Interviews & Articles

Sylvie Simmons - Biographe et Journaliste Rock

Sylvie SIMMONS nous a fait l’immense honneur de répondre en exclusivité aux questions de H2acdc.com. Sylvie est un monument dans le journalisme rock, un pilier du magazine MOJO pour lequel elle a interviewé les plus grands : Neil Young, Mick Jagger, Lemmy, Pink Floyd, The Beach Boys, AC/DC, Leonard Cohen, Johnny Cash... C’est aussi un très grand biographe, de Serge Gainsbourg en passant par KISS, Neil Young... Merci Sylvie.

Sylvie, comment t’es-tu retrouvée impliquée dans le music business ?

J’ai toujours été obsédée par la musique. De même par le besoin d’écrire. Je n’avais pas seulement l’idée de consacrer ma vie à écrire sur la musique, c’est que j’ai décidé pleinement de faire.

Pour y parvenir une formation particulière, un ou des mentors ?

Non, pas de formation. C’est drôle, au magazine MOJO, pour lequel j’écris depuis le tout premier numéro et qui demeure mon mag favori, nous recevons souvent des lettres d’étudiants en journalisme ou en sciences des médias sollicitant, parce que leur cursus l’exige, un stage (un petit mot signifiant esclavage) chez nous. Ces courriers retournent en bas de la pile. Ecrire sur la rock music, ce n’est pas recevoir l’enseignement d’un professeur. C’est une question d’émotion et d’expérience, et il n’en existe aucune plus géniale que de consacrer son existence à la musique. Un mentor ? Non plus. Il y avait très très peu de femme dans la profession quand j’ai débuté, quelques rares en Angleterre d’où je suis originaire, et de toute façon elles étaient tellement occupées à ne pas faire trop de vagues que franchement elles ne m’auraient pas été d’un grand secours.

Quand as-tu rencontré AC/DC pour la première fois ?

La première chose que j’ai entendu du groupe fut la voix de Bon Scott, au téléphone. C’était en 1976 je crois bien, j’écrivais alors des articles dans un magazine pop pour ados (c’est là qu’on orientait les femmes à l’époque). Il y avait une double page dans ce magazine dont le design rappelait à lui seul un mini journal, dans lequel j’avais carte blanche pour écrire sur l’artiste de mon choix, aussi longtemps qu’il restait au top (comme David Cassidy ou the Bay City Rollers !). Un jour, j’y ai mis une grande photo de Bon Scott, torse nu, sur scène, et j’ai écris quelques mots sur ce brillant nouveau groupe baptisé AC/DC. Bon fut si surpris quand il a vu l’article qu’il appela le magazine et demanda à me parler. Je me souviens qu’il riait, me disant que j’étais folle et qu’il m’enverrait des fleurs. Je ne me souviens pas si il me les a envoyées !

Qu’est ce que tu as pensé immédiatement du groupe ?

Un an après l’épisode avec Bon, je suis parti pour Los Angeles, car je savais bien qu’il n’y avait aucune chance pour que je sois prise au sérieux dans mon job en Angleterre et que cela marcherait mieux là bas. En quelques semaines, je suis devenue correspondante pour Sounds Magazine, un des quatre magazines musicaux qui paraissait à l’époque une fois par semaine en Angleterre. Je disposais d’une totale liberté et je pouvais écrire sur qui je voulais. Alors, quand j’ai appris qu’AC/DC allait jouer au Wiskey A Gogo sur Sunset Strip (1), la minuscule et légendaire boîte de rock où durant les années 60 jouèrent les Doors, les Byrds ou encore Buffalo Springfield, j’y suis allée et j’ai couvert le show ! C’était la première fois que les voyais en live, et ce fut explosif ! Tellement de puissance, d’énergie électrique, mais aussi de volonté et d’humour concentrés sur cette petite scène dépouillée, dans cette minuscule salle sombre, c’était époustouflant.

Quel homme était Bon Scott en coulisses ? Et Angus ?

Il n’existait pas un Bon Scott de façade. Ce que tu voyais sur scène était ce qu’il était en dehors. La manière dont il se comportait au travers de ses chansons était la même que quand tu le rencontrais en personne. Comme Angus le disait dans son langage anglo-australien raffiné, Bon était plutôt fougueux. En d’autres termes, toujours partant. Il aimait boire, il aimait les femmes, et si il pouvait avoir les deux en même temps il arborait un sourire-rictus sur son visage plus grand que toute la Hollande ! La première fois que je l’ai rencontré en fait, j’étais sur la terrasse au sommet du Hyatt House Hotel sur Sunset Boulevard. C’était en pleine nuit, probablement après leur show, je ne me souviens plus exactement, et j’étais assise là avec Angus et Malcolm, et Bon est arrivé, une bouteille d’alcool dans chaque main, un bras autour d’une femme blonde avec des gros seins et l’autre bras enlaçant une femme qui aurait pu être la jumelle de la première. Angus adorait Bon, mais sa personnalité est très différente. Non pas qu’il est sérieux, il a un très grand sens de l’humour mais c’est un humour plus posé. Et je n’ai jamais vu Angus toucher à l’alcool et à une groupie...

Tout le monde se souvient de ton article à la une de Sounds !

Merci ! (en français)

Quel était le rôle de Malcolm au sein du groupe. Bon disait lui même qu’il en était le cerveau ?

J’ai toujours adoré parlé à Malcolm. Il a beaucoup de traits de personnalité en commun avec son frère, l’autodérision par exemple, même si il avait aussi un peu du caractère de Bon... Mais Malcolm était toujours celui capable d’exprimer le plus clairement la vision musicale du groupe. Je ne sais pas si il en est le cerveau, mais il est certainement celui qui sait le mieux ce que le groupe est intrinsèquement.

Humainement parlant, peux-tu différencier AC/DC de la majorité des groupes que tu as eu l'occasion de côtoyer ?

Oh que oui ! Pour cela, rien de plus simple, tout ce qu’il y a à faire est de comparerAC/DC à d’autres groupes majeurs du rock que j’ai pu suivre et la différence saute aux yeux immédiatement. Faîtes l’essai avec quelques uns, au hasard : AC/DC et Mötley Crue, AC/DC et Guns N'Roses, AC/DC et Nirvana. Une manière d’être et de vivre la musique totalement différentes... Les membres d’AC/DC n’ont jamais vraiment changé, même avec le changement de chanteur. Le seul changement c’est que les salles de concert sont devenues de plus en plus grandes...

Les membres d’AC/DC sont connus pour être à la fois très accessibles et très sympas

Accessibles n’est pas le bon terme, à l’âge qui est le leur aujourd’hui, ils aiment préserver leur vie privée. Mais sympas, oui, définitivement.

Selon toi, qu’est ce qu’AC/DC a apporté à la rock music ?

Ils ont débarrassé le rock de cette prétention qui avait fini par le gagner, ils lui ont rendu les tripes et les couilles du vrai rock’n roll, le tout concentré dans un ampli avec un volume monté à fond, à un niveau presque inimaginable. Et puis, ils y ont ajouté un sens de l’humour qui manquait beaucoup.

Peut-on dire qu'AC/DC a donné une seconde jeunesse au hard rock ?

Je ne pense pas qu’ils voient les choses sous cet angle. Ils se sont toujours considérés comme un groupe de rock’n roll, et j’ai tendance à leur donner raison.

Quelle a été ta réaction à la mort de Bon ?

Choquée. Il semblait indestructible. Et puis c’était si difficile de croire que quelqu’un si plein de vie comme lui puisse disparaître de cette manière.

Qu’as tu pensé du choix du groupe qui s’est porté sur Brian ?

Je n’avais jamais rencontré ni même entendu Brian jusqu’au jour où l’on m’a envoyé la cassette promo de Back in Black. Quel album incroyable ! Tout ce qui y figure me donne des frissons. Il n’y avait pas de meilleure manière de présenter un nouveau chanteur. Ce fut le choix parfait, et il le reste. Brian a la tête sur les épaules comme Bon, et il s’est intégré au groupe comme si il avait toujours été là.

Quels sont tes 3 album préférés du groupe ? Et pourquoi ?

Dans un ordre chronologique, “Let There Be Rock”, quelles chansons fantastiques ! Whole Lotta Rosie, Problem Child, jouées avec une telle puissance que même le mouvement punk leur a voué le plus grand respect. “Highway To Hell”, le dernier opus avec Bon et un pur chef d’oeuvre. L’album ultime pour faire la fête, avec une chanson titre qui est une des perles de l’histoire du rock’n roll. Enfin, « Back In Black” - You Shook Me All Night Long, Hell's Bells... La voix est différente, mais l’effet est tout aussi ravageur. Une dose mortelle combinant une vraie sauvagerie rock’n roll, une émotion contenue suite à la disparition de Bon, et la volonté de poursuivre l’aventure.

Sylvie, nous ferais-tu le plaisir de nous offrir la publication d’une photo inédite avec le groupe ?

Désolée, mais je n’ai aucune photo de moi avec le groupe... Mais je vous invite à consulter mon site, www.sylviesimmons.com sur lequel vous pourrez lire l’article que j’ai consacré à AC/DC dans MOJO en décembre 2004 (2). Et j’invite tous les fans français du groupe à m’y laisser un message...

Un petit un message particulier à passer à highwaytoacdc.com ?

Oui, en empruntant à ce qui se fait de meilleur – AC/DC, "I salute you". Où plutôt "salut" à vous tous ! Merci de m’associer à votre site génial. Bises.

(1) : 29, 30 et 31 août 1977
(2) : interview d'AC/DC sur son site web