Interviews

Georges Amann, photographe (Juillet 2010), pour H2ACDC.com

ITINERAIRE D'UN ENFANT DU ROCK

Georges Amann nous a accordé une interview exclusive dans laquelle il revient sur son impressionnante carrière de photographe, sa collaboration avec AC/DC et son actualité.

Bercé, dès sa plus tendre enfance, par les symphonies de Beethoven, les chansons de Brassens, Brel, Ferré et... Chuck Berry, Georges Amann découvre, avec exaltation, le rock anglais des 60's (Beatles, Who, Kinks, Stones, Animals), puis le rock psychédélique californien (Jefferson Airplane, The Doors, Janis Joplin et Jimi Hendrix). Les magazines musicaux et photographiques deviennent très vite ses livres de chevet dans lesquels il se délecte, avec bonheur, et envie, des photos de Jean-Pierre Leloir, Richard Avedon, Robert Doisneau, Jean-Loup Sieff, Raymond Depardon et Willy Ronis.

C'est le 2 avril 1973, après le concert mémorable de Led Zeppelin à Saint-Ouen, qu'il décide d'allier ses 2 passions : le Rock et la Photographie. Son initiation, en free-lance, débute en 1975, comme photographe exclusif du spectacle "Faust Salpétrière" de Klaus-Michael Grüber (Schaubühne de Berlin), et du Festival d'Automne de Théâtre de Paris (1975-1976) : s'en suivent ses premières parutions et ses premiers press-books pour comédiens.

Parallèlement au théâtre, jusqu'en 1980, les anciens Abattoirs de La Villette et le Théâtre du Palace deviennent ses lieux de prédilection où il immortalise, sans pass-photos, les grands noms du rock de l'époque... Il collabore par la suite à "Rock en Stock" et "Libération" et participe en 1984 à la création du mensuel "HARD-ROCK MAGAZINE" en temps que photographe-journaliste, tout en collaborant à d'autres magazines musicaux (Batteur Magazine, Blah-Blah {le mensuel gratuit de la FNAC, Guitaristes, Guitares et Claviers, Metal Hammer....).

Fin 1997, les musiciens d'AC/DC (son groupe fétiche !) choisissent une de ses photos pour la "front-cover" de leur coffret "Bonfire" : cela reste sa plus grande fierté à ce jour, dixit Georges himself. Led Zeppelin, Motörhead, les Stones, Kiss, Bob Dylan, Thin Lizzy, The Who, Franck Zappa, Aerosmith, Peter Gabriel, Queen, Iggy Pop, Alice Cooper, Metallica, Van Halen, Ozzy... bien peu auront échappé à son objectif.

Merci à toi Georges, ton talent n'a d'égal que ta gentillesse.



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Bonjour Georges, et merci d’accorder un peu de ton temps à H2ACDC.COM !

Tout le plaisir est pour moi.

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Comment as-tu débarqué dans le milieu de la musique ?

J’adore la musique depuis que je suis en culottes courtes. J’écoutais tous les groupes anglais, le british blues boom, Clapton, Hendrix, les groupes de San Fransisco. J’ai pris tout cela en plein gueule. Et j’étais, déjà, attiré par la photo. Et ce n’est pas un poisson d’avril, c’est à ce fameux concert de Led Zeppelin, à Saint-Ouen, le 1er avril 1973 (Palais des Sports de l'Ile des Vannes (St Ouen), ça été le flash. Je me suis dit, j’adore la musique, j’adore le rock et la photo, pourquoi pas lier tout cela ?

J’ai débuté comme assistant photographe, j’ai aussi bossé dans le milieu du théâtre, on est pas loin du rock avec tout ce qu’il comporte, justement, de théâtralité, et petit à petit j’ai fait mon trou. J’étais un assidu des concerts au Pavillon de Paris, dans la foule à l’époque, je n’avais pas de pass, mais au moins je pouvais faire tout le concert, et puis le Palace, Rock en stock, et pas mal de piges à Libé.

Et batteur magazine, Rock’n Folk, Hard Rock magazine…

Ah oui, à Hard Rock magazine, on était 3 ou 4 à l’époque, pour le premier numéro. James Petit, Jean-Pierre Sabouret, Jean-Do Bernard et moi. Des années après, cela fait plaisir de savoir que tant de gens prenaient du plaisir à nous lire chaque mois. C’était pareil pour moi, quand jeune, je découvrais Rock’n Folk en kiosque, avec Jean-Pierre Leloir, Jean-Marie Perrier. Pas d’Internet à l’époque, les infos, c’était dans les magazines.

Et ta première rencontre avec AC/DC ?

Sur le tard. Aux Monsters of rock, en 1991, à Copenhague. On avait sorti un spécial AC/DC avec Jean-Pierre Sabouret. De tous les gens que j’ai rencontré, et dieu sait que j’en ai rencontré, Angus c’est vraiment le gars le plus simple, le plus cool de la terre. Un mec immense par le talent. A ces fameux Monsters of rock donc, après avoir shooté AC/DC durant les 3 premiers morceaux, je suis retourné voir le concert, et surprise, Ellen, l’épouse d’Angus, est venue s’asseoir à côté de moi. Nous avons passé tout le concert ensemble, et de la voir ainsi fière de son diablotin sur scène, c’était quelque chose, un super souvenir.

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Raconte nous le Pavillon 79.

Ce jour là, le 9 décembre 1979, AC/DC tournait ce qui allait devenir « Let there be rock, the movie ». Il n’y avait donc aucun photographe attitré, pas de pass photo pour la fosse. On était soit dans la foule, soit au niveau des gradins. Avec le télé-objectif. Je n’ai photographié que le premier show, celui de l’après-midi. Avec Bon Scott. Respect total pour Brian, mais Bon il avait un truc en plus, c’est un grand, comme Robert Plant. Un mec irremplaçable.

AC/DC, un choc à la fois visuel et musical !

Oui, et aussi un des groupes les plus difficiles à photographier. Capter Angus, c’est un challenge, un vrai. Il y a du tri à faire (rires), avec pas mal de photos floues. Mais celles qui sont réussies, elles transpirent la sueur, le mouvement. J’ai eu la chance de les photographier de nouveau à Bercy, en 91, et un peu plus tard à l’Hippodrome de Vincennes.

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Et en 1997, sort le coffret Bonfire…

Oui, et ça, crois moi, c’est toute une histoire. Un incendie a ravagé mon domicile en 1997. Heureusement, la grande partie de mes archives se trouvait à Paris. Et en particulier un rouleau de 36 poses du concert de 79 à Paris. Arnaud Durieux m’a appelé et m’a informé que l’une de mes photos plaisait beaucoup au groupe. Elle était parue d’ailleurs dans le spécial AC/DC dont j’ai déjà parlé. Il fallait que je prouve que ce cliché était bien de moi, alors j’ai carrément envoyé la planche contact. Ironie du sort, cette photo avait été léchée par les flammes, et en portait encore des traces. Quand le groupe m’a fait savoir que le coffret allait s’appeler « Bonfire », j’y ai vu un sacré clin d’œil… Mais je n’étais pas le seul sur les rangs, nous étions cinq en lice dans le monde. Le groupe voulait Angus sur les épaules de Bon. Tu as vu le film, la scène ne dure pas longtemps, je n’ai réalisé que deux photos à l’époque d’ailleurs. Et ma photo a été choisie, parce que le groupe a jugé que c’est là que Bon était le plus expressif.

Tes photos captent parfaitement AC/DC, et l’énergie qui se dégage du groupe.

C’est un compliment qui me va droit au cœur. Et pourtant, ce n’est pas le groupe que j’ai le plus photographié. Dans mon expo à venir, j’ai tenu à ce qu'y figure celle d’Angus perché sur les épaules du roadie. En 60 par 80. Et c’est vrai qu’il se dégage un truc…

Question classique, quel est ton album préféré d’AC/DC ?

Mon album préféré d’AC/DC, c’est un album qui s’appelle « l’intégral ». Je suis en train de faire mon choix des morceaux pour l’expo, et je pioche dans tous les disques du groupe.

Avec le recul, pour toi qui les a vu à la fin des années 70, pensais-tu qu’AC/DC allait devenir si énorme ?

Question judicieuse ! (rires). C’était ma grande envie. Malgré les coups durs, une courte baisse de régime, c’est aujourd’hui le plus grand groupe de rock du monde en activité. Et de loin. Voir 80.000 fans avec le smile, sans baston, tous à chanter, et bien, il y en a beaucoup qui devraient en prendre de la graine. Et puis ce sont des gars humbles, ils n’ont pas le melon, alors qu’ils pourraient vraiment l’avoir. Respect.

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Quelles sont au fil du temps les séances photos qui laissent chez toi un souvenir marquant ?

Ah, difficile de ne pas évoquer Motörhead. Une complicité longue de dix ans. De toute façon, il y a 3 groupes qui me donnent la patate, systématiquement. Led Zep, Motörhead et AC/DC. Les séances photos avec la bande à Lemmy, c’était toujours fun et très rock’n roll ! Aerosmith aussi, Perry et Tyler, deux grands bonhommes. Et puis Led Zep, évidemment. Nous ne sommes pas nombreux en France à avoir eu la chance de les photographier. C’était grand. Deux heures de concerts, deux heures de folie, avec à un billet payé à l’époque 30 francs (rires). Je veux saluer aussi Alice Cooper, qui depuis toujours laisse les photographes travailler pendant tout son concert, et pas seulement sur les trois premiers morceaux. Résultat aujourd’hui, avec cette contrainte, tout le monde réalise les mêmes clichés ou presque. A l’époque, pas de numérique non plus. Il y avait cette adrénaline, et cette part de mystère quand on développait. Cela nous faisait passer des week-end horribles, on se demandait si on avait réussi la session photos…



Quels sont donc les points communs entre le rock et la photographie ?acdc_1.jpg

L’émotion d’abord. C’est un tout. Le rock est immortel, c’est l’histoire aussi. Regarde aujourd’hui, on est en plein vintage, pas de nouveaux groupes qui se profilent à l’horizon. Et c’est un peu dommage. Il n’y a pas vraiment de groupes qui me boostent autant que ceux que j’ai cité…

Et jamais de photoshop !

Ah non jamais. Pour l’expo, on veillera à ce que les tirages soient nickels, c’est tout. Mais, non, c’est du live, du brut, de la sueur et du mouvement.

Georges, il y a bien une fois où tu as maudit le fait d’être dépourvu d’appareil photo ?!

Oh oui ! Un jour de 1988, me voilà parti à Minneapolis pour couvrir un concert de Kiss. L’après-midi, la maison de disque propose à ceux que cela intéresse d’aller visiter les fameux studios de Prince à Paisley Park. On visite donc, on assiste aux répétitions des musiciens présents et soudain, forcément, qui débarque ? Prince. Avec deux superbes femmes à son bras d’ailleurs. Et no picture. T’as les boules. T’es heureux d’être là, de vivre le truc, mais bon, les boules quand même.

De quel talent, de quelles qualités doit on faire preuve pour être photographe ?

Ah, déjà de la patience. Et puis aimer, vivre la musique. J’ai croisé des photographes que je ne nommerai pas qui faisaient cela comme ça…quoi. Moi, j’étais un passionné. A chaque fois que je le pouvais, je choisissais mes groupes, et plus j’aimais le groupe, plus je sentais ce qui se passait, ce qui se dégageait, et plus mes photos étaient réussies, en rendant l’énergie dégagée. Il est fortement conseillé aussi de parler anglais…
Et relever le challenge, celui qui se joue au milieu de plusieurs photographes, sortir LE cliché, et convaincre le lecteur que tu es le seul à l’avoir capté. Cela me rappelle David Lee Roth à Donington, il fallait être là, donner le meilleur de soi. Et supporter les mottes de terre, les bouteilles remplies d’urine. On entend souvent « Vous êtes bien dans votre fosse ». Oui, si on veut, parce que l’on se prend tout dans la gueule… (rires).

Tu es installé depuis 18 ans dans le bassin de Marennes-Oléron, où tu photographies La Seudre, le plus petit fleuve d'Europe, et où tu jettes un regard insolite et personnel, sur cet univers d'anciens marais salants, et de cabanes ostréicoles....

C’est vrai, j’habite dans un petit village de 4500 habitants, où j’ai retrouvé des fans de rock de tout poil, de 15 à 60 balais. Et puis il y a plein de musiciens, j’y ai longtemps croisé l’ancien bassiste de Trust. J’en ai profité aussi pour scanner mes photos rock, cela m’a pris un an, j’en ai près de 20.000... Et j’en ai sélectionné une quarantaine pour mon expo.

Justement, parle-nous de cette expo photo qui se tiendra à Paris du 7 octobre au 15 novembre 2010 (Galerie le Pictorium)

Et bien, c’est grâce à Facebook. J’ai mis en ligne un certain nombre de portfolio et cette galerie a flashé sur mes photos. Le patron du Pictorium est venu me rendre visite et il est reparti les yeux en kaléidoscope (rires). Nous avons convenu de travailler ensemble, et la galerie va me servir de producteur en somme. L’expo va tourner, en France et à l’étranger, et je prépare un coffret d’art pour l’expo de 12 clichés de guitaristes de légende des seventies. Ils y seront presque tous, à part Hendrix, que je n’ai pas eu la chance de photographier… Hendrix fait partie avec Janis Joplin et les Doors des héros des seventies partis trop tôt que je n’ai pas eu la chance de croiser. Pour revenir à l’expo, et c’est un grande satisfaction pour moi, le partenariat avec OUÏ FM s’est fait très naturellement.

Cette expo couvre quelle période ?

1973- 1992, de Led Zeppelin à Nirvana, avec Kurt Cobain. Mon dernier concert comme photographe.

Georges, un message à la communauté d’H2ACDC.COM ?

Hé bien, j'espère que quand ils auront bientôt 60 ans comme moi... ils écouteront toujours AC/DC.

PS : L'exposition "Rock 'N' Roll Vibrations" par Georges Amann se tiendra du 7 octobre au 24 novembre 2010 à la Galerie le Pictorium, 12 rue du Moulin Joly, 75011 Paris, en partenariat avec Ouï FM, dans le cadre du Mois de la Photo-OFF. C'est un hommage émouvant aux Légendes du Rock des 70's et des 80's. Cette balade rétrospective, de Led Zeppelin à Nirvana, restitue la fougue et l'énergie bouillonnante de ces musiciens qui ont bâti l'Histoire de cette musique. Pour cette occasion, la sueur, l'émotion et les guitares volubiles se retrouvent sur des scènes mythiques, aux 4 coins de la Planète....Rock.



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