Interviews & Articles

Philippe Lageat, une passion nommée AC/DC


Chaque décennie voit naître en France des cohortes d'admirateurs d'AC/DC qui suivent le groupe avec fidélité. Parmi ceux-ci, se démarquent les fans ultimes, ceux qui investissent à la fois leur temps et souvent leurs économies dans l'objet de leur passion.
Enfin, certains passent à l'étape supérieure et décident de faire partager leur ferveur au plus grand nombre et de partir prêcher la bonne parole.

C'est ainsi que Philippe Lageat allait tout d'abord concevoir avec d'autres fans enthousiastes le journal Let There Be Light au début des années 90. Ce journal, dont plusieurs numéros sont désormais en ligne sur notre site en exclusivité, allait ravir les fans d'AC/DC par son côté innovateur et surtout par la richesse de ses informations.
Mieux encore, l'initiateur du projet allait par la suite devenir Rédacteur en chef de Hard-Rock Magazine. Les fans savaient que leur magazine favori, dont la ligne rédactionnelle était désormais entre des mains amies, allait les abreuver d'informations inédites sur leur groupe fétiche. Ce fut au-delà de leurs espérances avec la déferlante d'articles à partir de 1995 et pendant les six années qui suivirent.
Devenu ensuite Rédacteur en Chef de Rock-Hard en 2001, Philippe Lageat continue à faire vivre AC/DC dans nos esprits, même par des temps de disette informationnelle comme nous en traversons actuellement.

À travers ces divers media, Philippe a toujours eu à cœur de proposer de l'inédit aux fans d'AC/DC. Rappelons pour mémoire la couverture du tournage du clip "Hard As A Rock", le compte-rendu de la tournée néo-zélandaise en 1996, avec la dernière interview accordée par Malcolm sur le Ballbreaker Tour, le seul entretien accordé par Brian en 1998, la rencontre en exclusivité mondiale avec le groupe en studio en 1999, la tournée japonaise en 2001, mais aussi des interviews de Phil Rudd, Dave Evans, Cliff Williams, Mark Evans, Chris Slade, Simon Wright en plus de celles, plus traditionnelles mais ô combien passionnantes de Angus, Malcolm et Brian.

C'est certain, cet homme a des milliers de souvenirs avec AC/DC que nous brûlions tous de connaître, tout comme son avis sur certains aspects un peu mystérieux de la vie du groupe, ou encore son sentiment sur le présent et le futur de la Young Connection.
C'est avec une extrême gentillesse et disponibilité qu'il a accepté de répondre aux questions de Highwaytoacdc.com avec générosité et nous l’en remercions ici vivement !



PREMIER CONTACT :

Highwaytoacdc : Philippe, on connaît tous ta passion pour AC/DC, mais quand as-tu entendu parler d'eux pour la première fois, et quel est le premier concert auquel tu as pu assister ? Dans les deux cas, qu'as-tu ressenti ?
Philippe Lageat : J’ai découvert AC/DC en 1978 (j’avais alors dix ans), lorsque mon meilleur pote de l’époque, qui s’appelait Fabrice Le Vaillant, m’a fait écouter Powerage, un album que son grand frère lui avait conseillé. Cet ami m’avait déjà initié, peu de temps auparavant, à Queen (album News Of The World), que j’avais adoré, mais j’ai été scié lorsque j’ai écouté AC/DC pour la première fois. Car son rock hard était irrésistible. Comment ne pas taper du pied sur « Gone Shootin’ » ou « Riff Raff » ? Et puis, quelques mois plus tard, l’album a été réédité en France dans un nouveau pressage 10 titres (l’original n’en renfermait que 9), agrémenté du single « Rock’n’Roll Damnation », génial lui aussi. Qui plus est, la pochette de Powerage m’a marqué au fer rouge, au même titre que celles, plus tard, de If You Want Blood et Highway To Hell d’ailleurs (je considère que c’est dans cette période 1977-79 que le groupe a réalisé ses meilleurs artworks). Très rapidement, j’ai donc tenté d’en savoir plus et, au fil de mes lectures et de discussions avec des potes, souvent plus âgés que moi, j’ai découvert un univers à part entière, symbolisé par Angus Young, déguisé en écolier, introverti à la ville et épileptique sur scène. C’était EXACTEMENT l’image que je me faisais du groupe idéal. Ca ne m’a pas quitté depuis…
Quant à mon premier concert, j’aurais dû assister à celui qu’AC/DC a donné à Brest, au Parc de Penfeld, le 22 janvier1980, avec Bon Scott au chant et Ocean en première partie. J’avais mon billet en poche (40 francs, une fortune pour moi à l’époque !!!), mais mes parents, jugeant que j’étais trop jeune, ne m’ont finalement pas donné l’autorisation. Le soir dudit concert, j’ai donc écouté Zégut dans ma chambre, en pleurant à chaudes larmes. Moins d’un mois plus tard, Bon Scott était mort… Et j’ai encore aujourd’hui du mal à m’en remettre : « on s’est ratés de si peu… ». Ce n’est « que » l’année suivante, le 23 janvier 1981, toujours à Brest et au Parc de Penfeld, que j’ai enfin vu le groupe sur scène, sur le Back In Black World Tour. J’y suis allé déguisé en Angus, avec plusieurs potes. Je me souviens que certains puristes, qui voyaient d’un mauvais œil le succès « grand public » dont AC/DC commençait à faire l’objet, nous ont sifflés. Mes souvenirs ? La cloche sur « Hells Bells », Brian Johnson (avec son fameux tee-shirt rouge) qui fait l’effort de parler en français, Angus à donf’ qui passe dans la foule (8 000 spectateurs) à quelques mètres de moi… Et sa chemise, trempée, qu’un vigile me tend pendant le concert et que je ramène chez moi comme un trophée. Je l’ai toujours d’ailleurs… Jusque-là, j’étais amoureux (le film LET THERE BE ROCK que j’avais vu au cinoche quelques jours plus tôt m’avait déjà traumatisé), mais dès que ce concert s’est achevé, j’ai compris que j’étais devenu un « accro » et qu’AC/DC allait prendre une part importante de ma vie.



LE DEPART DU « GRAND FRERE » :

Highwaytoacdc : Le 19 février prochain, cela fera 26 ans que Bon Scott nous a quitté, et il restera sans doute une icône du monde du Rock. Comment as-tu appris et vécu son décès ?
Philippe Lageat : Il n’y avait pas Internet à l’époque, et les news mettaient généralement un certain temps à nous parvenir, par l’intermédiaire, essentiellement, de la presse papier, des magazines Best et Rock & Folk. Mais là, le hasard a voulu que j’écoute la radio WRTL (en grandes ondes) le 20 ou le 21 février 1980 au soir et soudain, Francis Zégut a annoncé que Bon Scott venait d’être retrouvé mort à Londres. Ayant, comme je l’expliquais précédemment, raté le chanteur à Brest un mois plus tôt, j’ai cru que j’allais tomber raide ! Mon jeune frère, qui partageait ma chambre avec moi et me charriait souvent sur l’amour que je portais à AC/DC, a compris et s’est tu immédiatement. Alors, je me suis mis à pleurer. Comme un tas de jeunes au même moment. Plus tard, la nouvelle m’a été confirmée par les magazines et même quelques quotidiens comme France Soir. Une sale période, définitivement…

Highwaytoacdc : Bon Scott brûlait sa vie par les deux bouts. D'après toi, le groupe aurait-il connu une telle longévité s'il avait survécu ?
Philippe Lageat : Je ne suis pas voyant extralucide… Et je trouve ce débat stérile. On peut toujours avancer ci ou ça, qui peut dire précisément où en serait AC/DC aujourd’hui ? Par contre, une chose est sûre, la mort accidentelle de Bon a, paradoxalement, permis au groupe de devenir culte et de rallier à lui les « hardos » du monde entier. En mourant, Bon a, bien malgré lui, propulsé AC/DC dans la cour des très grands. N’oublions pas cependant que la qualité intrinsèque de Back In Black fût également au rendez-vous et que, sans cela, Bon ou pas Bon, la Young Connection aurait probablement sombré corps et âme.



L’ARRIVEE DU NOUVEAU :

Highwaytoacdc : Qu'as-tu pensé du choix des frères Young sur le choix de Brian, succédant à Bon Scott (le type de voix de Brian, sa personnalité) ? D'après toi, le « successeur » était-il à la hauteur ? Sur disque, en live …
Philippe Lageat : J’ai un immense respect pour le choix des frangins Young. Si j’ai été surpris par le caractère vraiment aigu de la voix de Brian et que j’ai parfois tiqué en l’entendant reprendre certains titres de « l’ère Bon Scott » sur scène (particulièrement lors de mon premier concert à Brest, puisque c’est là que j’ai découvert ce que valait le bonhomme en live), il n’en demeure pas moins que j’ai rapidement adopté Back In Black, l’album, et que « Jonna » m’a séduit par sa simplicité, sa modestie et son humour. Le fait d’avoir choisi un quasi-inconnu et non une vraie star a été l’idée de génie de Malcolm et Angus. Et si l’on regarde bien, Brian est aujourd’hui, sur scène, le principal moteur du groupe, car Angus bouge dix fois moins qu’avant.

Highwaytoacdc : À qui aurais-tu pensé toi-même pour lui succéder ? Ou peut-être aurais-tu souhaité toi-même que le groupe en reste là ?
Philippe Lageat : Que le groupe en reste là ??? Non, certainement pas ! C’est dans l’adversité qu’on reconnaît les « GRANDS ». Par contre, il est vrai que j’aurais bien vu un Angry Anderson (Rose Tattoo) rejoindre AC/DC : Australien de souche, pote du groupe et de Bon Scott, poète au grand sens de l’humour, voix très personnelle, expérience, gouaille, look, charisme, extrême gentillesse et, très important, taille sde lilliputien, Angry avait tout pour lui. Sans compter qu’il avait déjà « jammé » à de nombreuses reprises avec les « Boys »… J’aurais payé cher pour voir ça, ne serait-ce qu’une fois…



DU ROCK-BLUES AU HEAVY METAL :

Highwaytoacdc : Suite à l'arrivée de Brian, le groupe accède au statut de superstar. Mais toi, as-tu apprécié l'évolution artistique qu'ils ont suivie ? Passer du Rock-Blues de Powerage au Heavy-Metal de For Those About To Rock… D’ailleurs, si on veut coller des étiquettes, quand on voit l'ensemble de leur carrière, AC/DC c'est du Rock ou du Hard-Rock ?
Philippe Lageat : Question très pertinente ! En effet, peu nombreux sont ceux qui ont noté cette vraie différence, ce passage du rock/blues au hard rock, voire au heavy metal. Ce fut pourtant bien le cas. Certes, Back In Black m’a surpris (le temps de me faire à la voix de Brian, mais aussi à ce registre plus « led zeppelinien », plus « clichesque » dans les aigus), mais For Those About To Rock m’a vraiment décontenancé. J’adore ce disque (que j’ai payé 41 francs à l’époque), mais il serait faux de nier qu’il marque les premiers pas d’AC/DC en territoire heavy metal, de par sa production, monstrueuse, « larger than life », et certaines de ses compos, lourdes et mid-tempos. Avec le recul, je comprends mieux aujourd’hui que certains aient pu tiquer à l’époque. Flick Of The Swith et Fly On The Wall ont d’ailleurs poursuivi dans cette voie (qu’est-ce que « Rising Power », « Danger » et « Nervous Shakedown » sinon du heavy ?).
Quant à savoir si AC/DC est rock ou hard/rock, il est probablement un peu des deux. Pour couper court, j’aime à dire qu’AC/DC fait du « rock hard ». Vu le titre de la parution dont je suis aujourd’hui rédacteur en chef, ça me va très bien comme ça… ;-)))



BAISSE DE REGIME EN FRANCE :

Highwaytoacdc : Suite à la tornade Back In Black et au succès commercial de For Those About To Rock, c'est le passage à vide… Les années 83 à 88… Surtout en France d'ailleurs. Y avait-il une lassitude chez les membres du groupe d'après toi, un manque d'inspiration, ou un besoin de vacances ?
Philippe Lageat : Je pense qu’il y avait un peu de tout ça, comme l’ont d’ailleurs démontré les déboires qui ont conduit au renvoi de Phil Rudd. Pression extrême, cadence infernale, décès de Bon, etc., renvoi de Mutt Lange, tout cela a fini par nuire au groupe qui, ce n’est pas un sacrilège que de le penser, a quand même sorti de moins bons albums (même s’ils restaient au- dessus du lot) à partir de 1985 que dans les années 70 et au début des 80’s. AC/DC est devenu une grosse machine et a perdu de sa naïveté, c’est certain. Et puis, on ne peut pas sortir un ou deux albums par an pendant sept ans consécutifs sans connaître, à un moment donné, un creux de la vague.

sHighwaytoacdc : Il est d'ailleurs amusant de constater que le mal accueilli Flick Of The Switch est cité maintenant par les « puristes » comme un album essentiel… Qu’en penses-tu ?
Philippe Lageat : J’ai toujours eu un faible pour ce disque mal-aimé, y compris pour sa pochette généralement décriée, même par les fans actuels. Car il ne renferme pas vraiment de mauvais moments. Il s’est fait descendre à l’époque pour deux raisons :
1 - en France, on aime bien cracher sur nos idoles d’hier, ce qu’ont fait certains mags ou fans lassés de voir AC/DC truster les premières places des référendums et les couvertures.
2 – il faut toutefois « comprendre » que certains fans de la première heure aient pu être déçus. Bon était un sacré personnage, le groupe – on l’a dit – est passé, sans prévenir, du rock bluesy au heavy metal, et puis en concert, il suffit d’écouter les bootlegs pour s’en persuader, chaque show de Bon était différent du précédent. Une plus grande part était alors laissée à l’improvisation.
Reste que plusieurs critiques ont poussé le bouchon trop loin, allant jusqu’à insulter le pauvre Brian Johnson qui n’en demandait pas temps. Après tout, ce n’est pas lui qui avait laissé Bon Scott dormir dans une bagnole en plein hiver…
Mais, pour revenir à la question de base, je ne suis pas surpris que Flick… soit aujourd’hui réhabilité. Un bon album reste un bon album, même s’il faut parfois un certain temps pour s’en rendre compte.

Highwaytoacdc : Le groupe ne nous a pas rendu visite en 1986. À ton avis, c'était fait exprès ou le Palais des Sports n'était pas effectivement libre comme avait déclaré le groupe à l'époque ?
Philippe Lageat : Je ne suis pas sûr de la réponse à 100%, mais je pense sincèrement qu’AC/DC, déçu et marqué dans son orgueil par le semi-échec de Bercy en 1984, a volontairement évité la France deux ans plus tard, histoire de marquer le coup. Il faut savoir que les frères Young sont rancuniers, ont une mémoire d’éléphant, et s’arrangent toujours pour « sanctionner » ceux qui leur manquent de respect. Vu que le groupe ne jouait pas tous les jours sur sa tournée de 1984, je reste intimement persuadé qu’il aurait facilement trouvé une salle parisienne libre s’il l’avait souhaité, Palais des Sports ou pas. Non, non, il s’agit bien d’une petite vengeance…

Highwaytoacdc : Ta perception de la « traversée du désert » entre 1983 et 1988 ?
Philippe Lageat : Sur le moment, une période très difficile à vivre pour les fans jusqu’au-boutistes comme moi. J’en ai vu des « potes » lâcher ce groupe qu’ils avaient adoré pour se rabattre sur de nouveaux talents (Metallica, entre autres). Du jour au lendemain, nous sommes devenus des « has-been ». Enfer Magazine a bien orchestré cette campagne de démolition. Sur le coup, je leur en ai énormément voulu, mais avec le recul, je me dis qu’ils ont simplement défendu l’avis d’un de leurs journalistes (grand fan d’AC/DC déçu par Flick Of The Switch), qui s’était fait chahuter par certains lecteurs et auquel le mag a voulu montrer son soutien. Reste qu’être fan d’AC/DC entre 1983 et 1988 n’était pas ce qu’il y avait de plus « glamour ». Cela a au moins eu le mérite d’écrémer : seuls les « vrais » fans se sont alors retrouvés et, paradoxalement, je garde un souvenir ému de cette période où nous étions peu nombreux à organiser la « résistance » contre vents et marées (il n’y avait pas de frimeurs au Zénith en 1988, juste les derniers fidèles). Pour cette raison, j’ai eu la larme à l’œil en pénétrant dans le Stade de France en 2001 : 75 000 personnes pour le premier concert de hard au SDF !!! Nous tenions enfin notre revanche ! Et « Ride On » aidant, Dieu sait si elle a été belle !!!

Highwaytoacdc : Mi-89, une rumeur a circulé comme quoi Brian Johnson était sur la sellette et serait éjecté s’il ne se « reprenait » pas dans son chant et dans son attitude ? Tu y crois ?
Philippe Lageat : Des rumeurs sur le départ de Brian, j’en ai entendu des centaines, et pas qu’en 1989. Des conneries, rien de plus. Il faut dire que le groupe est si discret qu’il peut être tentant d’imaginer ci et ça. Non, en 1989, Brian a traversé une sale passe avec sa femme et n’a donc pu se pencher sur Razors Edge comme il l’aurait souhaité. Point barre…



LE RETOUR DES MONSTRES :

Highwaytoacdc : Les années '90 voient l'accession d'AC/DC au statut de monstre à tous les sens du terme. Bercy complet des mois à l'avance, troisième Donington, Vincennes … Pourtant The Razors Edge n'était pas une merveille. Comment expliques-tu ce nouvel engouement ? As-tu d'autres exemples de come-back aussi forts ?
Philippe Lageat : Comment expliquer ce nouvel engouement ? Franchement, je n’en sais rien…S’il y avait une recette magique, tous les managers du monde l’adopteraient dans la seconde ! Disons que tout est cyclique et qu’en 1990, une nouvelle génération de fans a découvert le groupe. Et puis, il y a eu les clips, surtout celui de « Thunderstruck », les années MTV en France, et le fait que Razors Edge soit plus commercial au niveau prod’ que Blow Up Your Video. Ce retour en grâce s’explique aussi par le fait que certains fans de la première heure sont devenus journalistes par la suite et ont donc écrit des tas de choses positives sur le groupe (votre serviteur en est un exemple). Tout cela a contribué à redorer, petit à petit, le blason d’AC/DC.



UNE SETLIST IMMUABLE :

Highwaytoacdc : Durant les années 96 – 2000, AC/DC devient « intouchable ». Pour Ballbreaker, ils réalisent la plus belle tournée française du groupe depuis 1980, modifiant enfin la sempiternelle setlist. C'est d'ailleurs une question récurrente chez les fans. Pourquoi ne changent-ils pas la set-list axées très 70’s et début 80’s ?
Philippe Lageat : Il faut savoir que les changements de setlist opérés sur le Ballbreaker Tour furent dus aux innombrables demandes que certains fans proches du groupe (deux Anglais, un Allemand, un Suisse, deux Français dont votre serviteur) ont faites au fil des ans. Exemple : la setlist du second Bercy 1996 a légèrement évolué par rapport à celle du show de la veille dans la même salle. Pourquoi ? Parce que nous avons passé, Emmanuel Ledroit, Carl Allen et moi-même, trois heures dans l’après-midi à discuter avec Malcolm qui nous avait invités à le rejoindre à son hôtel et que nous lui avons expressément demandé de nous faire une petite surprise, en l’occurrence, de jouer « Hail Caesar ». Ce qui a finalement été fait en dernière minute à la grande surprise du staff. Il y a eu d’autres exemples du style (« Sin City » à Madrid 2000, etc.).
La setlist est bien évidemment axée 70’s parce que la plupart des classiques du groupe datent de cette période. Il est vrai qu’elle n’évolue pas très souvent, mais on ne peut nier que les Boys ont fait des efforts en ce sens ces dernières années. Très franchement, je croyais ne jamais plus entendre « What Do You Do For Money Honey », « Gone Shootin’ », « If You Want Blood », « Up To My Neck In You » en live. Et que dire de « Ride On ». Maintenant, j’aimerais voir AC/DC piocher un peu dans les délaissés Blow Up.., For Those, Fly et Flick qui renferment, eux aussi, leur lot de pépites.



UN MOMENT HISTORIQUE :

Highwaytoacdc : L'histoire d'amour entre AC/DC et la France culmine au Stade de France en 2001. Comment as-tu vécu ce moment historique ? Et le groupe ?
Philippe Lageat : Je l’ai déjà mentionné, ce concert reste l’un des plus importants que j’ai pu voir. Car c’est un symbole très fort, et une victoire en soi. Le plus grand concert hard français de tous les temps ! Ce n’est pas rien… Superbe météo qui plus est ! LE PANARD !!! Le groupe, Malcolm me l’a confié quelques jours plus tard, ne s’attendait pas à une telle réussite, et a regretté, même s’il ne le dit qu’à mi-mot, de s’être concentré sur Münich et non Paris en vue de la sortie du DVD Stiff Upper Lip Live.

Highwaytoacdc : As-tu eu la chance de voir la vidéo filmée par Canal + du Stade de France à la demande de Malcolm ? Si oui, est-elle vraiment à la hauteur de ce moment d’anthologie et, surtout, est-ce que nous aurons la chance qu’elle soit enfin distribuée un jour ?
Philippe Lageat : Oui, j’ai eu la chance de voir cette vidéo qui a été réalisée à la demande de Malcolm Young. Qui en garde, d’ailleurs, bien précieusement un exemplaire chez lui. L’événement a été filmé à sept ou huit caméras il me semble, par l’équipe qui avait filmée Johnny Hallyday au Stade de France. Le montage est vraiment sympa et retraduit, à mon avis, bien mieux que le show de Münich, la communion entre le groupe et ses fans. Et voir les musiciens porter le maillot de l’équipe de France est un régal ! Je suis particulièrement heureux que ce passage ait été ainsi immortalisé. Il n’est malheureusement pas prévu que ce concert soit distribué un jour. Enfin, aux dernières nouvelles. Maintenant, peut être peut-on s’attendre à en voir figurer certains extraits sur un prochain DVD compilation… Croisons les doigts !



UNE LEGENDE BIEN DISCRETE…

Highwaytoacdc : 2003 : Hall Of Fame, partage de la scène avec les Stones, AC/DC devient une « légende ». L'occasion de sortir THE album. Mais cinq années s'écoulent désormais entre chaque album depuis 1990 … alors que le groupe était si prolifique dans les 70’s et début 80’s. D’après toi, quelles sont les raisons de ces délais à rallonge ?
Philippe Lageat : La réponse me semble évidente : l’âge. Nos amis n’ont plus 20 ans et n’ont ni la forme physique pour enchaîner les tournées, ni l’envie de remettre le couvert trop souvent. Je pense, en sus, que, cette fois-ci, le changement de label (de EastWest à Sony), des problèmes de producteurs, et quelques menus soucis de santé font traîner les choses davantage encore. Pour moi, Sony, qui a dépensé une fortune pour récupérer le groupe à son catalogue, se montre particulièrement exigeant et veut un album studio énorme. Pas juste bon, comme Ballbreaker ou Stiff Upper Lip, qui étaient bons, certes, mais pas de GRANDS disques comme Let There Be Rock, Powerage, Highway To Hell ou Back In Black (Vos plus jeunes visiteurs ne seront probablement pas d’accord, mais ce serait mentir que de nier cet état de faits).



ET MAINTENANT ?

Highwaytoacdc : AC/DC est bien plus près de la fin de sa carrière que du début… D’après toi, est-ce que le groupe continuera d’exister dans la mémoire des générations futures pour devenir un incontournable groupe de légende ?
Philippe Lageat : Oui bien sûr, quelle question ! A l’instar des Stones, la musique d’AC/DC est intemporelle !

Highwaytoacdc : En matière de Rock et de groupe d‘envergure tel qu’AC/DC, la relève est-elle vraiment là ?
Philippe Lageat : Non, malheureusement. En matière de pur rock, ce sont toujours les « vieux » qui tiennent le haut du pavé. J’en profite néanmoins pour saluer les efforts de combos plus que sympathiques comme Nashville Pussy, Green Dollar Colour, voire même Danko Jones, qui sont bien dans l’esprit. Ceci étant dit, il n’y a et il n’y aura jamais qu’un seul AC/DC. Souvent copié, jamais égalé…



LA QUESTION QUI TUE !

Highwaytoacdc : Avant de mettre un terme à cet entretien, la « question qui tue » ! … roulement de tambours … Philippe, d'après toi, Bon Scott est-il l'auteur d'une partie des lyrics de l'album Back In Black ?
Philippe Lageat : Décidément, voilà une question très à la mode, revenue en force ces dernières années avec la parution du bouquin de Clinton Walker et des mags anglais comme Classic Rock qui a, tout récemment, cherché à brasser un peu la merde (un journaliste comme Malcolm Dome, qui a écrit un bouquin sur AC/DC truffé d’erreurs, me semble ne pas aussi bien connaître le groupe qu’il le prétend…). Je vais donc me contenter de vous donner mon sentiment profond. 99% des textes de BIB me semblent être l’œuvre de Brian. Mais j’ai toujours pensé que les paroles de « You Shook Me All Night Long », avec certains jeux de mots et certains doubles sens pas piqués des vers, avaient été écrits par Bon Scott. Ces lyrics ressemblent trop, stylistiquement, à celles de « Touch Too Much ». Ce n’est là que mon avis, mais je pense que le groupe a conservé quelques phrases ou idées de Bon, à partir desquelles Brian a brodé. Ce titre pourrait donc être un mix des deux chanteurs. Je le répète, il ne s’agit là que d’une hypothèse ou, mieux, d’un truc que je sens en moi.



DIS PHILIPPE…

Highwaytoacdc : Aujourd'hui, quel serait ton meilleur souvenir avec AC/DC ou un de ses membres ?
Philippe Lageat : Vaste question. Ils sont très nombreux. Je dirais, en vrac, le tournage du clip de « Hard As A Rock » au premier rang, mon premier concert en 1981, ma première rencontre avec le groupe le 05.04.1988, le show du Zénith de 1988, le Stade de France 2001, une soirée arrosée au pub avec Brian, deux jours passés en studio durant l’enregistrement de Stiff UpperLip, aller en stop de Bretagne à Donington en 1991, le soundcheck de l’Hammersmith Odeon 2003 au premier rang, le groupe m’invitant dans sa loge pour me dire « au revoir » sur le Ballbreaker Tour US, les trois gigs de Madrid 1996 (cadre sublime, soleil, super ambiance…), mes interviews diverses et variées avec Angus, Malcolm, Brian, Phil Rudd, Cliff Williams, Mark Evans, George Young, Chris Slade, Simon Wright, Stevie Young, etc. Mais aussi plus de 130 concerts aux quatre coins du monde (Japon, Nouvelle Zélande, Ecosse, USA, etc.), AC/DC donnant deux concerts devant moi et deux potes dans une salle déserte de St Petersburg (USA) alors qu’il répétait pour le Ballbreaker Tour, voir du pit au photographe Angus et Mal jammer avec les Stones à Hockenheim 2003, trois heures passées à discuter de Bon Scott avec Malcolm Young, voir Angus faire son solo sur la passerelle élévatrice à moins de 50 centimètres à Lyon, Aberdeen et Francfort 1996, divers aftershows mémorables, etc. Enfin, jamais je n’oublierai Angus et Malcolm acceptant de modifier leur planning et de se lever plus tôt pour accorder une interview impromptue à votre serviteur et André Cadiou pour le fanzine Let There Be Light en 1992 (alors que je n’étais pas journaliste). Sans parler de tous les fans que j’ai rencontrés au fil de mes voyages.

Highwaytoacdc : Inversement, ton plus mauvais souvenir…ou ton plus grand regret !
Philippe Lageat : Avoir, je l’ai déjà dit, raté Bon Scott de « si peu ».

Highwaytoacdc : Sans AC/DC, est-ce que tu ferais ton métier actuel ?
Philippe Lageat : Très vraisemblablement pas ! Hard Rock Mag m’a en effet embauché en 1995 alors que je leur proposais une interview exclusive de Chris Slade (et après avoir jeté un œil sur mon fanzine Let There Be Light). Sincèrement, ce groupe m’a permis de réaliser bon nombre de rêves que je pensais inaccessibles. MERCI A LUI !!!

Highwaytoacdc : Et pour finir, un mot pour Highwaytoacdc.com et ses visiteurs ?
Philippe Lageat : Merci de m’avoir convié à m’exprimer sur ce sujet qui me tient tant à cœur. J’espère simplement que mes divers articles pour Let There Be Light, Juke-Box, Up!, Hard Rock et Rock Hard ont permis à certains d’entre vous de découvrir plus en profondeur ce groupe extraordinaire qu’est AC/DC (comme Michel Embareck ou Thierry Châtain l’ont fait en leur temps avec moi). Ce serait là une énorme récompense !!! Comptez sur Rock Hard pour en faire des tonnes dès que le clan Young bougera le petit doigt !

Au nom de tous les visiteurs d' H2ACDC, merci Phil pour ta disponibilité !
Ce fut un plaisir ! Bonne continuation !


propos recueillis le 6 février 2006 par Yop1025 et Judge Dan pour Highwaytoacdc.com


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