juste avant qu'il s'en aille et il voulait que nous fassions le Japon avec eux, mais ça aurait bousillé notre tournée ici, alors nous ne l'avons pas fait. Mais nous ferons peut-être quelque chose avec eux en Amérique, bien que rien ne soit encore finalisé.


Le professionnalisme de l'Angleterre

En ce moment les AC/DC ne sont pas très sûrs de l'endroit où ils vont se baser - Angleterre, Europe, peut-être l'Amérique, encore moins en Australie. "Ça dépend de l'endroit où nous gagnons de l'argent, n'est-ce pas" marmonne Bon dans une bravade habituelle. Mais plus tard, il atténue son propos et explique qu'ils s'installeront où ce sera le plus pratique. "Voyager 20 000 kilomètres avec 12 personnes et 5 tonnes de matériel coûte très cher, et nous ne pouvons pas faire ça tout le temps. Mais j'aimerais tourner en Australie tous les six mois."
AC/DC aime l'Angleterre, spécialement la façon dont le rock'n'roll est vraiment pris au sérieux là-bas. "Écoute, c'est tellement exiguë qu'il n'y a pas autant d'endroit où tu peux aller t'amuser, à la différence d'ici. Bien sûr ils ont le foot mais c'est à peu près tout. Donc, ils consacrent plus d'attention au rock'n'roll." Angus se souvient du temps où lui et Mark allait en centre-ville pour trouver une nouvelle basse, et sur le chemin du retour le chauffeur de taxi s'était retourné et lui avait demandé où était son uniforme d'écolier.
Ils aiment le professionnalisme là-bas. Bon raconte que tout est tellement déjà prêt - nourriture chaude, boissons, équipement pré-installé - qu'il peut se balader dans la salle une minute avant qu'ils soient programmés pour jouer et qu'en plus ils commenceront à l'heure. Ça change de l'époque où ils étaient en retard pour un concert au festival Moomba (à Melbourne) parce qu'ils étaient coincés dans les embouteillages, parce que l'organisateur n'était pas assez malin pour réaliser qu'une voiture aurait dû être envoyée beaucoup plus tôt à cause du fort trafic.
Et l'Angleterre traite ses spectacles plus libéralement. Angus n'aurait jamais été capable de s'en tirer avec ses exploits ici. "Évidemment, ils avaient mis la Police des Moeurs pour nous suivre, mais ils étaient vraiment cool. Ils plaisantaient avec ça, prenaient une bière avec nous, s'excusant d'être là".
Et est-ce que AC/DC a rencontré d'autres musiciens australiens là-bas ?
"Ouais nous avons fait un concert avec Max Merritt and The Meteors, c'était un show radio live et ils ont fait un esclandre parce que, comme nous étions un groupe 'à la mode' et que nous avions tous les hurlements et braillements, ils nous ont mis en dernier sur le show. Mais leur manager l'a mal pris et disait des trucs du genre 'ils se prennent pour qui ces mecs?' Je veux dire que ce n'était pas une insulte envers le gars ou autre. Mais ce qui s'est passé c'est que nous l'avons engueulé hors scène, et après que nous ayons joué, la plupart des gens sont partis. Ça l'a fait passer pour un con.
"C'est dommage parce que j'aime Max Merritt. Mais certains cerveaux derrière ces gens ne fonctionnent tout simplement pas."


"Sherbet n'a pas la côte là-bas."

Et que devient Sherbet ? (NDT : groupe progressif australien)
"Je ne savais même pas qu'ils étaient dans le pays, pour te dire la vérité" dit Angus sans s'avancer. "Nous étions en Europe à ce moment-là avec Rainbow. Mais lorsque nous sommes rentrés, j'ai rencontré une nana qui connaissait - tu sais ce mec d'Ariel ? (Harvey) - ouais elle l'avait connu quand il était venu autrefois et elle m'a dit qu'elle l'avait vu à Top of the Pops avec ce nouveau groupe qui s'appelle Sherbet. C'est tout. Il ne leur arrive vraiment rien."
Tu appelles "rien" avoir un single numéro 2 des charts anglais ?
Bon hausse les épaules. Des singles, la belle affaire ! "Tu as tellement de groupes dans les charts que ça ne signifie rien. Regarde les Hot Chocolate, ils ont eu au moins six Numéro Un ici, et notre tournée vend deux fois plus que la leur. Il y a des groupes à singles et des groupes à tournées, et les groupes à tournées sont les seuls qui restent."
Ne serait-ce pas de la rancoeur, n'est-ce pas, parce votre album n'a pas été classé ?
"Naaaan, notre album s'est mieux vendu là-bas qu'ici. Il a fait plus de 50 000 déjà. La simple raison pour laquelle il n'est pas classé c'est que les gens l'ont acheté alors que nous étions en train de donner les premiers coups de pioche. S'ils l'avaient tous acheté en même temps, il aurait été classé, c'est sûr. Mais pour le nouvel album Dirty Deeds, les précommandes sont tellement importantes qu'ils espèrent qu'il sera classé."
Il arrête de secouer sa tête et sourit largement à l'évocation des autres groupes australiens. "Écoute mec", il cogne sur la table avec force. "Le seul groupe qui a fait quelque chose en Angleterre, c'est AC/DC - les autres sont juste des nullités, je te le dis."


Ambiances américaines

Et les USA - comment se présentent les choses là-bas ?
"Nous devrions être là-bas en ce moment même, mais les visas ont tout foutu en l'air. En fait nous nous préparions à aller là-bas pour trois semaines et couvrir le plus de villes possible juste pour se faire connaître. Nous étions supposés finir notre tournée anglaise, quitter le jour suivant et attaquer la tournée US directement.
Mais les services de l'immigration ont tout retardé d'une semaine environ. Ce qui signifie que nous aurions seulement pu passer six jours là-bas et ça aurait été vraiment trop cher si tu penses aux frais, donc on a décidé d'abandonner jusqu'à l'année prochaine.
Michael (Browning le manager) est là-bas en ce moment, en train de magouiller, donc ce sera parfait, les premiers signes sont très encourageants. Des gens comme Wolfman Jack ont fait jouer nos disques depuis deux ans, de la même façon que l'avait fait John Peel en Angleterre. Les albums sont déjà passés sur plus de 35 stations de radio."
Angus ajoute: "Concernant l'ambiance là-bas, Rolling Stone (un magazine d'influence majeure aux É-U) m'a déjà contacté en Écosse, a fait l'éloge d'un petit guitariste, et ils voulaient savoir quelle sorte de guitare ultime voulait un gars qui saute partout sur la scène et balance ses fringues.
Bien que Dirty Deeds ait été enregistré à Sydney avant leur départ, Angus fait remarquer énergiquement que musicalement, le disque est tout à fait d'actualité, "Nous n'avons pas changé du tout musicalement. Nous n'allions pas faire l'erreur que tant d'autres ont fait - aller là-bas en pensant devenir plus malins. Nous y sommes allés juste pour jouer."
Alors qu'en est-il de cette info dans le New Musical Express disant que vous utiliseriez les services de Doug Clifford et Stu Cook (qui a donné la renommée aux Creedence Clearwater et maintenant avec le Doug Harrison Band) pour produire votre prochain album ? Un sacré changement par rapport à Vanda-Young, hein, que se passe-t-il ?
"Naaan, c'est des conneries. Écoute ces gars sont venus en Angleterre pour jouer au festival de Knebworth, dont les Stones tenaient la tête d'affiche. Ils ont entendu que les Australiens avaient raccourci notre album, tout comme les Anglais, ils pensaient qu'il y avait une différence dans la production. Ce qui s'est passé c'est qu'il a été mal coupé là-bas, parce que le gars qui a fait le boulot était branché "soul" et ne savait pas vraiment ce qu'il faisait.
"En tout cas, ils étaient plantés là en train de parler du travail de production sur notre album, tu vois. Et cet idiot du NME a dû entendre une partie de la conversation et a pensé qu'ils allaient produire notre prochain."
Actuellement ils terminent leur tournée australienne, travaillent et enregistrent le plus possible de titres aux Studios Alberts (Sydney) pour le prochain LP, et ensuite redécolleront à nouveau pour l'outre-mer. Espérons vers l'Amérique ; mais tant que Browning ne revient pas avec les contrats signés, rien n'est fixé.
En attendant ils peuvent se pavaner en sachant qu'ils ont prouvé que les critiques se sont trompés.
"Le succès anglais nous a fait un bien fou" indique Angus avec autant de modestie qu'il puisse rassembler. "Ça nous a rendu tellement plus confiant."


"La lune ? D'accord nous serons là-bas la semaine prochaine."

"Ouaiiiis" rigole Bon. "Maintenant il n'y a rien qui nous arrêtera. La lune ? D'accord nous serons là-bas la semaine prochaine."



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