Interviews

Phil Sutcliffe, Auteur du livre "High Voltage Rock'n'roll : The Ultimate Illustrated History" ( Septembre 2010 ), pour H2ACDC.COM

Highwaytoacdc a interviewé Phil Sutcliffe, auteur du livre "High Voltage Rock'n'roll : The Ultimate Illustrated History" qui sort ce mois-ci. Une interview brute de décoffrage d'un auteur franc du collier qui nous en dit un peu plus sur son projet, le groupe et le monde du rock. Le regard expérimenté d'un journaliste à la vision singulière au service d'un livre passionnant, richement documenté et plein de caractère.


Quand avez-vous découvert AC/DC?
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Il y a longtemps, quand j'étais journaliste dans la musique. En me penchant dans la rédaction de ce livre, mon papier le plus ancien que j'ai pu retrouver au sujet d'AC/DC était un article que j'ai écrit pour Sounds, paru le 28 Août 1976. Pour les lecteurs les plus jeunes d'Highwaytoacdc.com, Sounds était un hebdomadaire musical basé à Londres. C'était l'un des plus importants parmi les cinq six qu'il y avait à l'époque... imaginez...! Je faisais alors partie de l'équipe de rédaction avant de la quitter par amour pour la femme avec laquelle je suis toujours marié aujourd'hui. Je n'arrive pas à me rappeler si le concert que je décrivais dans l'article était le premier que je voyais du groupe. J'ai en mémoire de les avoir vus au Nashville (Londres) un peu avant mais je peux me tromper. (ndlr: c'est fort possible, AC/DC ayant joué au Nashville en avril, mai et juin 1976) Dans cet article, j'écrivais que c'était leur troisième passage en tant que groupe résident du lundi soir au Marquee Club (l'ancien, Wardour Street), mais en écrivant le livre, je me suis rendu compte qu'il s'agissait en fait de leur deuxième, le 2 Août. Bon, il faut dire que tout cela commence tout de même à dater ! Je m'y suis déplacé après avoir entendu leur premier album, "High Voltage" et l'avoir critiqué dans Sounds. Je me souviens très bien de cette soirée en revanche. Il faisait extrêmement chaud, 76 étant l'un des étés les plus chauds que j'ai pu connaître dans ma vie. Nous étions près de mille entassés dans le Marquee, devant probablement le meilleur groupe de scène que nous ayons tous jamais vu. Il faisait une telle chaleur que la condensation de notre transpiration nous retombait dessus du plafond. J'espère avoir bien rendu cette ambiance dans mon article dans Sounds et aujourd'hui dans le livre. AC/DC, c'était tellement direct, en plein dans la face. J'avais déjà 28/29 ans quand ils ont débarqué en Grande-Bretagne. J'avais grandi avec les Beatles et les Stones. Le premier concert de ma vie fut celui des Stones à Stevenage Locarno en 1963. J'adorais le pur R&B, ses bases, et AC/DC avait ça. Ils ont toujours gardé ce feeling là dans leur Rock'n'roll. Pour moi, années après années, il était primordial qu'ils restent éloignés du métal et de ne jamais délaisser leurs racines rock. Et c'est ce qu'ils ont fait.

Qu'est-ce qui vous a décidé à vous lancer dans ce projet de livre sur AC/DC ?

Des raisons professionnelles, principalement. "Voyageur", ma maison d'édition, m'a demandé de travailler là-dessus car ils étaient plutôt contents du travail que j'avais fait, dans le même concept, sur Queen. Compte tenu du contexte économique et du sujet à traiter, je ne pouvais simplement pas refuser !

518R-2euUbL._SS500_.jpgQu'est-ce qui rend votre livre différent des autres existants sur AC/DC ?

Tout d'abord, l'aspect illustré comme indiqué dans le titre. J'ai parcouru énormément de livres sur AC/DC et je pense que mon approche est unique en son genre. La maison d'édition "Voyageur" m'a permis de faire du bon boulot en mettant les moyens nécessaires pour avoir un bon rendu en termes de qualité de photos, d'inédits, de formats etc... c'est pourquoi le livre est assez cher, mais il offre clairement quelque chose de spécial en plus. Ensuite, la multiplication des différents points de vue voulus par "Voyageur". Ainsi, de nombreux critiques ou autres prennent part au livre, lui donnant un côté hétéroclite. Dans un sens, je suis assez gêné de ne voir que mon nom sur la couverture..
Dans le genre "mots uniquement" les livres de Engleheart & Durieux et de Clinton Walker sont deux bibles incontournables mais en aucun cas nous avons essayé de les copier ou de rentrer en compétition avec eux, nous avons essayé de faire quelque chose de différent.

Quels sont les messages que vous avez voulu faire passer sur le groupe à travers votre livre ?

Bien que j'ai dû énormément condenser mon écrit car je n'avais droit qu'à trente mille mots, j'ai essayé d'être le plus pertinent possible (bien qu'il y ait souvent plusieurs interprétations de la vérité dans l'histoire d'AC/DC) et d'avoir rendu quelque chose qui illustrait au mieux leurs personnalités, de montrer que bien qu'ayant mené une carrière avec énormément de conviction et de fermeté, ils ne sont pas pour autant dénués de sentiments, et totalement imperméables à tout ce que la vie de Rockers peut faire endurer. Par exemple, comme tout observateur d'AC/DC, je ne suis jamais vraiment parvenu à percer les secrets de la personnalité de Malcolm, et il était intéressant de remonter le fil de son alcoolisme et de sa guérison, incroyable de conviction. Ce passé compte aussi forcément dans l'excellence de son jeu, dans son perfectionnisme et sa rigueur faisant de lui probablement le plus grand guitariste rythmique de l'histoire du rock. Dans chacune des histoires des grands groupes de musique, il y a des moments clés, certains chez AC/DC sont explicables, d'autres sont liés à la force des choses, d'autres ne sont simplement pas explicables mais restent très intriguants. Et cela nourrit la passion des fans pour le groupe.



Avez-vous rencontré ou parlé à beaucoup de personnes de l'entourage du groupe pour écrire ce livre ?

Seulement des personnes de leur entourage de la fin des années 70 quand j'ai écrit pour la première fois à leur sujet dans Sounds. Les trente mille mots que j'ai écrit pour ce livre (la moitié de ce qu'il contient en totalité) proviennent des différentes sources que j'ai été ben mesure de retrouver (livres, magazines, sites internet). C'est la colonne vertébrale du livre à laquelle viennent s'imbriquer les photos.

Certains grands noms du journalisme ont participé à votre livre : cela fût-il facile de les convaincre ?

Ce fût génial d'avoir leur participation mais je n'ai pas vraiment de réponse à cette question. Tout cela a été organisé par Dennis, l'éditeur. Mais je ne pense pas qu'il ait eu de problème particulier. Déjà, parce qu'énormément de journalistes musicaux aiment AC/DC, ensuite, parce que "Voyageur"paye bien.. (désolé d'être terre-à-terre, mais aussi sympathique que c'est d'écrire sur la musique, la majeure partie des journalistes le font aussi pour pouvoir manger...), et enfin, parce Dennis a une bonne éthique du métier.

Pendant les années soixante-dix, vous avez donc écrit un article sur AC/DC dans Sounds. Parlez-nous de cette époque.

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C'est une question assez vaste. Concernant AC/DC, je me souviens les avoir interviewés à leur appartement de Londres, de manière très informelle. Il était quatre heure de l'après-midi et ils venaient de se lever, ils étaient de bonne humeur et faisaient beaucoup de blagues. Bon était là, la soeur de leur manager me donnait l'impression de les "materner" dans cet appartement que je pourrais qualifier de… collocation typique de garçons…. Ce genre de contacts informels comme celui-ci est je pense quasi impossible aujourd'hui. J'étais un jeune journaliste qui rencontrait un jeune groupe de musique. Ils parlaient énormément de femmes et d'alcool, mais Angus était, au milieu de tout ça, un petit bout d'innocence, buveur de thé. Je les ai rencontrés de nouveau un an après bachotage au Newcastle Mayfair. Toujours aussi sympathiques, à discuter de tout et de rien. Je me souviens très bien du sourire espiègle de Bon. C'est sans doute la dernière fois que je les ai vus. C'est assez difficile de bien se rappeler, tout cela ne sont que des Flashs dans ma mémoire. Je me souviens également d'une rencontre au Holiday Inn, Swiss Cottage à Londres où j'ai rencontré pour la première fois celle qui allait devenir la femme d'Angus. C'est du moins ce que j'ai pu lire dans un de mes articles car je ne me souviens pas du tout d'elle. Cela ne m'étonne pas du tout qu'ils soient encore ensemble. Angus a un sens de l'engagement incroyable. Ca vaut pour son groupe, pour sa guitare, et pour tout ce qui touche à sa vie privée j'imagine.

Quand vous entendez le mot AC/DC, est-ce que cela vous rappelle un moment particulier?

Probablement l'histoire derrière Whole Lotta Rosie. Bien qu'Angus et Bon m'en aient dit deux ou trois versions différentes à la fin des années 70. Cette histoire m'éclate à chaque fois. La première fois qu'ils me l'ont racontée, la chanson n'était même pas écrite et Bon appelait alors Rosie "Big Bertha". L'un des grands talents de Bon était de savoir également se moquer de lui. Et c'est le cas dans Whole Lotta Rosie. Après tout... ils étaient consentants... alors... pas de problème non ?



Après 35 ans de carrière, qu'est-ce qu'AC/DC représente pour vous dans l'histoire du Rock'n'roll ?

Du bon temps, et une grande dévotion au rock'n'roll. Ils ont gardé la foi, leurs fondamentaux. La seule chose peut-être.. c'est que je trouve que le costume d'écolier a fait son temps. Je suis sûr que les fans n'en auraient pas tenu rigueur à Angus s'il l'avait délaissé de temps en temps.



On imagine que vous avez assisté à pas mal de concerts du groupe au fil des ans. Quel est votre regard sur l'évolution de la carrière live d'AC/DC, de la période Bon Scott au gigantisme du Black Ice tour en passant par les premiers pas de Brian et la période plus délicate des années 80 ?

En vérité, je ne les ai plus trop revus depuis la fin des années 70. Il semble qu'il n'aient pas beaucoup changé par rapport à l'époque où je les avais vus sur scène et j'ai toujours adoré leurs attitudes sur scène. La grosse cloche et la locomotive correspond plus à l'échelle des grands stades, disons qu'ils s'adaptent. Ce qui me frappe c'est que j'ai l'impression qu'ils ne sont jamais dans un mauvais soir. Aller les voir, c'est la garantie d'en avoir pour son argent, que ce soit pour 50 centimes de livre sterling comme à l'époque ou pour 50 aujourd'hui. Pour moi, on atteindra jamais l'électricité qu'il pouvait y avoir au Marquee en 76 mais vous savez, je suis un peu un vieux c… maintenant, à chacun de se faire son opinion.

Bon Scott était un sacré numéro. L'avez-vous rencontré ? Quels traits de sa personnalité vous reviennent en mémoire ?

Bon était quelqu'un de très convivial, ce que tout le monde dit est vrai. J'ai toujours adoré parler avec lui, pas seulement parce qu'il avait beaucoup d'humour et qu'il me considérait avec respect même si je suis quelqu'un de très direct. En conduisant mes recherches pour écrire ce livre, j'ai découvert une face cachée assez noire concernant Bon. Mais je ne parviens pas à me rappeler si j'ai ressenti de la mélancolie ou de la tristesse chez lui lors de nos rencontres. Peut-être suis-je un peu influencé par mes lectures à son sujet. Pour moi Bon vivait au jour le jour, et était prêt à faire face à tout ce qui faisait obstacle à ce qu'il voulait vraiment : prendre du plaisir et le partager. Je n'ai jamais rencontré Brian mais il a l'air d'être un parfait compagnon de route, au grand coeur et quelqu'un sur lequel on peut compter. Ses trente années au sein du groupe en est la meilleure preuve surtout quand on sait dans quelles conditions il a rejoint le groupe.



Le Black Ice tour s'est achevé il y a quelques mois. Que pensez-vous de celui-ci ?

Je n'ai assisté à aucun concert de cette tournée. Mais j'ai regardé les vidéos.. et ça m'a l'air plus que bien. Un sacré retour après cette longue absence. J'ai admiré cela à distance, c'est l'histoire d'un groupe qui, attendu au tournant, une fois de plus, ne déçoit pas ses fans. S'ils repartent sur la route, j'aimerais les voir. Amenez les moi à Glastonbury, samedi soir tiens...

Avez-vous un message particulier pour highwaytoacdc.com et ses membres ?

J'ai crédité votre site comme source d'informations dans mon livre donc je vous remercie déjà d'un point de vue journalistique. Mais le plus important : le rock'n'roll a deux coeurs : les artistes et les fans. L'enthousiasme dont font preuve les gens qui maintiennent la flamme via des sites comme le vôtre vaut de l'or. C'est bon pour les artistes, c'est bon pour les autres fans qui peuvent y attraper le virus. C'est un peu bateau... mais je crois vraiment que la musique tire le meilleur d'entre nous. La passion, l'excitation, les sourires, les rencontres, et highwaytoacdc.com y contribue.

Longue vie à vous.. !

Phil

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