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Article de l'Express 1980 (N°1534 du 29.11.1980 au 05.12.1980)

Voici un intéressant article extrait du magazine l'Express, alors que le groupe en plein Back in Black Tour vient de triompher 6 soirs de suite à Londres, à l'Hammersmith puis au Victoria Apollo, et que les boys s'apprêtent à jouer au Bourget les 29 et 30 Novembre. La terminologie employée en dit long sur la perception du phénomène AC/DC à l'époque, des fans du groupe, et au delà du mouvement hard rock...

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acdc_1980_bourget.jpg "Plus ils font du bruit, meilleur c'est. On vient uniquement les écouter pour s'éclater la tête". Il a 16 ans, son litre de bière à la main, un blouson en jean constellé de badges : Zeppelin, Status Quo, Kiss, Van Halen, et bien sûr AC/DC. Anglais, chômeur, fan de football et de heavy metal, comme les trois mille autres spectateurs de ce concert AC/DC donné à l'Odeon Hammersmith de Londres. Le fan type de hard rock, les élucubrations du Pink Floyd il s'en moque. Les sucreries de McCartney il laisse à sa soeur et le jazz rock à son oncle. Lui, ce qu'il demande à la rock music, c'est de l'abrutir à coups de décibels et de riffs ultra simplistes. Boum, radaboum, radaboum, boum. British phénomène, ce serait trop simple.

Le hard rock fait des ravages dans le monde entier. Malgré les moues de la rock critique, le silence des radios, l'oubli des médias. Alors qu'aujourd'hui toutes les forme du rock'n roll battent de l'aile et tournent en rond, le maelstrom heavy metal, lui, fait chavirer les cœurs des middle class de 14 à 18 ans. Ça fait du monde.


On attend quarante mille mômes ce week end au Bourget, pour les deux concerts d'AC/DC organisés par W-RTL, et le cap du million d'albums vendus en France vient d'être dépassé.

AC/DC, traduisez "courant alternatif / courant continu" ou bien "à voile et à vapeur", ce qui n'est pas le cas, arrive d'Australie. Il a ce que les autres hard rockers n'ont pas ou peu : l'humour et le sens de la dérision. A la tête de cet ensemble frénétique, deux frères : Malcolm Young 27 ans et Angus, 21. Angus, c'est la star du groupe. Petit, maigre, moche, il a lâché l'école à 13 ans pour entrer dans le groupe de son frère. De ses études, il n'a conservé que la tenue de collégien : casquette genre Eton, blazer noir et culotte courte. On ne résiste pas à la drôlerie un peu terrifiante de ce clown qui arpente la scène comme un épileptique en tirant de sa guitare les stridences et les cadences les plus folles. Au fond, Angus est en concert ce lycéen teigneux, insolent et chahuteur qu'un jour ou l'autre nous avons tous rêvé d'être. Là se trouve l'explication du succès d'AC/DC et des autres ensembles du hard rock : cette musique est avant tout prétexte à défoulement, à crier sa rébellion.

Pourtant, avant de réussir à imposer son rock lourd, AC/DC aura galéré de longues années sur les routes du monde, y perdant au passage son chanteur, Bon Scott, mort à 34 ans d’avoir brûlé sa vie à l’alcool. Brian « Jonna » Johnson l’a remplacé, et le groupe parcourt actuellement les deux hémisphères pour assurer la promotion de son septième album, « Back in Black » (de retour, mais en deuil). Et partout, les gosses font la fête à AC/DC.