Carnet de route Europe

Paris, 27 fevrier 2009, temoignage de Laurent


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paris_bercy_05.jpgSamedi 28 février 2009, minuit trente, direction Orléans. Je traverse le plus “ bel” aéroport à corbeau de France, la Beauce. Nuit sombre, terre plate noire à perte de phares, nappes de brouillard, ambiance glauque, j’en peux plus de fatigue, t’a’l’heure je s’rai au boulôt et pourtant je suis heureux !
Comment peut on en arriver là ?

Lundi 13 octobre 2008, trop tôt le matin, je me trouve deuxième d’une file d’attente pour l’achat d’un ticket de concert. Devant bibi, un jeune gars, baladeur sur les oreilles, je perçois de gros riffs bien connus sortant des petites oreillettes, je souris et tape du pied...
10h40 je ne souris plus du tout, la billetterie n’a même pas pu se connecter, les places se sont envolées. Alors, j’m dis, haut les coeurs, il y a une deuxième date, une autre chance, ça va aller. 22h30, je rentre chez moi, une douche, un thé, du chocolat, l’chat sur les genoux j’vais aux nouvelles sur le net. Pauvre bête le cri qu’elle s’est bouffée, la deuxième date a été vendue elle aussi dans la foulée, ça c’était pas, mais alors absolument pas prévu. 23h30, je balance mon thé et quelques emails désenchantés à des potes atteints de la même passion musicale, puis décide d’aider l’industrie de distillerie locale en attaquant une boisson à base d’un fruit du cru. En cas d’déboires une bonne poire....
Un lendemain de migraine poireuse plus tard, je reçois un mail salvateur où un pote m’explique qu’il a acheté quelques places en rab pour le second concert se doutant bien qu’il pourrait dépanner quelques malheureux et apparemment, oui, mais oui je suis sur sa liste.

Ben oui, mon vieux t’as un sésame !! Rahaahahh bonheur !! J’ai rarement eu envie d’faire sonner deux grosses bises sur les joues d’un garçon mais ce jour là, oui.

Janvier, je perçois mes horaires du mois de février. Le gig est pour le 27 février 20h00, Paris Bercy, superbe mon service prendra fin à 20h00, ba j’suis qu’à deux heures de route de la capitale ! ! Bon, il est où déjà l’bureau d’mon responsable ?

Vendredi 27 février 2009, 21h00, Bercy.

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La salle est plongée dans le noir, le public gronde, trépigne, hurle, siffle, s’égosille, sue et suffoque d’impatience. Démarre un dessin animé, des seins animés, mini jupes écourtées, lèvres sensuelles, langues affutées dansent, tournoient autour d’un diablotin lubrique.
Le train fou du rock, fonce droit sur nous, crissements d’étincelles, gerbes de sons, enfin la loco s’écrase plein cœur d’Bercy... Claque un riff/raff- le la mise : AC/DC !
AC/DC Rock On / AC/DC Roll On / AC/DC Chair & Gibson !

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Premier titre, Rock n Roll Train, les guitares rugissent, Brian “ braillharde ” , Cliff basse- tonne et Phil cogne, frappe, martelle en tête !
L’train passé, Hell Ain’t A Bad Place To Be, s’encastre dans nos escourdes, rythme lancinant, les pieds battent sans pitié, les nuques s’ébrouent sans vergogne, ce vieux cheval de bataille reste redoutablement efficace, à peine fini, bang !
Explose Back in Black.

P1040646.jpgImpressionnant, il nous jette déjà en pature un de leurs classiques. La fosse tourne au bouillon de culture, masse informe, protéiforme, mouvante incessante, fleurie de bras tendus le tout dans un déluge de décibels. Deux temps / trois titres, la messe est dite.

Un : voix, guitare, voix comme une mitraille nous hache menu, s’enchaine un refrain qui nous explose net, sur place. Deux : un riff incessant, entêtant, vrai bulldozer sonore, roule & rollant sans trêve, nous lamine inorexable. Trois : un hymne total, absolu, ramasse les morceaux et les envoie direct au ciel.
Après plus qu’a dérouler un concert implacable.
Quatre Black/Icien se glissent dans la set list, comment ça résiste au live, ces bestioles là ? RnRoll Train, guitares qui mordent, refrain ultra fédérateur, idéal pour mettre le set sur les rails.

Big Jack peut être un peu léger mais foutrement sympatique, groovy à souhait, hableur en diable ça vous chauffe le headbanging nickel. Malgrès une faible réaction, mention spéciale pour Black Ice, c’est vachard, vicieux, sinueux, vous glisse d’entre les oreilles pour vous s’couer tout l’corps. War Machine... Un rouleau compresseur ! La rythmique vous prend, vous écrase, vous pietinne littéralement, Brian éructe & rale sur fond de basse, Angus tout en agressions courtes et brutales nous écorche vifs, waou...

Sujet de polémique du dernier opus, Anything Goes est là aussi. Ce titre est un paradoxe, sucre et caramel, refrain au miel, mais larder de taille et d’estoc par une Gibson brève, incisive, comme voulant saigner ce beau joujou chromé, yapa, un paradoxe. Bien apprécié d’ailleurs, final avec la foule tapant en rythme dans ses mimines, yavait pas que des puristes...

Brian est en passe de prendre le pouvoir sur scène et cela ne me dérange absolument pas. D’abord la voix, elle est là, assure, en impose même, bien sur Il fait le show, saute, coure, trottine, balance, arpente la scène. Plus important, il est le contact du groupe, tout en jovialité, serre les paluches, interpelle, harangue, échange avec la salle, il est le lien humain indispensable, d’un mot facile il nous enchante !
Angus, reste une redoutable attraction scénique, surtout en grande forme comme ce soir. Mais les amateurs de sports doivent le savoir, oui il coure moins qu’avant... Mais qu’est ce que je m’en moque ! ! Tant que ses chorus me déchirent, corps, cœur et cervelle, tant qu’il m’emmène dans un déluge de riffs tout va bien et je vais incroyablement bien !

En fin stragège le groupe, cache le gros de ses forces, ils sont là planqués à ras d’amplis, trois titans discrets. Cliff, Phil et Malcom se sont les entrailles, les tripes de la bête, une hydre à trois têtes maintenant, poussant, écrasant, ou relançant une monstrueuse orgie rythmique, les deux devant... zont plus qu’à faire les malins !

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Ce groupe aligne un nombre de standards impressionnants, alors les bougres ils ne se gênent pas, et nous enfilent l’un après l’autre leurs bijoux d’famille, inutile de résister ! J’avoue, j’m’laisse pilonner par la basse / batterie, étriller par les coups d’gorge, transpercer par les solos, engluer dans des rythmiques obsessionnelles, m’abandonne à ce maelstrom rocknrollien tel un pantin de “ son ”.
Que de moments forts, mais des instants plus intenses que d’autres : Shot Down In Flames c’est plus du rock, mais une suite de déflagrations sonores. Thunderstruck et TNT, une foule en pulsion avec la zique, qui scande, chante sa joie. The Jack, pourquoi ne pas y avoir pensé avant, un blues pour un striptease, une évidence.

Shoot To Thrill, son break magique sous une pluie de mains battant à l’unisson, formidable ! Hein Brian ? Highway To Hell, instant de fusion intense, que cela plaise ou pas, probablement l’hymne ultime d’AC/DC.

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Whole Lotta Rosie et Let There Be Rock, je pars en vrille, je m’oublie, pris dans l’œil du cyclone la lucidité fout l’camps. Il m’en reste des échardes de rock, des bris de roll jusqu'à fleur de tympans, des images hallucinées, floutées de guitares hurlantes.
Si une image nette, le lightshow s’étiole, Angus la SG incandescente cramée à bout de doigts, remonte la langue de scène, le public crie, hurle de plaisir tandis qu’une mer de cornes rouges brule l’obscurité de Bercy...
Nous n’échapperons à rien, Brian à bout de glas, le strip sans mininum, Rosie sourire fendue / jarretelle tendue, Angus derviche rockeur tournoyant sur sa plate forme, et les canons qui tonnent, tonitruonnent à la fin...

Samedi 28 février 2009, minuit trente.
Je traverse la Beauce, je rentre à la maison, la caboche pleine de sons, d’images, ça tourne au kaleidoscope. Trente ans qu’AC/DC hante ma vie, trente ans qui se mélangent, Bercy 2009 s’estompe.


1979, j’écoute Highway To Hell, sur un méchant magnétophone. 1980 j’achète Back In Black, 33t, peut pas en profiter, pas d’tourne disque à la maison. Tourne la ronde des albums, des concerts, des années vécues sur fond d’AC/DC, oulla mes pauvres neurones ça commence à les chahuter vilain. Soudain, le show de ce soir me revient fort et intense, pleine tronche, vrai coup d’batterie qui recale mon tempo.
Dans ma petite auto, j’aimerais taper du pied, mais ya ce maudit accélérateur, secouer la tête ? Aie ma nuque ! Alors j’m’contente de sourire, car oui là, tout de suite, oui, je suis heureux...

Merci Laurent. H2ACDC Team


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