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Avril 1980 - Avril 2010, Brian Johnson, 30 ans au sein d'AC/DC

img349r.jpgReportage et interview réalisés à Birmingham par Thierry CHATAIN, où le groupe se produisit les 22 et 23 Octobre 1980, en plein Back in Black Tour. L'interview d'Angus et Brian est très instructive, puisqu'elle nous éclaire sur les sentiments de Brian lors de son arrivée au sein du groupe et de tout ce que cela impliquait. Vous y trouverez également un hommage et quelques références à BON, moins d’un an après sa disparition. Bonne lecture.

Pour qui sonne le glas ? pas encore pour AC/DC, ce groupe de petits gars courageux que le malheur a foudroyés en pleine ascension mais qui ont su serrer les dents / rangs pour repartir de plus belle à l’assaut de l’Himalaya hard. Car la loi est formelle : le spectacle doit continuer.

D'après la lecture du « Guardian » dans l'avion qui m'emmène à Birmingham, l'événement qui secoue la perfide Albion en ce moment n'est pas la course vers les hauteurs que disputent les courbes du chômage et de l'inflation (merci Maggie), mais la mise en vente du «Times» qui risque de disparaître au printemps prochain si aucun acheteur adéquat ne se met sur les rangs. Décidément tout fout le camp outre-Manche, même les institutions les mieux ancrées dans la tradition.

Ce n'est pas le genre de nouvelle qui risque de beaucoup émouvoir les fans d'AC/DC. Ils n'ont pas du tout le style à lire le «Times», eux : ils préfèrent le «Sun», avec sa fille topless tous les jours en page 3. Et puis au moins ils ont des valeurs sûres à quoi s'accrocher. Comme AC/DC. Voilà un groupe qui marche en ces temps de récession. Sur la route deux cent cinquante jours par an pour des concerts infailliblement sold-outés, et des disques de métal précieux partout – «Back ln Black» est déjà double disque d'or rien qu'en France. Tout cela sans recourir à la formule bâtarde de la variété-rock pour jeunes cadres Sony. Avec du vrai rock'n'roll dur, auquel s'identifient les kids – vous avez remarqué le nombre de badges et de t-shirts AC/DC en circulation ?

PUB-ROCK

Birmingham n'est pas une ville laide à proprement parler. Seulement impersonnelle. La banlieue qui s'étire jusqu'à plus soif arriverait presque à prendre un air coquet sous le timide soleil automnal qui l'éclaire. Le centre de la capitale des West Midlands est moderne et commerçant, ses tours voudraient bien se donner une allure de petit Manhattan. Anytown, Great Britain. Au beau milieu du shopping district, une salle de cinéma neuve comme tant d'autres (mais une vraie, pas un complexe mesquin), un Odéon. Avec cette particularité, cependant, c'est que presque tous les soirs s'y déroule un concert de rock. De quoi nous laisser rêveurs, malheureux Français aux salles sordides. C'est dans cette salle de trois mille places que joue AC/DC ce soir (comme la veille). Bien sûr, il ne reste plus un seul billet depuis plus d'un mois.

18 h. L'ambiance est au calme plat backstage. Et pas au faux calme tendu annonciateur de l'orage. Je ne retrouve pas dans l'entourage d'AC/DC l'atmosphère de paranoïa rampante qui accompagne souvent les grands groupes. Pour l'instant, seul Phil Rudd, le batteur, est arrivé. Il semble s'ennuyer un peu et montre à tout le monde sa dernière acquisition, dont il est très fier : une simple paire de Ray-Ban ! Difficile d'être plus éloigné de la mentalité superstar. Le reste du groupe est encore à l'hôtel, à Leicester – la smala AC/DC n'a pu trouver de place à Birmingham pour cause de Salon de l'Auto. Les roadies s'affairent mollement, se passent des bières et échangent des joints. Le groupe de première partie, les Starfighters, effectue un rapide sound-check. Leur guitariste affiche une ressemblance frappante avec Angus et Malcolm Young. Rien d'étonnant c'est leur neveu. Une vraie affaire de famille. Phil monte se faire un shampooing.

Angus_fils.jpg

19 h 30. Alors que les Starfighters attaquent leur set, ils arrivent, accompagnés de leurs femmes ou leurs petites amies. Même la petite fille de Malcolm est de la fête, et elle n'a pas plus de six mois. Ils ne sont pas très différents de ce qu'ils sont sur scène, les AC/DC. Habillés sans recherche, en jeans et en t-shirts. Comme leurs fans. Je les domine en taille, du haut (?) de mon mètre soixante-quinze. Rockers de poche. Brian Johnson, le nouveau chanteur, a sa désormais légendaire casquette plate vissée sur la tête. Manifestement il s'est bien intégré humainement au groupe, n'arrête pas de plaisanter avec tout le monde. « Jonna » (son surnom officiel) a l'air un peu plus vieux que sur les photos, le visage marqué. En fait, il ressemble à un croisement d'Alexis Korner et d'Andy Capp, le chômeur flemmard de la B.D. Strictly working class. Comme son sévère accent de Newcastle.

Angus s'éclipse vite de la loge surpeuplée pour aller se changer et s'échauffer les doigts, en professionnel qu'il est. Pendant ce temps, Jonna s'en va au pub faire une partie de fléchettes avec une jolie blonde d'Atlantic, sous l'oeil intéressé de Cliff Williams, le bassiste. Sur scène ! Je m'explique. Un vrai pub anglais a été aménagé derrière les amplis, invisible du public. Tout y est : la télé, la cible pour fléchettes avec son tableau noir, le bar et son tonneau, des fauteuils style producteur de cinéma aux noms des membres du groupe.

Angus : « C'est parti d'une idée de Keith, un des roadies. Il a bâti le pub petit à petit : d'abord un sofa et quelques bouteilles, et puis un promoteur nous a offert la télé, un autre la cible, un troisième les fauteuils. Comme le pub est chauffé par les spotlights, il nous évite d'attraper la crève en quittant la scène couverts de sueur. On peut s'y détendre avant le show en faisant une bonne partie de fléchettes. Dans la journée, ce sont surtout les roadies qui y vont. Je crois que c'est important pour eux d'avoir un endroit où ils peuvent souffler en buvant un coup, et ils ne sont pas privés de télé quand il y a un bon match de foot. »

LET THERE...


BJ_Cloche.jpg 21 h. Le public, très jeune, à 90 % mâle, commence à donner de la voix. La rumeur grandit : « An-gus, clap-clap-clap ». Enfin les rideaux noirs s'écartent, alors qu'éclatent sur la sono les premiers arpèges de « Hell's Bells». Les videurs en noeud papillon perdent instantanément toute velléité de faire asseoir les kids en délire. Apparaît d'abord l'infatigable rythmique ramassée autour de la batterie. Malcolm est à gauche, les yeux mi-clos, une grosse Gretsch White Falcon autour du cou, et qui paraît encore plus énorme au vu de sa frêle stature. Cliff Williams occupe une position symétrique ; on ne verra pas sa tête dans l'heure et demie qui suit, rien qu'un tourbillon de cheveux. Ils sont vite rejoints par Angus tel qu'en lui-même : écumant, la morve au nez, casquette en bataille, tennis prêtes à rendre l'âme, short d'écolier moulant ses jambes de serin. Quatre projecteurs de poursuite sont braqués sur lui. Une grosse cloche de bronze descend des cintres, frappée au nom du groupe. Brian Johnson surgit de nulle part et l'agresse comme un maniaque avec un maillet. Le show est lancé.

Le son est surpuissant mais clair, digne d'une chaîne hi-fi 2 x 20 000 watts. Une ovation salue la fin de la chanson. Les fans ont adopté la nouvelle formation sans arrière-pensée. Il est vrai qu'elle n'est pas si différente que cela de l'ancienne. Brian Johnson a su occuper la place de Bon Scott sans en faire trop. Vocalement, il est tout à fait à la hauteur, live il force moins sa voix que sur l'album et paraît plus à l'aise. Son jeu de scène est simple, il ne cherche pas à partager la vedette avec Angus. Plus que jamais, celui-ci est AC/DC.

La chanson suivante est extraite de «Highway To Hell» : «Shot Down ln Flames», un rock typique d'AC / DC : tuant, tout simplement. Brian en perd sa casquette, comme Angus, au cours d'un de ses fameux duck-walk revisités. «Sin City» est repris en choeur par le public, sans qu'il soit besoin de le lui demander. Impressionnant. « Back ln Black» prend l'allure d'un manifeste : même cruellement atteint, AC/DC s'est refusé à baisser les bras. Les kids lui en sont reconnaissants. Jonna s'absente quelques instants : c'est le moment du numéro d'Angus. Il s'embarque tout seul dans un solo ébouriffé, prétexte à quelques larsens vrilleurs de tympans, il se roule par terre comme un épileptique en pleine crise, et pose finalement sa guitare pour le traditionnel strip-tease. La rythmique continue, imperturbable comme un Bouddha, quasiment ramones-que par sa simplicité. «Bad Boy Boogie», indeed. Et du boogie on passe au blues, avec «The Jack». Blues lourd assurément, mais pas totalement dénué de feeling, propice à un nouveau « singalong » du public, toujours prompt à réagir. «Highway To Hell», l'hymne définitif, provoque une nouvelle explosion de joie. Un bref retour à l'actualité de «Back ln Black» pour «What Do You Do For Money Honey» précède une plongée dans les archives sous la forme de « High Voltage ». J'ai comme un flash : AC/DC s'est parfaitement décrit dans cette chanson. Rock'n'roll à haut voltage, c'est bien de cela qu'il s'agit. Les Australiens jouent un rock'n'roll finalement très proche de celui des pionniers, avec quelques kilowatts en plus. «Whole Lotta Rosie» achève de me convaincre, remake à peine modifié du «No Money Down» de Chuck Berry. Son riff à éclipses est ponctué du cri «Angus Angus».

Comme si celui-ci ne pouvait résister à cet appel, il quitte la scène pour se matérialiser deux minutes plus tard au beau milieu de la foule, sans jamais s'être arrêté de jouer grâce à sa guitare sans fil, juché sur les épaules d'un roadie. Il ne faut pas manquer de cran pour s'exposer ainsi. Angus finalement fait son retour sur scène porté par Jonna, avant de caracoler sur la coursive aménagée sur les amplis. Enragé. Fou. Tout ce que vous voulez.

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Rappel. AC/DC ne prend même plus le temps de s'arrêter entre les morceaux. II y en aura trois : «You Shook Me All Night Long», «T.N.T.», introduit par des barissements étranglés d'Angus, et enfin «Let There Be Rock», peut-être bien la meilleure chanson du lot, résumé cinglant de l'histoire du rock depuis 1955 à la façon des Antipodes. Un, deux, trois, dix, vingt fans montent sur scène et se font éjecter en douceur. Jonna ne peut plus s'approcher du bord de la scène sans être happé par une dizaine de mains avides. L'AC/DCmania existe, je l'ai rencontrée. Réaction spontanée à un groupe excitant, au premier degré, viscéralement, sans apprêt. Le show d'AC/ DC n'est pas basé sur des effets spéciaux, mais bien sur cinq types qui donnent tout ce qu'ils ont, qui se dépensent sans compter. Pas besoin de recourir à une quelconque hype : les kids peuvent s'identifier à eux, sans problèmes.


CHERS KIDS


Un quart d'heure après que les lumières se soient rallumées dans la salle, Angus émerge. Il a déjà récupéré, un peu vidé mais pas abattu. II se refait une santé à coups de verres de jus d'orange et de tranches de pizza tièdes. Très sain. Il ne boit jamais une goutte d'alcool et a l'air étonné si on lui parle de drogues. Très peu pour lui. Comme Nugent, les AC/DC se refusent à « y » toucher. C'est tout juste s'ils boivent quelques bières et un verre de whisky-coca à l'occasion. Les excès de Bon Scott en la matière étaient l'exception dans le groupe, pas la norme. C'est sans doute un des secrets de leur force. Pas d'ego-trip, pas de parano, ils ont su rester normaux, une bande de copains qui mène sa vie à son idée. Les gens heureux n'ont pas d'histoire.


R&F : Brian, la légende affirme que tu t’es joint à AC/DC grâce à des fans américains qui te connaissaient par ton groupe précédent, Geordie, et qui auraient parlé de toi à Peter Mensch, le manager du groupe. Qu’en est il exactement ?

BJ : C’est en partie vrai. Un groupe de fans de Chicago a téléphoné à Peter pour me suggérer comme remplaçant possible de Bon SCOTT, mais ils n’ont pas été les seuls. De son côté, Mutt Lange, le producteur de « Highway to Hell » et de « Back in Black » a pensé à moi, et son avis a compté. Beaucoup de noms ont été cités. Avant de me rencontrer, les boys s’apprêtaient à auditionner des dizaines de chanteurs. C’est la chance de ma vie d’avoir décroché le job.

R&F : Qu’est ce que ça fait de se retrouver dans l’un des groupes les plus populaires du moment ?

BJ : Une foutue surprise. C’est venu tout d’un coup, je ne m’y attendais pas. J’étais juste en train de remonter une nouvelle formation de Geordie chez moi à Newcastle. Quand j’ai annoncé la nouvelle à mes potes, ils ne voulaient pas me croire. Ce que j’apprécie le plus, c’est que c’est une expérience vraiment nouvelle pour moi. Ce n’est pas comme si j’avais fait cela toute ma vie. D’accord, AC/DC n’est pas mon premier groupe mais rien n’était comparable dans ce que j’ai pu faire avant. Je n’ai pas eu le temps de réaliser tout de suite ce qui m’arrivait. On a commencé par répéter deux ou trois semaines.

AY : Même pas ! On a du réduire les répétitions à une semaine. On cherchait à entrer le plus vite possible dans un bon studio, et cette occasion d’enregistrer aux Bahamas s’est présentée ce qui a tout précipité.



BJ : Et puis on a embrayé sur la tournée en Juin. D’emblée, j’ai été frappé par l’efficacité de toute l’équipe, pas seulement du groupe que j’ai rencontré deux ou trois fois avant de travailler ensemble, mais aussi de tous ceux que l’on ne voit pas et qui font marcher AC/DC, les roadies. Et l’entente a été immédiate, j’ai été adopté, c’est très important pour moi. Je sui heureux avec AC/DC. A partir du moment où je fais du rock’n roll, ça me plait. Ce n’est pas comme bosser en usine (clin d’œil)

R&F : Tu n’as pas eu le trac d’intégrer le groupe dans des circonstances hum, délicates ?

AY_sur_BJ.jpgBJ : Si, bien sûr. Le plus curieux, c’est que le trac n’est pas venu dès le début, mais au bout de cinq ou six jours de tournée américaine. Il m’a fallu ce temps pour que je me rende compte de la tâche à accomplir, pour que je réalise qu’il y a tous ces gens qui vous attendent et comptent sur vous. Je n’avais pas la moindre idée de la popularité d’AC/DC en France, en Allemagne ou aux Etats Unis. Pour moi, c’était uniquement un phénomène britannique. Et encore, je n’avais jamais vu le groupe sur scène, je ne le connaissais que par les disques. Finalement, c’est aussi bien. Je crois que les kids en France n’en ont rien à foutre qu’AC/DC marche autre part que chez eux ou pas. C’est ce qu’il y a de chouette chez nos fans : ils nous jugent par eux-mêmes, ils se tamponnent le coquillard de ce que peuvent penser les autres. Le suis certain qu’ici, en Angleterre, il n’y a pas un quart de notre public qui sait que « back in Black » est dans le top 10 aux States. Ils viennent passer un bon moment avec nous, un point c’est tout. Nous ne sommes pas un phénomène de mode.

R&F : Trouves-tu plus facile de chanter les chansons du dernier album, que tu as écrites, que celles de Bon ?

BJ : Non, je les trouve très simples à chanter parce que pour moi, elles sont des classiques. Pour « Let there be rock », par exemple, il suffit de se laisser porter par le riff, et les paroles parlent d’elles mêmes.

R&F : Tu es né avec une casquette sur la tête ?

BJ : presque ! A Newcastle et plus généralement dans le Nord de l’Angleterre, en pays minier, tout le monde portait ce genre de casquette jusqu’il y a une vingtaine d’années. Mon père en a toujours une rivée sur la tête, sauf pour les grandes occasions où il met un triby (chapeau mou).

AY : Mon père est pareil : il n’y a pas moyen de lui faire franchir le pas de la porte de chez nous tête nue.

BJ : C’est l’équivalent du béret français. Pour ma part, j’ai eu l’idée d’adopter la casquette sur scène parce que sinon, la sueur me coule dans les yeux. Et c’est un détail qui a une signification pour moi, de conserver quelque chose de l’endroit où je suis né. Ce n’est pas un gimmick pour me donner une image depuis que je suis avec AC/DC. D’ailleurs, la première fois que je les ai rencontrés, je l’avais déjà (Angus opine de la tête). Au début, je réussissais à la garder tout le set, mais elle n’arrête pas de tomber. Et l’ont finit par se sentir con à passer la moitié de son temps à quatre pattes pour ramasser sa casquette. C’est plus fort que moi, dès que j’entends le riff de « Shot down in Flames », je baisse la tête et c’est fini.

AY.jpgR&F : Comment s’est passé l’enregistrement de « back in Black » à Nassau ? Vous avez profité du soleil ?

AY : Pas trop hélas. Tous les jours on était bouclé en studio, c’était presque la prison.

BJ : Si tu tiens à savoir la vérité, on s’est fait chier comme des rats.

AY : mais enfin, c’était nécessaire. D’être à des milliers de kilomètres de ses connaissances, de toute distraction, c’est encore le meilleur moyen de réaliser un bon album. On peut dire qu’on l’a transpiré « Back in Black », on y a mis tant de temps et d’efforts ! Mutt est un producteur très exigeant, et il nous fallait refaire nos preuves. On a quand même eu le temps de chasser le serpent de mer.

R&F : Le succès de BIB vous a-t-il particulièrement touchés ?

AY : oui, car c’est un miracle que le groupe ait réussi à remonter la pente après ce qui est arrivé à Bon. Je dois dire que tout le monde a été très gentil avec nous. Je crois en fait que pas mal de gens nous aiment encore plus parce que nous ne nous sommes pas laissés abattre par le destin, et que nous sommes quasiment repartis de zéro. L’album lui-même est dédié à Bon. Du titre jusqu’à la pochette, c’est un hommage qu’on lui rend. Dans un sens, son accident a encore resserré les liens à l’intérieur du groupe. Je suis heureux que nous continuions.

R&F : L’idée de la séparation ne vous a pas effleuré ?

AY : Si, mais elle a été vite rejetée. Ce serait très dur pour moi de m’arrêter. Je suis jeune, le groupe aussi, et nous faisons ce que nous aimons. J’ai du mal à m’imaginer être chose que le guitariste d’AC/DC. Je suis persuadé que si l’accident était arrivé à quelqu’un d’autre que Bon, nous aurions pris la même décision. Bon n’aurait pas jeté l’éponge. Parce que nous sommes vraiment soudés. Dans n’importe quelles circonstances, nous avons toujours essayé de faire face, nous n’avons jamais laissé tombé personne. Bien sûr la perte de Bon nous a bouleversés, nous avons éprouvé le même chagrin que si un frère nous avait quittés. Mais la vie continue.

BJ_Micro.jpgR&F : Quand tu dis que vous n’avez jamais laissé tomber personne,tu penses au public ?

AY : Oui, il constitue notre raison d’être. Nous respectons les kids, profondément. Si nous voyons des videurs harceler des mômes simplement parce qu’ils s’éclatent ou qu’ils essaient d’entrer en contact avec nous les stoppons. C’est pareil pour ceux qui montent sur scène. Je sais que d’autres groupes les virent manu militari de la salle, pas nous. Ils restent backstage, ils ont payé leur place, ils ont le droit de voir le show.

BJ : Ils ne font de mal de personne, ils ne sont jamais agressifs, au contraire : ce sont nos fans les plus acharnés, c’est normal qu’ils soient bien traités. Ils sont excités, c’est le but de notre musique. Il suffit de regarder Angus sur scène, ils sont comme lui. C’est ça le rock’n roll, la meilleure foutue drogue du monde. Et je dis bien rock’n roll, et surtout pas heavy metal.

AY : Entièrement d’accord. Tout vient du rythme, c’est la base et le feeling de ce que nous jouons. Nous voulons que les gens ressentent physiquement l’énergie que nous dégageons. Chaque watt.

R&F : Tu n’as jamais peur quand tu te promènes au milieu de la foule ?

AY : Cela m’arrive ; c’est dangereux parfois d’être au cœur d’un maelström humain qui bouge dans tous les sens. Cet été en Amérique, il y a une fois où j’ai bien cru que l’on ne me laisserait jamais regagner la scène. J’ai dû rester une demi heure sur les épaules du roadie qui me porte, heureusement que je suis un poids plume ! Je faisais au revoir de la main au reste du groupe. La tradition de la promenade dans le public remonte à nos débuts. On écumait les bars, les bouges les plus louches. Dans ce genre d’endroit, les gens viennent avec une seule idée en tête, se saouler. Alors pour leur faire lever la tête de leur verre, il n’y a qu’une solution, les provoquer par tous les moyens. C’est ce que je faisais, et ça se terminait souvent en bagarre générale. Je sautais de table en table et je mordais les jambes de ceux qui restaient assis !

AY_Clope.jpgR&F : Explique moi comment un garçon calme comme toi peut se transformer en … la créature que tu deviens sous les spotlights ?

AY : Je ne le sais pas moi-même. Dès que je me retrouve devant un public, qu’il y ait dix ou 10.000 personnes, je ne me reconnais plus. Il suffit que je pose le pied sur scène pour ressentir un rush d’adrénaline, j’éclate littéralement. C’est une sorte de transe, un autre aspect de ma personnalité qui remonte à la surface. Comme pour Docteur Jekyll et Mister Hyde !

BJ : Dès qu’Angus entend la foule, il est intenable, il est vraiment dans un état second, c’est à peine qu’il se rend compte de ce qui l’entoure.

R&F : Quelle est votre ultime ambition pour AC/DC ?

BJ : De jouer au Shea Stadium, pour faire comme les Rutles !


Peter Mensch vient nous interrompre. Aucune importance. L'essentiel a été dit. AC/DC n'a pas changé. Ces types ont su garder la tête froide et leur sens de l'humour, ils n'ont pas l'air prêts à s'écrouler sous le poids de leurs responsabilités. Brian et Angus montent dans la Ford commerciale qui les attend à l'entrée des artistes. Le concert est achevé depuis une heure et demie, quelques fans les attendent encore et les applaudissent une dernière fois. Je repense à ces mots d'Angus : "Tant que nous nous amuserons et qu'il y aura ne serait-ce qu'une personne à s'amuser avec nous, nous continuerons." Je n'ai pas l'impression que la retraite d'AC/DC est pour demain.

Thierry CHATAIN.



Londres Hammersmith 10 novembre 1980 :


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Merci à P.Lageat

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