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Eric Mosher (novembre 2008)

Sorti en octobre 2008, l'album "Black Ice" rencontre un succès international impressionnant. Le nouvel opus d'AC/DC plait, par sa diversité, et l'incroyable puissance qui s'en dégage. H2ACDC a voulu en savoir plus, la genèse de cet album tant attendu... Comment le groupe travaille t'il en studio ?, de quelle manière se répartissent les rôles ? Eric MOSHER ingénieur son aux Warehouse Studios de Vancouver, était là, au plus près du groupe, de Brendan O'Brien et de Mike Fraser. Il a répondu à toutes nos questions avec une gentillesse et une disponibilité rare. Merci à lui et bienvenue en coulisse, en studio avec AC/DC, comme si vous y étiez.


Bonjour, peux-tu te présenter en quelques mots et nous expliquer en quoi consiste ton travail dans un studio ?

Je m'appelle Eric Mosher. Je travaille aux Warehouse Studio de Vancouver en tant qu'ingénieur assistant. Concrètement, mon travail consiste à veiller à ce que tout soit bien en place aussi bien pendant les sessions d'enregistrement ou de mix, qu'aucun pépin technique ou organisationnel ne perturbe le travail des artistes.

En ce qui concerne Black Ice, en quoi ton rôle diffère-t-il de celui de Brendan O'Brian et de Mike Fraser ?

Mon travail quotidien pendant l’enregistrement d’albums, est d'essayer d'anticiper, préparer le matériel, vérifier que les micros sont bien placés et branchés, prendre des notes sur la configuration afin de pouvoir y revenir dans le cas où nous voudrions retrouver un certain son, vérifier que les enregistreurs fonctionnent bien, en gros, faire tout ce que le producteur et l'ingénieur de son ne veulent pas faire (rires). Par exemple, avec Brendan O'Brian et Mike Fraser, mon rôle était d'assurer les transitions entre les chansons ainsi qu’entre les différentes prises et d'assurer certaines modifications techniques très pointues. Si Brendan demandait à Mike d'enregistrer un nouveau son pour le solo d'Angus, je devais m'assurer que tout était bien relié, bien branché, bien réglé, sans perte de temps. Il n'y a rien qui tue plus la spontanéité et la créativité d’un artiste que la lenteur d'un assistant. Bref, moins mon nom est cité durant une session, plus mon travail est bon. Je dois me faire transparent.

Quel sentiment général gardes-tu de l'enregistrement de Black Ice ?

Mon sentiment général ? de la béatitude. La combinaison de tous les talents réunis dans ce même espace était indescriptible. Avec Brendan à la production et Mike au son, l'énergie d'AC/DC a jailli immédiatement. C'était impressionnant. Chaque enregistrement d'album est une nouvelle aventure, avec ses personnalités, ses particularités et à chaque fois, je ne sais jamais vraiment ce à quoi m'attendre quand j'écouterai l'album. Dans le cas d'AC/DC, je suis resté sans voix.

L'enregistrement a duré six semaines. C'est rapide. Les chansons étaient-elles toutes écrites quand le groupe est arrivé en studio ?

Je ne saurais dire si elles étaient complètement terminées avant l'arrivée du groupe. Ce que je sais par contre, c'est que Brendan a créé une atmosphère très productive et personne ne s'est jamais dispersé. Il n'y a jamais eu de moment de flottement ni de lassitude : les pouces croisés sont à proscrire en studio.

Combien de chansons ont été enregistrées ? 15 ou plus ?

À la fin, il y en avait plus de 15 enregistrées, ce qui est très souvent le cas. Je suppose que parfois, certaines chansons, aussi bonnes soient-elles, ne trouvent pas leur place dans la trame d'un album.

Etait-ce la première fois que tu rencontrais AC/DC ? J'imagine que c'est à la fois impressionnant et particulièrement excitant ?

Oui, c'était la première fois que je rencontrais le groupe et c'était assez surréaliste. Nous avions préparé une pièce spéciale dans le studio quand ils sont entrés. Le signal de chaque micro a été savamment testé, les instruments ont été branchés et l’on avait même pris soin de l’ambiance. Quelques présentations entre les protagonistes et le groupe ont été faites et les gars se sont mis derrière leurs instruments. Les tout premiers sons pris par les micros furent quelques blagues suivies d'un bruit de câble heurtant les cordes des guitares alors qu'Angus et Malcolm mettaient leurs casques. Mike Fraser m'a alors donné le go pour mettre en route les enregistreurs et c'est arrivé : une explosion de son. Au-delà de ce que j'aurais pu imaginer. Je n’arrivais pas à croire que ces cinq gars pouvaient faire autant de bruit. Phil est un métronome humain et se moule parfaitement à Malcolm et Cliff. Le groove de ces trois-là est incroyable. Quelques secondes plus tard la guitare d’Angus s'est mise à crier et j'ai regardé autour de la console, et tout ce que j'ai vu : des bouches ouvertes. Mike a fait quelques petits ajustements sur la console puis est venu me voir en disant , “on n’a pas le meilleur job au monde ?!" J'étais estomaqué.

Comment travaille AC/DC en studio ? C'est Angus & Malcolm qui mènent le groupe ?

Ce fût génial de bosser avec eux. Il n'y a jamais d'élévation de voix, de gestion d'ego ou de quelconque pression. Je crois qu’il ne sert à rien de dire que ces gars savent comment enregistrer une chanson. Avant d'enregistrer une chanson, Angus et Malcolm discutent de sa structure avec Phil et Cliff. Brendan s'asseyait avec eux pour donner son point de vue sur la direction à prendre au niveau de la tonalité ou du tempo par exemple. Ensuite, nous enregistrions une première fois. Entre les pauses, c'était toujours une discussion généralisée sur le groove ressenti. Ils savent très vite quand la prise est bonne et ne s'entêtent pas.

Bon Scott déclara que Malcolm était le cerveau du groupe. Est-ce vrai ? Comment définirais-tu la relation entre Angus & Malcolm. Ont-ils chacun leur rôle ?

Malcolm et Angus se galvanisent entre eux. Ils ont tous les deux une motivation qui leur est propre mais les deux réunies, ça devient génial. Si un des deux frères arrive avec un riff et que l'autre accroche, il va automatiquement l'améliorer, le grandir. Par effet boule-de-neige, ça résulte très vite en une rafale de sons. Malcolm et Angus sont évidemment faits du même bois.

AC/DC est une légende du Rock'n'roll mais tout le monde souligne leur gentillesse et leur simplicité. Est-ce vrai ?

C'est très vrai. Il n'y a jamais eu de tension lors de cet enregistrement. Un enregistrement est pourtant propice à pas mal de tensions, mais ces gars-là sont tout en rires. Une autre chose que j'ai apprise en bossant aux Warehouse Studio, c'est que plus ils sont mythiques, plus ils sont gentils. Et l’on fait difficilement plus mythique qu' AC/DC...

D'un point de vue humain, peux-tu différencier AC/DC de tous les autres groupes avec lesquels tu as travaillé ?

Comme expliquée précédemment, l'attitude est beaucoup liée au fait que certains ont des choses à prouver, et d'autres non. L'attitude est liée à l'instabilité. Il est vraiment facile de bosser et de communiquer avec les gens d'AC/DC.

Black Ice est très riche, varié, puissant. Ton avis sur cet album ?

Je pense que Black Ice est un bon album. Bien sûr ce n'est pas vraiment impartial ; j'ai aimé chaque minute que j'ai passé à travailler sur cet album, non seulement pour la musique mais aussi pour ses protagonistes. Tout bien considéré, je pense que Black Ice est très créatif et frais. AC/DC a traversé les décennies sans succomber aux modes. Je pense que Black Ice est rafraîchissant et est un nouvel élément remarquable de leur incroyable discographie.

Angus a récemment déclaré avoir beaucoup aimé travailler avec Brendan O'Brian qu'il a décrit comme un "excellent producteur et un très bon musicien". Selon toi, quelle est l'influence d'O'Brian sur Black Ice ?

Brendan est un producteur fantastique. Il est arrivé à capturer l'essence de chaque chanson en moins de quelques secondes, ce qui a énormément dynamisé l'enregistrement. La productivité et le moral sont toujours restés au top. C'est pourquoi, pour moi, Black Ice est rafraîchissant. Les chansons n'ont jamais été sur travailler. J'ai vu des groupes contempler la structure de leurs chansons à un point dont leurs essences ont totalement disparu. Nous avons tous acheté des albums de groupes qui nous ont particulièrement impressionnés en concert pour ensuite être totalement déçu par leurs albums. Brendan a fait honneur à ce qu'AC/DC est sur scène à travers Black Ice.

Quel est ton top 3 des albums d'AC/DC ?

1- High Voltage : parce que cet album marque les bases de la musique d'AC/DC. C'est avec celui-là que j'ai commencé à apprécier AC/DC et leur style de musique qui n'a jamais trop changé de direction. En plus, je suis un grand fan de Bon Scott.
2- Back in Black : qui contient la majorité de mes chansons préférées d'AC/DC. Si j'avais à faire une compilation d'AC/DC, ça ne serait pas très différent de Back In Black.
3- Black Ice : pour des raisons évidentes, c'est le seul album auquel j'ai participé. C'est un bon album, mais qui résonne encore plus en moi tellement les images défilent dans ma tête lorsque j'entends les chansons. En général, l'odeur est le plus gros vecteur de souvenirs, mais aucune odeur ne pourra me donner autant de souvenir que ceux que j'ai quand j'entends Black Ice... à part peut-être l'odeur de la cigarette...

As-tu un message particulier à passer à www.highwaytoacdc.com ?

Je pense que c'est bien qu'AC/DC ait tant de fans français. Je crois vraiment que la musique a ce côté fédérateur et universel qui rapproche les cultures. Et les sites internet comme highwaytoacdc.com y contribuent certainement.

Interview réalisée par Sydney76 - décembre 2008 -

lire l'interview originale en anglais
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