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Interview de Jesse Fink, auteur de "The Youngs : The Brothers Who Built AC/DC"

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Bonjour Jesse,

Quand et comment avez-vous découvert AC/DC ?

J'ai 40 ans et j'écoute AC/DC depuis que je suis adolescent. J'ai grandi à Balmain (Sydney), à quelques encablures de la maison de Malcolm Young. J'écoutais alors AC/DC, les Easybeats, Rose Tattoo, Hoodoo Gurus, INXS, Divinyls ou Midnight Oil. Ma mère a eu une petite "aventure" avec Stevie Wright à l'arrière d'une voiture… à ses débuts avec les Easybeats. Elle s'est toujours vantée de cette histoire et c'est ainsi que je me suis plongé dans la musique de Stevie Wright, George Young, Harry Vanda et plus tard AC/DC.
Mais je n'ai jamais vraiment été un fan d'un groupe en particulier jusqu'à ce que je divorce de ma désormais ex-femme. A cette époque j'étais rédacteur pour un réseau de télé australien et mon monde s'est un peu écroulé avec cette séparation. Un soir de bonne grosse déprime, j'ai lancé Powerage et j'ai eu une sorte de révélation avec Gimme A Bullet. Les paroles semblaient avoir été écrites pour moi et ce soir là j'ai vraiment compris ce que Bon voulait dire "She hit me low" (elle m'a mis plus bas que tout). Ma relation avec AC/DC venait de changer. La musique d'AC/DC n'est pas juste de la bonne musique. C'est une musique qui nourrit, comme une drogue. Ca vous rend heureux, vous donne un sentiment de force. J'écoute AC/DC tous les jours, absolument tous les jours. Whole Lotta Rosie, Back In Black, Highway to Hell ou It's a Long Way To The Top ne sonnent jamais pareil dans mes oreilles.
Cependant, aujourd'hui en 2013.. on peut je crois dire qu'AC/DC est devenu plus lucratif que travailleur...

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Pourquoi avez-vous décidé d'écrire un livre sur AC/DC ?

Trois raisons. Tout d'abord, parce que j'en avais envie ! Je suis écrivain, c'est ce que je fais de mieux. Je cherchais un nouveau sujet d'écriture. Mon premier livre était sur la coupe du monde FIFA et l'engagement de l'Australie vis à vis de l'Asie via le football. Le second était un mémoire sur l'impact du sexe dans les relations. Mais qui ne voudrait pas écrire sur AC/DC ? c'est le plus grand groupe du monde. Pourquoi le sont-il? Comment y sont-ils parvenus? C'était le point de départ.
Deuxièmement, assez bizarrement, peu de choses ont été écrites sur la musique d'AC/DC et sur les trois frères Young qui sont des personnes très secrètes. J'ai choisi 11 chansons des frères Young de 1968 à 1990. Mon livre est plus une analyse et une critique plutôt qu'une biographie chronologique et linéaire. J'ai beaucoup étudié leurs chansons et j'ai interviewé pas mal de protagonistes. Je suis donc parvenu à récolter pas mal d'histoires inédites, anecdotes etc.. J'ai pas mal poussé mes recherches et malgré le fait que je voulais pas, au départ, écrire une biographie, il y a quelques éléments biographiques à l'intérieur du livre par la force des choses.
Troisièmement, aussi prétentieusement que cela puisse paraitre, je pense que le monde avait besoin d'un nouveau livre sur le groupe. Beaucoup ont été publié avant et pour moi, deux sortent du lot. Celui de Mark Evans: Dirty Deeds et celui de Clinton Walker's: Highway to Hell. Le livre de Mark est parfois très poignant, touchant. Il n'a pas eu peur de montrer sa vulnérabilité et ses sentiments. Cela a dû être très dur pour lui d'être viré du groupe alors qu'il n'avait pas vraiment fait d'erreur et de faire ce que le groupe est devenu sans lui. Celui de Clinton est bien écrit, il est fourni et est sûrement le meilleur du lot. Mais il n'a vraiment pas été aidé et il a été difficile pour lui d'accéder au groupe et à leur entourage. Je tire mon chapeau à Clinton. Il a fait vraiment du bon boulot bien avant que l'internet soit là et rendre l'information plus facile d'accès.
Mais tous les Biographes du groupe comme Murray Engleheart, Mick Wall, Joe Bonomo ou Phil Suttcliffe ont fait du bon boulot. J'admire tous ceux qui ont contribué à l'histoire d'AC/DC. Cela englobe également tous les fans qui sont à l'affut, tous les jours, des choses inédites: tickets de concert, posters, affiches, anecdotes, vidéos etc.. et ils sont nombreux dans le monde. Ils le font parce qu'ils aiment le groupe, et pour moi c'est pareil. C'est un travail d'amoureux et un effort collaboratif. Je vois mon livre comme une pierre à cet édifice. Ce que mon livre apporte de plus est qu'il montre qu'il y a tellement de choses encore non explorées sur l'histoire de ce groupe, tellement de choses à découvrir encore.. Ma volonté était d'explorer cette face cachée là et de tordre le coup à quelques idées fausses.

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Est-ce un gros défis d'écrire sur l'alchimie entre les trois frères ?

Je ne suis pas un musicien. Je suis un auteur. Je ne prétends ni savoir ni comprendre tout de leur musique et de tout ce qui sort de leurs guitares. C'est pourquoi j'ai cherché des témoignages de gens ayant cette connaissance là et ayant travaillé avec eux. Parmi eux, des musiciens renommés, des ingénieurs du son, des producteurs. Pour essayer de comprendre le secret de cette alchimie.
Ce qu'il en ressort c'est que cette alchimie, symbiose, synergie, peu importe comment vous l'appelez est enracinée dans la famille et ne peut provenir que d'une proximité physique et sociale et d'une exposition à certaines musiques les ayant influencé ensemble. Et ce n'est pas seulement leur famille qui a émigré mais c'est aussi toute une mentalité glaswegienne qui les as suivi en Australie. AC/DC est un business tout autant qu'un groupe de Rock.
Alors, oui, c'était un réel défis. Surtout quand on sait à l'avance que le groupe et son management direct ne va pas collaborer. Au final, c'est pas plus mal. Il y a énormément de gens autour d'AC/DC qui veulent avoir leur mot à dire. Et j'en ai eu plus que ce que je pouvais espérer.

En quoi le rôle de George fût-il crucial ?

Quelqu'un de très bien placé dans l'entourage du groupe m'a dit que George était tout simplement "le PDG supervisant l'ensemble du réseau de structures responsable de l'optimisation des revenus de la famille Young".
Il est mouillé dans toutes les décisions prises par le groupe depuis 1973. Musicalement, fraternellement, et comme partenaire commercial. De source sûre, je sais que depuis assez récemment, qu'il n'est plus sentimentalement et intimement impliqué dans le groupe mais en ce qui concerne les décisions à prendre, les directions vers lesquelles et même musicalement parlant, Angus et Malcolm le consultent toujours. C'est très écossais. C'est le grand frère, point barre.
Vous pouvez sentir George dans tout ce que fait AC/DC. Prenez les rifts de “Sorry”, “Good Times” ou “St Louis” des Easybeats il y a une continuité indéniable avec la musique d'AC/DC que beaucoup de medias australiens n'ont jamais noté. Dans son livre "Why AC/DC matters" Anthony Bozza dit que la seule chanson d'AC/DC ayant un quelconque lien avec les Easybeats est Friday on my Mind. N'importe quoi… Les Australiens ayant grandi avec les deux groupes n'ont aucun mal à voir le lien entre les deux. Stevie Wright le dit lui même dans son livre "je suis heureux qu'AC/DC ait repris le boulot là où nous l'avions laissé". Les deux groupes sont inexorablement liés. Le rôle de George est fondamental dans le succès d'AC/DC. Autant que celui de Malcolm et Angus. Et c'est un personnage assez fascinant, mystérieux..

Quelles ont été vos sources ?

Une vingtaine de personnes importantes dans l'histoire du groupe. Beaucoup n'ayant jamais été interviewé jusqu'à maintenant. Des managers, des représentants de maisons de disque, des promoteurs, des DJ, des musiciens, des producteurs, des ingénieurs. D'Australie, des Etats-Unis et d'ailleurs. Parmi eux, Tony Platt, Terry Manning, Shel Talmy, David Thoener, Jimmy Douglass, Mark Opitz, Matt Sorum, Ken Casey, Mike Fraser, Barry Diament, Phil Carson, David Glew, Jim Delehant, David Krebs, Steve Leber et d'autres. Je n'aurais pas pu le faire sans eux. Jerry Greenberg, président d'Atlantic Records quand AC/DC était chez eux m'a été d'une aide très précieuse. Il m'a ouvert de nombreuses portes.

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Pouvez-vous nous donner un avant goût de ce que l'on va pouvoir retrouver dans votre livre ?

Je ne peux pas trop en dire avant que le livre soit publié mais il y a des choses qui ont été jamais écrites ni révélées sur le groupe et leurs chansons. J'ai mis à mal certaines idées reçues et donné plus de crédibilité à certaines personnes qui auraient dû être reconnues de par leurs contributions dans les premières années. Mais ce livre a été écrit avec respect et affection. J'adore AC/DC, particulièrement leurs premières années. Et je pense que les fans méritent que les choses leur soient racontés sous divers angles. Les frères Young n'ont pas toujours été parfaits..

Qu'est ce qui rend votre livre différent de tout ce qui a été déjà écrit sur AC/DC?

On n'y parle plus de musique que des membres du groupe. Comment la mécanique fonctionne, comment tout s'imbrique et pourquoi. Il redore le blason de certaines personnes un peu oubliées et qui ont pourtant beaucoup contribué au succès du groupe, comme les gens d'Atlantic Records. Mon livre, je ne m'en cache pas, est critique et plein de perspectives. Etre fan ne veut pas dire être fanatique. Il y a une différence. En ce sens, ce livre tient une place assez unique au rayon AC/DC de la librairie.

Allons-nous trouver des récits inédits ou des anecdotes inconnues à ce jour?

Oui, beaucoup. Beaucoup de personnes sont interviewés pour la première fois et il y a aussi pas mal de photos inédites.

A votre avis, que représente AC/DC dans l'histoire du Rock'n'roll ?

Le meilleurs groupe de rock de tous les temps, tout simplement. Même s'ils n'ont pas sorti de vrai classique depuis 1990. C'est aussi une marque. Une puissante marque.

Quand vous entendez les mots AC/DC, est-ce que ca vous rappelle un moment, un endroit en particulier ?

Quand je pense AC/DC, je pense à un t-shirt d'ado sur Instagram ou Tumblr et je me demande.. qu'est ce que ça peut bien vouloir dire pour eux ? Qu'est ce que ces 4 lettres représentent en 2013 ? Est-ce pour la musique? le mythe? Ces quatre lettre ont une histoire et représentent beaucoup de choses, pas que positives. Mais j'ai du mal à être impartial, je suis très Bon Scottien et puis j'ai découvert Mark Evans qui est un super gars qui n'a pas forcément reçu le traitement qu'il aurait mérité.

Avez-vous un message pour http://www.highwaytoacdc.com et ses membres ?

Continuez le bon boulot. Ce que vous avez fait et faites pour recueillir toutes ces informations est remarquable et a de la valeur. Vous pouvez être fiers de vous et le groupe devrait vous en remercier s'ils ne l'ont pas déjà fait.

The Youngs: The Brothers Who Built AC/DC is being published in Australia on November 1. Like The Youngs on Facebook at www.facebook.com/youngsacdc and follow Jesse Fink on Twitter at www.twitter.com/JesseFink


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