Temoignages

Carol Clerk , ete 1976......


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624.jpg Le 16 Mai 1976 débuta comme un dimanche tout ce qu’il y a de plus classique pour moi mais s’avéra être ce qu’on appelle « un heureux accident de la vie ». Ces choses qui, malheureusement, n’arrivent que trop peu souvent. C’était le jour où, initialement, je devais aller voir Kiss à l’Hammersmith Odeon et au lieu de quoi, je finis par passer la soirée au pub avec Bon Scott et Angus Young.

Mon colocataire Brian et moi n’étions pas de grands fans de Kiss. Nous n’avions acheté nos billets que pour la mise en scène à vrai dire : les flammes, le sang, le tirage de langue etc.. Au début, c’était assez excitant mais une fois que nous avions entendu Rock And Roll Nite, on a commencé à franchement s’emmerder.

Alors nous avons décidé d’aller boire un coup dans un bar : le Britannia (disparu depuis longtemps). Juste en face de l’Hammersmith Odeon. A 21H30, alors que Kiss était encore sur scène, le pub était désert. Il n’y avait en fait que deux gars là. En fait, nous les avions déjà remarqué en nous rendant au concert.

Le premier était brun, bel homme, vêtu d’une veste flamboyante avec des motifs léopard ou tigre dessus. C’était Bon. Le second était petit, il faisait gamin, tout bouclé avec un jeans denim. C’était Angus. Eux aussi, en avaient eu assez de Kiss..

On a entamé la conversation en leur disant que sortir de ce concert était un réel soulagement pour nous et Angus et Bon nous expliquèrent qu’eux même avaient un groupe appelé AC/DC, qu’ils étaient connus en Australie et qu’ils venaient de rejoindre Londres il y a quelques semaines.

« et nous ne partirons pas dans que nous n’aurons pas joué ici » en montrant l’Hammersmith »

Et chose marrante, alors qu’ils avaient dit ça en souriant, ils allaient en effet y parvenir avant même la fin de l’année. Ils étaient très sympas, très marrants et on a commencé à bien rigoler alors que les tournées s’enchainaient bien que pour Angus, ce soit des tournées de Coca-Cola.

Angus était un extrémiste de la sobriété. Il ne buvait simplement pas d’alcool. Par contre, il enchainait les cigarettes de manière compulsive. Ils maniaient l’humour avec classe. Angus nous disait avoir 16 ans mais on aurait plutôt dit qu’il en avait 13. Angus était plus introverti que Bon mais tout autant espiègle si ce n’est plus, avec un petit sourire mesquin collé à la figure. Il poussait inexorablement Bon à faire le show et à sortir des blagues. On aurait dit qu’ils avaient un numéro bien rodé.

7199604103.jpg Bon, avec ses tatouages, son empathie naturelle et sa convivialité était l’archétype même du bon camarade de jeu. Quand le bar ferma, il nous invita à les rejoindre à leur maison, à Barnes, juste de l’autre côté de la rivière. Nous fûmes assez stupides pour refuser. Je ne comprends toujours pas pourquoi. Par contre, nous acceptâmes leur invitation d’aller les voir jouer, la semaine suivante au Red Cow.

Je ne sais pas ce qui fût le plus incroyable quand je repense à la première fois où nous avons vu AC/DC sur scène : la puissance et la férocité de leur Rock’n’roll (et la puissance de cet Opener : Live Wire), la gouaille de Bon ou la différence entre l’Angus que nous avions vu au bar, et celui qui était devant nous là, déchainé, inarrêtable dans son costume d’écolier, même sur les épaules de Bon dans une chaleur suffocante alors que la transpiration se condensait au plafond pendant Baby Please Don’t Go.

« Par ici Angus ! » nous criions désespérément en espérant attraper une goutte de son ADN, « Par ici ! »

Il se trouve que, j’écrivis une review de ce concert pour le Acton Gazette pour qui je bossais en tant que reporter. Le clou pour moi fût The Jack. Pas la version disque édulcorée parlant de jeu de carte mais la version live, la vraie…

Suite à cette petite review, pourtant assez insignifiante en terme de longueur et de portée médiatique, je fus contactée par Coral Browning, qui était responsable de la communication d’AC/DC, et qui était, accessoirement, la sœur de leur Manager, Michael Browning.

Coral encourageait les fans d’AC/DC à créer une véritable dynamique autour du groupe. Elle mettait nos noms sur les listes d’invités, nous donnait des t-shirts. Un de ces fans que nous avions surnommé « John L’Australien » avait des cheveux blonds en pointes et se baladait toujours avec un sac de docteur rempli de Sex Toys. Ce qui en 1976, croyez moi, était plus qu’étrange.

Coral était contente d’accueillir de nouveaux fans du groupe et allait les inviter sur la tournée d’été Lock Up Your Daughters sponsorisée par Sounds. Le 26 juin 1976, au Guildford Civic Hall, je finis deuxième au concours de meilleur déguisement d’écolière et gagna un album de Neil Young (On The Beach)

Capture01_temp.bmp L’été 1976 devînt célèbre pour sa canicule. Et AC/DC y contribuât en remplissant le Marquee les lundi soir pendant Juillet et Août. Il était alors très facile de rencontrer Bon, Angus et le souriant Malcolm, au bar d’en face avant et après leurs sets ces jours là.

Un de ces soirs là, Angus nous sourit en nous disant « c’est la 21ème de Bon ! ». Bon était plus proche de la trentaine que de la vingtaine donc on ne comprit pas vraiment de quoi il parlait avant qu’il ne rajoute : « la 21ème MST ! ». Ce soir là, à cause des antibiotiques, Bon bût du Coca au lieu du whisky / cognac habituel. The Jack prît une dimension toute particulière ce soir là..

A l’opposée des concerts du Marquee, celui du festival de Reading, le dimanche, fut mauvais. J’y vis Angus déambuler devant la scène, sous la pluie, absorbé par Ted Nudgent et ses bottes de Cowboy. Angus semblait absent, comme s’il avait senti que ca n’allait pas être leur jour. Ils montèrent sur scène à 18H devant un public apathique et le réveiller était de toute façon peine perdue.

Cependant, malgré cet accroc, il était clair et net que rien n’allait arrêter le groupe et qu’ils étaient sur la route du succès. Je me souviens avoir dit à Coral, alors qu’ils quittaient le Marquee que nous les avions perdu maintenant, que nous ne les reverrions plus jamais dans les bars. Elle me répondit de ne pas m’en faire, qu’ils n’oublieraient jamais leurs amis. Et elle avait raison. Angus et Malcolm n’ont jamais oublié les bons vieux temps où ils n’étaient que des inconnus.

Carol Elizabeth Clerk, rock journaliste et auteur, 15 Octobre 1954 - 13 Mars 2010