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Interview de Malcolm sur le site US KNAC.COM lors de la sortie de l’album « Stiff upper lip »

Cela fait vingt ans que Bon Scott est décédé après avoir trop bu, étouffé dans ses vomissures à l'arrière d'une voiture en stationnement en Angleterre. Baroudeur qui arborait des tatouages quand ils étaient encore l'apanage des marins, motards et autres repris de justice, le chanteur d'AC/DC n'était qu'à un album de la consécration mondiale avec la sortie en 79 du désormais classique Highway to hell.

Au lieu de cela, le charismatique hurleur en jeans délavés et serrés abandonna alors sa place de chanteur à Brian Johnson, un autre dingue dont la voix faisait passer Rod Stewart pour un chanteur d'opéra. Avec Johnson à bord, et en affrontant l'adversité, AC/DC sortit en 80 l'album Back in black et consolida alors sa place du plus influent et durable acteur du hard rock de tout les temps. Ce retour tenait tout du miracle.

Bien que les vertus des deux chanteurs soient alors discutées âprement par leurs fans, l'héritage AC/DC ne sera jamais mis en question. Depuis les premières pièces maîtresses High voltage, Let there be rock et Powerage jusqu'aux dernières bombes comme Back in black, For those about to rock et The razor's edge, AC/DC reçoit les innombrables marques de reconnaissance de la part de chaque Métalleux, Hard rocker ou Punk qui écoute la musique à fond.

Stiff upper lip, leur dernier album, contient beaucoup de voix profondes, de cinglants solos de guitare, et d'accents blues qui sont la marque de fabrique du groupe. Produit par Georges Young (frère des guitaristes Angus et Malcolm Young), Stiff upper lip porte le même esprit et la même énergie que les premiers albums d'AC/DC qu'il a également produit.

Avec leur toujours fidèle bassiste Cliff Williams et leur batteur Phil Rudd, AC/DC sort l'artillerie lourde pour un autre long voyage sur l'autoroute de l'enfer. Avec son accent australien éraillé par la clope, le maître guitariste rythmique Malcolm Young nous a parlé au téléphone des mauvais coups du passé, de sa nouvelle tempérance vis à vis de l'alcool ainsi que de l'importance de rester fièrement dressé devant le monde impitoyable du show business.

Knac : AC/DC a été critiqué et encensé en même temps pour jouer la même musique depuis presque 30 ans. Pourquoi la grande majorité des groupes change ou évolue, et pourquoi AC/DC n'est pas tenté de faire comme eux ?
Malcolm :
Les groupes changent pour rester dans le coup. J'ai parlé à beaucoup d'entre eux et ils sont vraiment rock'n'roll, mais les gars des maisons de disques leur mettent la pression pour qu'ils sonnent à la mode. Pour être juste, (pour suivre la mode) leur seul essai. Surtout les jeunes groupes. Nous sommes chanceux d'avoir un public qui nous supporte et des fans, aussi nous réussissons à éviter cela. En plus, nous sommes cinq durs à cuire et nous nous défendons bien.

Knac : Votre frère Georges est revenu pour produire Stiff upper lip après avoir produit les classiques des années 70 tels que High voltage, Let there be rock, If you want blood (you've got it) et Powerage. Pourquoi avoir mis si longtemps avant de retravailler avec lui?
Malcolm :
Après Powerage, nous étions un peu à court d'inspiration avec Georges. Il était le premier à dire que nous devions trouver un autre producteur. Nous avons dit que nous étions très heureux et que nous voulions continuer avec lui, mais il a dit qu'il faudrait qu'on aille voir ailleurs. Nous avons cherché et avons trouvé "Mutt" Lange qui n'avait pas fait grand chose à l'époque ("Mutt" a depuis lancé les carrières de Def leppard et de Shania Twain son épouse). Nous avons collaboré ensemble pendant quelques albums, mais à ce moment sont arrivés tous ces groupes pop-rock comme Def leppard. Ca me dégoûtait, toutes ces vidéos à plusieurs millions de dollars, et ces images aseptisées. A l'époque nous ne voulions pas faire ce genre de vidéos. Aussi, nous avons rappelé Georges pour l'album Blow up your video. C'est comme un membre du groupe, il pense comme nous.

Knac : Est-ce que c'était comme autrefois de bosser avec lui sur Stiff upper lip ?
Malcolm :
Nous voulions retrouver notre bon vieux son. Moi et Angus savions tout les deux qui attendait des chansons comme ça et c'était Georges. Il veut de la passion et de la performance. Il s'en fout de la technologie. Il dit toujours : si t'as une chanson de merde et un bon son, ta merde sonnera super bien (rires).

Knac : N'y a-t-il pas eu un moment ou vous êtes devenu jaloux qu'Angus devienne le personnage central du groupe ?
Malcolm :
Angus est une star, pas de doute à ce sujet. Ca n'enlève rien à Brian et à Bon, mais comment pouvez vous être en compétition avec "ça" (rires) ? J'ai toujours été heureux de boire des coups et de jouer de la guitare rythmique. J'ai trouvé ma place dans le groupe. Il n'y a jamais eu de star dans le groupe quand nous ne sommes pas sur scène et c'est tout à l'honneur d'Angus de ne pas avoir chopé la grosse tête. Nous nous inquiétons néanmoins pour lui sur scène quand nous le voyons agir comme il le fait (rires).

Knac : Vous avez quitté le groupe une seule fois pour une courte période pendant le Blow up your video tour. Quelle en était la raison ?
Malcolm :
Je suis parti car je buvais tellement que j'étais toujours saoul. Ca m'est tombé dessus au bout de 13, 14 ans. Tu ne manges pas correctement et je sentais que j'avais perdu ma place dans le groupe. J'ai voulu sortir de ce piège dans lequel j'étais tombé, et ne pas le faire seul. Nous n'avions pas Phil avec nous à cette époque, nous avions Simon Wright et je n'étais pas à l'aise avec ça. En fait j'étais usé, parce que nous étions des buveurs non-stop. Quand tu commences à être ébranlé comme ça, tu as besoin d'aide. J'ai pensé à aller voir un docteur, mais la plupart des docteurs ont eux-même des problèmes de boisson (rires). Je pensais que j'étais seul, mais j'ai rejoint alors les Alcooliques Anonymes. J'ai loupé quatre mois de la tournée.

Knac : Ce n'est pas votre cousin Stevie Young des Starfighters qui vous a remplacé ?
Malcolm :
Oui. Il a cinq ans de moins que moi. Quand nous sommes venus d'Australie en Angleterre, il a répété avec nous. Quand j'ai voulu me désintoxiquer, moi et Angus nous sommes dit : "Que penses tu de Steevie pour me remplacer?" Il jouait déjà et était pas mal bon. Ca a du être un déchirement pour lui quand je suis revenu (rires).

Knac : A propos d'alcool, ça a causé la perte de Bon. C'est vous qui avez prévenu ses parents?
Malcolm :
Oui. Nous pensions que quelqu'un du groupe devait le faire, car toute la presse britannique en parlait. C'était assez dur car nous venions juste d'apprendre la nouvelle, mais quand tu dois annoncer la mort de quelqu'un à ses parents, tu ne souhaites à personne d'autre ce genre de chose. Nous avions d'abord pensé qu'un responsable de la maison de disque le ferait, quelqu'un d'un peu plus âgé, mais nous avons décidé que ce serait mieux si cela venait du groupe car les Scott connaissaient le groupe.

Knac : Parlez nous du coté doux de Bon.
Malcolm :
Même dans les premières semaines quand il a rejoint le groupe et que personne ne connaissait notre nom, nous avons traversé en voiture environ 3000 Km à travers le désert australien pour faire un concert, et nos pneus étaient à plat et le radiateur rendait l'âme, aussi nous avons poussé la voiture jusqu'a un garage au milieu de nulle part, et le gars qui travaillait là a lancé : Hey ! Bon Scott ! Tout le monde le connaît, c'est juste un gars que tout le monde adore. Il aimait aussi lire et écrire. Derrière le sauvage se cachait un parfait gentleman.

Knac : Est-ce que ce fut dur de réaliser que vous aviez atteint ce succès astronomique avec Back in black, alors que votre ami et chanteur fondateur n'était plus là pour vivre ça ?
Malcolm :
C'était dur. Surtout pour Brian qui avait une immense tâche d'assurer la relève. Il disait qu'il ne pourrait pas écrire des textes avec la même finesse. Mais le succès lui a vraiment fait sentir qu'il était un membre du groupe à part entière. Il était inquiet, mais nous savions qu'il assurerait. Nous sentions qu'il en avait les moyens. Quelques chansons avaient été écrites backstage pendant la tournée highway to hell, aussi Bon a au moins entendu certaines de ces chansons.

Knac : Brian a fait un super boulot comme successeur. Qu'est-ce qui, en plus de sa voix et de ses capacités musicales, vous l'a fait choisir comme nouveau chanteur?
Malcolm :
Il sort de la classe ouvrière comme nous. Nous avons tous quitté l'école vers 15 ou 16 ans, nous étions tous apprentis Brian était parachutiste dans l'armée pendant un certain temps donc nous savions que c'était un solide gaillard. C'est un gars ouvert. Il pourrait aller boire une bière avec vous à l'instant. Il est comme Bon, un gars qu'on adore.

Knac : En regardant votre production passée, quel album est votre meilleur souvenir et lequel est le pire ?
Malcolm :
Eh bien, je mentirais si je disais que Back in black n'était pas le pire, parce que nous avions beaucoup de pression avec la mort de Bon et les doutes de la maison de disque sur la façon dont nous allions nous sortir de là. Le meilleur souvenir était Powerage. Georges notre producteur était au sommet de sa forme. Nous avons juste fait la fête et rocké tout le long de cet album. Je ne veux pas dire qu'on s'est amusé comme des imbéciles, mais on a simplement sorti les chansons si rapidement. Nous étions en studio de 22 heures à 7h du matin. Je me souviens que Bon avait dégotté des danseuses qui l'ont vraiment inspiré pour les textes (rires).

Knac : Que s'est-il passé avec l'absence de Phil pendant quelques années et son retour pour la tournée Ballbreaker ?
Malcolm :
Il a commencé à déconner plus tôt que je ne l'ai fait. Pas vraiment sur l'alcool, mais il abusait des drogues et il a pété les plombs. Pour être honnête, nous étions sur la route depuis six ans après la fin de la tournée Highway to hell avec juste assez de temps entre pour pouvoir enregistrer. Ca a fait beaucoup de tort à Bon et aussi à Phil. Il n'avait jamais assez de temps pour se reposer. Il était évident qu'il n'avait plus le coeur à ça. Nous avons eu une petite dispute pour être honnête, mais ce n'était rien d'important. Il est parti vivre en Nouvelle-Zélande et quand nous avons tourné dans le coin nous lui avons demandé s'il était intéressé pour rejoindre le groupe. " Evidemment ! J'attends ça depuis trois ans." C'était bon d'être à nouveau au grand complet. Il n'y a pas de fainéants dans ce groupe.

 

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